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Off topic: Compo sui - Je suis pourri
Thread poster: Jean-Luc Dumont

Jean-Luc Dumont  Identity Verified
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Feb 13, 2004

Tu l'as dit...Cécile

Sessile, ma chêne

Je ne suis qu'un gland
Qui a tige, à la longue
Tout pédonculé, je suis
Mais plutôt porté cupule
Un glandeur de première
Pas toujours futaie
Qui tire sa vie de glandouille
En quête de mousse humide
Pour l'aider à germer
Et garder sa peau lisse
Dépourvue de tout poil
Sur son dessus poli
Pas comme ce glandu
De chêne chevelu...
Qui ne sait pas rester vert


PS - Pas de lecture croisée, de je te saute les lignes ou je ne lis que les premiers ou les derniers mots - tel que !

Tout ça pour dire que j'adore les arbres, j'en ai planté des dizaines dans mon adolescence rurale... et quand je les vois maintenant, bien grands, ils ont vraiment quelque chose de vivant pour moi...

Voici un très bon lien sur les arbres... Je recommande les noms latins/anglais et le glossaire... cela peut servir...

http://les.arbres.free.fr/origine.php


Bonne journée

JL



[Edited at 2004-02-13 07:13]


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Emérentienne
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Tel que Feb 13, 2004

J'ai planté en mon sol bien des arbres aussi :
Cystes et jeunes kermès, arbousiers, romarins,
Le néflier qu'on raille, le mauve lavandin,
Chêne blanc, chêne vert, j'ai voulu mon jardin
Image des maquis où le buis m'accueillit.


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Jean-Luc Dumont  Identity Verified
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Parfum de f....leurs Feb 13, 2004

Fleure bon sûrement...
Je veux bien faire nez de ce jardin

Mémoires olfactives, Indélébiles, elles aussi

Les romarins contre lesquels on se frotte autour de la maison parentale
Les lilas de mon père
Le tilleul chez la grand-mère
Odeur du buis - Pertuis pour moi - chez la grand-mère, aussi

L'odeur de jasmins en Grèce transportée vers le large près d'Athènes, lors d'une nuit en mer pour pêcher

Récemment frissonnez

Un néflier en fleurs à Napa
Un pamplemoussier en fleurs à Carmel, dans la cour de la Mission

[Edited at 2004-02-13 08:14]


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co.libri
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Flore Feb 13, 2004

J'aime à lire vos proses végétales
Dommage que la mienne soit étale
J'aime à lire vos équivoques arborescences
La mienne cependant n'a pas votre prestance!

Jean-Luc, tel saint Louis, rendrait-il justice linguistique sous un chêne?

LN.


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Jean-Luc Dumont  Identity Verified
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Equivocable Feb 13, 2004

LN et les bourgeons

Ce puisse-t-il qu'une jolie fleur soit jamais trop étale...

Plutôt jus lingus

JL


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Jean-Marie Le Ray  Identity Verified
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Puisqu'on est en pleine veine (et verve) poétique... Feb 13, 2004

Trilogie de l’Arbre

Ce que René Magritte a écrit sous le tableau réaliste d’une pipe : – « Ceci n’est pas une pipe » –, tout écrivain devrait le mentionner sous chacune de ses paroles. Qu’il écrive au hasard du papier le mot « arbre », il devrait immédiatement ajouter – « Ceci n’est pas un arbre » –, car le mot « arbre » inscrit sur une feuille ne ressemble en rien à un arbre…

Peter Bichsel


Vous ne pouvez empêcher l’arbre d’être libre…

Pierre Emmanuel


L’Arbre I

J’ai tant et tant rêvé de trouver un arbre qui fût le mien, enraciné dans un coin d’herbe. Rêvé l’ombre paisible d’un feuillage lent qui bouge : rester là, assis pour un temps, le dos collé contre le tronc. Un arbre, faute d’une maison à soi. Un arbre seul contre lequel se tenir seul, adossé à l’écorce, face à l’horizon grand ouvert, et la route, le chemin, le temps. Les vertèbres soudées à l’obscurité solide de ce tronc où la vie pousse obstinément. Au-dessus, la lumière, agitée et sonore : son ciel vert et vivant.
Jean-Michel Maulpoix

Entrelacs de feuilles, de branches, de rameaux
Noueux, fouillis, dédale inondé de lumière
Halo projetant d’une silhouette altière
Le reflet tremblant à la surface des eaux

Compagnon solitaire autant que moi, poète
Au chef ébouriffé, à l’écorce en haillons
J’ai fait de toi mon tronc des lamentations
Où je pleure où je crie en me cognant la tête

Pour exprimer mon ire et dire mon refus
Pendant que toi, tu croîs, bien planté sur ton fût
Puisant tes ressources à ton intime sève

Ta vie est mon espoir, ta vue est mon secours
Or pourquoi jamais aucun oiseau, même en rêve
Ne se pose sur toi, ni les nuits, ni les jours ?

