Mobile menu

Off topic: Un sĂ´t Ă  l'Ă©lastique
Thread poster: sylver

sylver  Identity Verified
Local time: 12:38
English to French
Aug 18, 2003

On se détend comme on peut, et comme je suppose que vous n'avez pas tous eu l'occasion de faire cette expérience, j'en profite pour vous conter la chose. C'est nettement plus impressionnant que ça en à l'air.

Tu arrives sur le site. On te pèse (Mince! J'ai beau rentrer le ventre devant les petites, je fais encore 90Kg on t'attache soigneusement les pattes ensembles avec une petite lanière, qui pourrait probablement remplacer la corde d'amarrage d'un paquebot de ligne, puis on te fait sautiller jusqu'à la nacelle. A bord, on fixe l'élastique, et on vérifie tout deux fois, même ton poids, qui est inscrit sur ta pogne avec un gros marqueur noir. Ca, c'est la partie où tu rigoles en coin et où tu fais le fier. Puis la nacelle monte, en relation inversement proportionnelle avec ton assurance, qui a drolement baissé quand tu arrives à 50 m de haut. Sur le coup, tu te demandes si on ne devrait pas vérifier à nouveau tout l'équipement, et la corde d'amarrage te fait l'effet d'une ficelle à roti.

En dessous de toi le lac, oui, un petit lac, mais 50 metres plus bas. Pendant ce temps là, le local t'explique qu'il faut se tenir sur le bord, se pencher en avant avec les bras tendus en arrière et y aller la tête la première. "Quand t'est prêt je compte en 3. Le corps penché au dessus du vide, un paysage splendide s'étale devant toi, mais bizarement, tu ne lui accordes qu'une brève pensée. D'un seul coup, t'es plus sûr du tout que ce soit une bonne idée. Mais alors, plus du tout!

Le moniteur te laisse pas le temps de réfléchir. "prêt?" Après tout t'es monté pour sauter, et y a d'autres clients qui attendent, en bas. Y z'ont l'air franchement miscules d'ailleurs. Tu te retournes, paniqué, mais essayant d'avoir l'air confiant. "Attends un peu, je - hum -savoure". Il a pas l'air surpris du tout.

Tu te repositionnes et là se livre le combat de la raison et de la peur. Non. Oui! Non. Oui! Non!!! Brusquement tu te décides et la chute commence. La volonté a vaincu. Victoire! La seconde d'après, tu te demandes comment on fait pour remonter, mais c'est fini. Les jeux sont fait et tes jetons sont tous sur le tapis. Tout devient flou. C'est pas tant la vitesse que le fait que tu n'as pas vraiment sauté. Tu t'es juste laissé aller et maintenant tu tourbillonnes. Tu tombes, tu tombes, tu tombes, la chute continue pendant un bon moment, et l'élastique ne s'est pas encore étirée - tiens, au fait, elle était attachée au départ?

C'est rapide, mais chaque centième de seconde compte. L'élastique s'étire (elle devait être attachée, en fin de compte) mais le véritable soulagement arrive quand tu es quasi arrété, en bas et c'est là que tu te rapelles qu'une élastique...Bingo! c'est élastique et te voilà reparti pour les sommets, mais le stress est beaucoup dissipé et tu commences à apprécier ta victoire. Tu flotes, tu tombes, tu remontes, tu remontes. T'as pas encore l'idée de t'amuser à faire des figures, ou même à bouger de ton propre chef, mais l'essentiel s'est passé en haut, sur la plateforme.

Brusquement tu entends quelqu'un qui te dis d'essayer d'attraper la perche pour revenir au bord. C'est fini. On te dépose tranquillement sur une espèce de lit. T'a envie de remonter tout de suite et de faire mieux. Maintenant, tu sais comment ça se passe, t'a envie de corriger pas mal de trucs (et si j'essayais de voler?) mais le corps, lui, se refuse à tout commentaire. Le sang est concentré à la tête (5-8 mn la tête en bas) et le cœur pompe comme un shadock. T'es dans un état assez étrange, mais pas désagréable. Tu marches un peu, on te félicite mais t'as pas envie d'avoir l'air impressionné, et de tte façon, ils parlent à peine anglais. Tu croises le nouveau gars. J'espère qu'ils ont changé les réglages, parce que lui, il doit faire 70kg, tout mouillé. S'il saute, ça lui fera à peine 20 cm. Moi, je m'assois, il me reste encore 2 heures avant le bus, j'ai tout mon temps. Là, y a deux gars qui attendent avec mon sac. Nouvelles félicitations.

Pour être honnête, je les mérite pas trop, ces félicitations. J'avais le trouillomètre à zéro, et je me suis bagarré avant de me lancer. Y z'ont du attendre un moment. "T'as sauté drolement vite" "Hein?" "ben ouais, t'à même pas attendu le décompte" (Tiens, c'est vrai, je l'avais oublié, celui la). Décidèment, le temps ne s'écoule pas du tout de la même façon en haut et en bas. J'essaye d'esquisser une sourire. Raté. Deuxième tentative avec la (jolie) fille de la table à coté. Bizare, c'est vachement plus facile. L'effet d'entraînement, je suppose.


Direct link Reply with quote
 
ALAIN COTE  Identity Verified
Local time: 13:38
Japanese to French
Anecdote vertigineuse Aug 18, 2003

Savoureux, Sylver. Je pense que la seule fois que j'ai connu un tel sentiment de vertige, c'est quand j'étais adolescent et que, pour la première fois, une fille (une p'tite Ontarienne, dans mon cas, qui me trouvait bien lent) m'a demandé qu'est-ce que j'attendais pour l'embrasser. Dans ces situations-là, pas le choix, il faut faire semblant de ne pas comprendre l'anglais et lui faire faux bond, ou faire le grand bond, sinon le grand sot (Copyright Sylver, 2003, voir ci-dessus), et y pas d'élastique pour te ramener sain et sauf dans les bras de maman si tu rates ton coup à ton premier plongeon. Tu t'écrases misérablement sur l'asphalte du jugement social, dans ce cas-ci l'immense groupe que forment les filles de ton école, qui ont vite fait de passer le mot : il embrasse mal !

Note pour les curieuses : non, ça ne s'applique pas à mon cas... Comme j'ai dit, c'était une Ontarienne et les p'tites Québécoises n'ont jamais rien su de ce premier baiser maladroit

Ceci dit, pour revenir à ton histoire, Sylver, les sauts en parachute aussi, paraît que c'est traumatisant pour certains, et que des grands mâles costauds pris de vertige s'accrochent parfois aux ailes de l'avion en criant Maman ! J'en ai connu un comme ça. Les filles disaient "Il embrassse bien mais il fait pipi dans ses culottes quand il descend d'avion." Pauvre type...

Note : Au Québec, on emploie le mot culotte pour désiger le pantalon. L'un comme l'autre s'utilisent surtout au pluriel d'ailleurs, pour une raison quelconque que je ne connais pas.

[Edited at 2003-08-18 03:43]


Direct link Reply with quote
 

Thierry LOTTE  Identity Verified
Local time: 05:38
Member (2001)
English to French
+ ...
Un Saut pas si SĂ´t mais pas d'autre de Sitot... Aug 20, 2003

Bravo Sylver !

Je comprends parfaitement ce que tu as dĂ» ressentir !

Quand je faisais mon service militaire dans l’armée de l’air en France, pour je ne sais quelle raison (machisme mal compris ? ou bien “rite de passage” pourtant non requis, je ne sais), je me suis inscrit au club de parachutisme sportif de la Base Aérienne 914 (à Romilly – dans l’Aube).

Personne ne m’avait obligé pourtant !
Après trois semaines d’un semi-entraînement sportif destiné à m’apprendre à tomber et à me recevoir sur le sol (Boudiou! Que je détestais ce vocabulaire chargé de mauvais augure !...) et aussi après les quelques 22 jours d’insomnies dues à l’appréhension (mais qu’allais-je faire en cette galère…) le grand jour finit par arriver.