L’Arbre II

Où laisser pousser mes racines, en quel amour, quelle terre, quelle langue, quel corps aimé de femme aimée ? Et vers quel ciel m’épanouir, quel esprit, quel dieu, quel savoir ? Et quels chants accueillir, quelles nichées, quels envols ? Quel vent dans mes feuillages ? Quels insectes ? Quels fruits ? Quel soleil ou quelle pluie ? Quelle reverdie ? Quelle chute ? Quelles couleurs ? Quelles saisons ? Quels couples d’amoureux enlacés dans mon ombre ? Et quels coups de couteau légers de leur cœur à mon cœur ?
Jean-Michel Maulpoix

Arbre, je n’ai pas encore évoqué tes fruits
Si nombreux, si juteux et goûteux, bons à boire
Et à manger, frais et charnus, blancs comme ivoire
Jamais je n’en manque, ni les jours, ni les nuits

Toujours ils mûrissent, toujours ils me sustentent
Réconfortants à l’âme et nourrissants au corps
Ils se laissent cueillir, à pleines dents j’y mords
Rendant grâce au ciel de tes moissons abondantes

De ces fruits qui tombent, répandant leur odeur
Lorsqu’à terre éclate leur trop mûre rondeur…
Bel arbre méconnu, absous mon ignorance

Je voulais d’emblée te baptiser Poémier*
Mais en hommage à telle exquise Providence
Mannier sera ton nom, tu le porteras mieux…

* « Je suis un arbre à poèmes : un poémier… » Paul Fort

L’Arbre III

Il fut un temps où je poussais dans mes racines de par ici, ne connaissant des lointains que la rêverie et de la langue les mots les plus approximatifs. Mais j’ai quitté l’allée de buis et le petit jardin. Je ne m’alimente plus en eau par les racines mais par le ciel. (…)
Mes seules racines sont de papier : des livres, des pages accumulées, des lettres que je ne me résigne pas à jeter, des timbres découpés recueillis dans des boîtes. De mon arbre, n’existe que le feuillage, des feuillets pour des chants articulés par d’autres : ils se posent, puis s’envolent, ils ont de gais plumages et font des nids très haut perchés.
Jean-Michel Maulpoix

L’arbre et son feuillage emplis de mes maux et cris
À l’ombrage desquels j’affronte les orages
La sève au cœur du tronc est l’encre dont j’écris
Sur la noirceur de l’écorce rompue en pages

Les paroles qui ploient mon âme et mon esprit
Et ma langue alourdie et les gravides branches
Gonflées de jolis fruits dont mon goût est épris
Mûrs de saveur délice aux pulpeuses chairs blanches

De ses racines si profondes dans le sol
À la cime si haute et propice à l’envol
S’élancent en flèche mes mots à tire d’ailes

Vers d’autres horizons au plus clair de l’azur
Ils trissent joyeux tels des volées d’hirondelles
Migrant loin dans les ciels bleus d’espoir et d’air pur

J-M


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co.libri
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Compost, Feb 13, 2004

JLDSF wrote:

LN et les bourgeons

C'est joli, mieux que..!

Ce puisse-t-il qu'une jolie fleur soit jamais trop étale...

Quand on oublie de l'arroser peut-être?

Plutôt jus lingus

Sève de chêne.


JL



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Jean-Luc Dumont  Identity Verified
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Pourri turi te salutat Feb 13, 2004

Attention étamine
Pistil en ciel

JL

A domani




[Edited at 2004-02-13 09:27]


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Sylvain Leray  Identity Verified
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Arbres et enfance Feb 13, 2004

La maison familiale était entourée de grands cyprès (ils sont si loins aujourd'hui), et lors de nos week-ends dans le Gard, je retrouvais mon frère et ma cousine "aux trois chênes" (était-ce vraiment des chênes, je ne sais pas) pour vivre nos aventures du "Club des 5" ou des "6 compagnons" (nous étions 3 et un chien).
Notre cabane était entourée de buis et d'une sorte de ronces que je n'ai revue nulle part ailleurs.
J'habitais "plan des arbousiers", nous en avions un dans le jardin et je n'aimais pas ses fruits. Je lui préférais l'olivier, dont j'ai cueilli la première olive, qui venait à peine d'apparaître après des années... ça m'a valu des cris de protestation que je n'ai pas compris.
J'aimais beaucoup le saule pleureur, que mes parents ont dû finir par abattre car il envahissait tout. Il a été remplacé par un laurier sauce, objet de nombreuses mises en garde ("c'est du poison !").
Et les platanes qui défilaient immuablement sur le bord de la route des vacances... ça a toujours été un mystère pour moi : pourquoi toutes les routes étaient (ou sont encore, je ne sais pas) systématiquement bordées de platanes ?
J'oubliais les micocouliers sur le mail où les vieux jouaient à la pétanque (prononcer à la française, comme maille), et puis les pins de la cour de l'école, dans lesquels se nichaient les chenilles processionaires qui m'ont toujours fait si peur...
Et les arbres des contes de notre enfance...
Tempus fugit, compo sui.
Le temps passe, je me décompose.

[Edited at 2004-02-13 12:41]


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Geneviève von Levetzow  Identity Verified
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Member (2002)
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Vraiment... Feb 13, 2004

J'ai l'impression que sous vos apparences de traducteurs techniques, des âmes poétiques sont malheureuses et crient au secours;)

Vous devriez ouvrir un nouveau forum :" Poésie et littérature françaises " avec Jean-Luc et Sylvain comme modérateurs.

Geneviève:)

[Edited at 2004-02-13 11:59]


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omout
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Poésie et littérature françaises Feb 13, 2004

Geneviève von Levetzow wrote:

Vous devriez ouvrir un nouveau forum :" Poésie et littérature françaises " avec Jean-Luc et Sylvain comme modérateurs.

Geneviève:)

[Edited at 2004-02-13 11:59]


(une réplique toute timide car venant d'une récente prozienne) Ce forum-là, n'est-ce pas une bonne idée ? Je suis pour - avec toutes mes fibres littéraires. C'est un régal de vous lire.
Modérateurs ? Quels modérateurs ? A consommer sans modération !


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Emérentienne
France
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Essences, arborescences, Feb 13, 2004

Sylvain Leray wrote:

J'habitais "plan des arbousiers", nous en avions un dans le jardin et je n'aimais pas ses fruits.
Un peu âcre le fruit de l'arbousier, c'est vrai, pas très domestiqué comme goût mais se laisse manger quand même.

Il a été remplacé par un laurier sauce, objet de nombreuses mises en garde ("c'est du poison !").
Non ! le laurier sauce n'est pas poison, au contraire, c'est celui dont on se sert pour relever les plats. C'est la sève du laurier-fleurs qui est dangereuse.

Et les platanes qui défilaient immuablement sur le bord de la route des vacances... ça a toujours été un mystère pour moi : pourquoi toutes les routes étaient (ou sont encore, je ne sais pas) systématiquement bordées de platanes ?
Le platane est une importation "récente" d'Amérique du Nord, cousin de l'érable, choisi simplement pour l'ombre efficace de ses grandes feuilles, je crois. On en voit de moins en moins d'abord à cause de la maladie du chancre coloré (on les remplace justement par des micocouliers en Provence) et ensuite parce qu'il parait que ce sont les platanes qui se jettent sur les voitures et non pas l'inverse...

[Edited at 2004-02-13 12:41]


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Sylvain Leray  Identity Verified
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Member (2003)
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L'ombre des arbres... Feb 13, 2004

L'ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée,
Tandis qu'en l'air, parmi les ramures réelles,
Se plaignent les tourterelles.

Combien ô voyageur, ce paysage blême
Te mira blême toi-même,
Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées,
Tes espérances noyées.

Paul Verlaine, Romances sans paroles


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TTV  Identity Verified
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La sagesse des arbres Feb 13, 2004

"Si ton labeur est dur et si tes résultats sont minces, rappelles-toi qu'un jour le grand chêne a été un gland comme toi".

Proverbe chinois


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Rosa Maria Duenas Rios  Identity Verified
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L'homme qui plantait des arbres... Feb 13, 2004

Surement plusieurs de vous connaisent cette histoire de Jean Giono, dont le protagoniste est Elzeard Bouffier... le cineaste canadien Frederic Back a adapte cette histoire dans un film d'animation d'environ 30 minutes qui a gagne l'Oscar 1987 au meilleur film d'animation et le Grand Prix du Festival d'Annecy, dans la meme annee... je n'ai jamais trouve une histoire plus belle au sujet des arbres et je n'a pas pu resister la tentation de la partager avec vous, meme si elle est un peu longue... la voici, pour ceux qui auront le temps et la curiosité...

JEAN GIONO

L'homme qui plantait des arbres



Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.

Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais, sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau, excellente, d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaiselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d'une une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet: voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout, c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandait si la terre lui appartenait. Il me repondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie.
Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce momet-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.



L 'année d'après, il y eu la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire le vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi; je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation ridicule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue, sauf celle-là, que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. «Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace».
J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait pls que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même pour détruire l'oeuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleuax qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avais fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens.

Certains de ce villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
Le vent aussi dispersit certianes graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'oeuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?



A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu prés exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?

En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle.
C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour, car il avait alors soixante-quinze ans, il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la «forêt naturelle». Il y avait un gran personnage des Eaus et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile: mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
Ce capitaine forstier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques oeufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913, le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres ?
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. «Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi.» Au bout d'une heure de marche, l'idée ayant fait son chemin en lui, il ajouta: «Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux!»
C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

L'oeuvre ne courut un risque grave qu e pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire fes coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.



J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de trnasport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient suavages, se détestaient, vivaient de chasse au piège; à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort: situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs: c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.

Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Iln'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, ses sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.



Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.

Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.


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