À 10 heures du matin, le soldat et futur parachutiste émérite LOTTE, sans même l’assistance de son avocat ni d’un prêtre, dut monter avec 45 de ses petits camarades pas plus rassurés que lui dans un “Breguet deux ponts” à l’aspect mal engageant…
S’ensuivirent 50 minutes de vol (on a le temps de mourir 20 fois quand on attend le moment fatidique…) alors que le temps prévu avant le saut était de 20 minutes : on nous expliqua qu’il y avait un “incident technique bizarre” avec un des moteurs… C’est dans ces cas-là que, malgré tout, on est bien content d’avoir un parachute accroché dans le dos.
Pourtant, notre pourvoi fût rejeté et une voix tant sinistre qu’impersonnelle annonça “10 Minutes!” et une lumière rouge se mit à clignoter.

Ahhh ! Ces 10 minutes ! Cela relève du cliché de dire que ce furent les plus longues de notre vie mais ce fût pourtant le cas… “Putain ! Mais qu’est-ce qui m’a pris !?” – “Personne m’a obligé!...” – “Jamais plus de Cognac avant 10 heures du matin !...” etc…etc…

“Parés à sauter dans 45 secondes !...” 44, 43, 42, 41 etc etc…

…et une lumière verte se met à clignoter.

Nous sommes déjà tous debout, nos SOA bien accrochées sur le câble central, et il y a cette porte à la luminosité effrayante qui se rapproche bien trop vite au fure et à mesure des hurlements de “l’instructeur de saut”, ce type hystérique qui nous paraissait tellement sympathique il n’y a pas seulement 24 heures. Et il hurle : “Go!”, “Go!”, “Go!” à chaque fois qu’il pousse les nouveaux convertis dans le vide…

Le soldat LOTTE, qui ne savait pas encore qu’il deviendrait un jour “traducteur”, n’eût pas le loisir de critiquer “in petto” l’emploi de l’anglais dans l’Armée de l’Air Française: Il ignorait alors que dans l’Armée du “Quebec Libre” (état récemment créé par le Général De Gaulle lui-même) pareille déviation linguistique n’aurait pas été concevable, ni même une seconde, grâce aux bienfaits de la “Loi 101”.

Pour l’instant, il jouissait du Silence n’eût été le bruit du vent dans les suspentes de son parachute, qui, contrairement aux prévisions de son naturel pessimiste s’était déployé dans de parfaites conditions.
Le sol arriva bien plus vite que prévu et c’était tant mieux car le silence et le vent dans les suspentes, c’est très bien, mais le plancher des vaches, c’est encore mieux. D’ailleur, les 3 semaines d’entraînement intensif du soldat Lotte lui servirent peu : Il arriva comme un paquet de linge sale, avec un “floc” des plus gracieux, mais, sans rien se casser… Le “roulé-boulé” d’une rare élégance prévu à l’entraînement serait pour une autre fois…

Il n’y eût pas de “Deuxième Saut”.
Le Soldat Lotte fût rappelé dans ses foyers ayant franchi les limites de la “durée légale + 40 jours de Rab” de son Sévice Militaire avec les commentaires officiels dus à son rang.
Depuis lors, il arbore, discrètement, un petit badge à sa boutonnière : “Never More”…

Et cela n'a rien à voir avec son admiration pour Edgar Allan Poë...










[Edited at 2003-08-20 00:15]

[Edited at 2003-08-20 02:15]

[Edited at 2003-08-20 02:18]


Direct link Reply with quote
 


To report site rules violations or get help, contact a site moderator:

Moderator(s) of this forum
Andriy Bublikov[Call to this topic]

You can also contact site staff by submitting a support request »

Un sĂ´t Ă  l'Ă©lastique

Advanced search






PerfectIt consistency checker
Faster Checking, Greater Accuracy

PerfectIt helps deliver error-free documents. It improves consistency, ensures quality and helps to enforce style guides. It’s a powerful tool for pro users, and comes with the assurance of a 30-day money back guarantee.

More info »
memoQ translator pro
Kilgray's memoQ is the world's fastest developing integrated localization & translation environment rendering you more productive and efficient.

With our advanced file filters, unlimited language and advanced file support, memoQ translator pro has been designed for translators and reviewers who work on their own, with other translators or in team-based translation projects.

More info »



All of ProZ.com
  • All of ProZ.com
  • Term search
  • Jobs