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Off topic: Carnet de voyages
Thread poster: Claudia Iglesias

Claudia Iglesias  Identity Verified
Chile
Local time: 21:29
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Jul 20, 2004

J'y pensais depuis un certain temps, j'avais envie de le lancer, mais je n'avais pas eu le temps. Maintenant j'ai non seulement le temps, mais une plus grande envie et un bon prétexte. Je voudrais vous proposer de raconter des voyages. Parfois un voyage peut se faire à l'autre bout du monde et parfois dans le centre-ville. Dans le mot "voyage" on peut mettre tellement de sens ! Même dans la vie on voyage (ou la vie est un voyage si l'on veut), alors laissons vaguer nos souvenirs en totale liberté pour raconter des "voyages". Seule règle : un voyage à la fois.

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Claudia Iglesias  Identity Verified
Chile
Local time: 21:29
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L'Île de Pâques ou Rapa Nui Jul 20, 2004

L'Île de Rapa Nui est aussi appelée le "nombril du monde (Te pito Ho Te Henúa)". Elle se trouve à 3680 Km du Chili (5 heures d’avion), et à 4050 de la Polynésie.
C’est une île formée par trois volcans qui ne sont plus en activité et qui lui ont donné une forme triangulaire sur 160 km. carrés. Il y a 3 800 habitants.
[img] http://www.internationalms.com/isladepascua/mapa_isla_de_pascua2.jpg [/img]

L’histoire de l’île est marquée par les conflits : entre ethnies d’abord, celles que les livres d’histoire ont retenu comme les « longues oreilles » et les « courtes oreilles » et qui s’avèrent être aujourd’hui les « hommes forts » et les « hommes menus ». Beaucoup d’erreurs d’interprétation de l’histoire, voire des erreurs historiques (dans les deux sens du terme, au sens propre et dans le sens de mémorables) semblent être imputables à des erreurs de traduction. On m’a confié un document à traduire (de l’espagnol, pas du Rapa Nui) avec une version historique non officielle où c’est carrément la passation du territoire aux autorités chiliennes qui est remise en cause. Et le document qui aurait été mal traduit occupe une place centrale, évidemment.
L’histoire des Rapa Nui est conservée grâce à la tradition orale que tous les membres de la communauté perpétuent. C’est un peuple qui a subi beaucoup d’abus. Ils avaient une écriture, conservée sur des tablettes en bois, les « rongo rongo », mais nul n’est capable de la déchiffrer. La cause en est terrible. La population masculine (et parmi celle-là les « sages », puisque la sagesse était réservée aux hommes) a été rendue esclave par les Péruviens en 1862-1863. L’Évêque de Tahiti a essayé de les sauver mais n’en a retrouvé qu’une petite partie. Il les a embarqués pour les ramenér sur l’île et ils ont commencé à mourir sur le bateau de la variole. Une poignée est arrivée sur l’île et ils ont transmis la maladie aux survivants. Ceci a été raconté par Alphonse PINART dans Voyage à l´Ile de Pâques 1877.

Bref, l’hécatombe, et depuis ce temps là il n’y a plus personne pour déchiffrer les rongo rongo.

http://www.museorapanui.cl/sp/isla/esp_rongo.htm

L’État chilien n’est pas vraiment porté dans le coeur des îliens parce que pendant des années il a loué l’île à une compagnie qui faisait de l’élevage de moutons et qui avait parqué les habitants de l’île dans le village, leur interdisant même d’aller pêcher ailleurs que face au village, sans rien faire en leur faveur. Déjà que l’île n’est pas grande, être confinés au village, isolés du monde, ça ne devait pas être bien gai ni très sain pour l’esprit.

Mais que sont donc les Moais ?
Les Moais sont censés représenter les ancêtres, fidèlement, comme une photo.
On les dressait sur un « ahu », une plateforme sacrée « tapu » (j’ai découvert que tabou vient du terme « tapou » qui existe en Rapa Nui mais doit exister dans d’autres langues aussi). Sous ce « ahu » on enterrait les ossements des morts de la famille à qui appartenait ce « ahu » et descendants des ancêtres représentés par les Moais. Les Moais étaient orientés dos à la mer, regardant vers les terres des descendants afin de les protéger. Ils étaient transportés depuis la carrière avec des troncs, il y avait beaucoup de pertes en route, et une fois installés sur place on leur mettait les yeux, en obsidienne et je ne sais plus quoi d’autre. À partir du moment où ils avaient des yeux ils étaient « vivants » et étaient donc sacrés. Sur la tête ils portent (aient) des « Pukao », qui a été mal traduit comme «chapeau ». En fait ce sont des espèces de chignons, des coiffures.
Donc chaque clan avait ses Moais, mais ils étaient tous ennemis les uns des autres (c’est vraiment l’impression que cela donne). Ils étaient envieux aussi. Alors si un chef commandait un Moai de 3 mètres, le voisin en commandait un de 4. L’autre voisin voulait montrer qu’il était plus puissant et il en commandait un de 5 mètres, et ainsi de suite. Entre parenthèses je voudrais remercier la guide Carolina, qui bien qu’antipathique a bien gravé ses commentaires dans ma mémoire.
La taille et la sculpture des Moais a commencé à trop occuper les hommes et il y eut une pénurie de dentées alimentaires. Il s’ensuivit une ou plusieurs guerres où l’une des cibles étaient les Moais, parce que comme ils étaient sensés protéger leur clan il fallait leur enlever cette protection. Cela se faisait en renversant les Moais face contre terre.

Il y a eu plusieurs générations de Moais, de plus en plus grands. Les premiers mesurant un peu moins de deux mètres, le plus grand (jamais terminé), 21 mètres. De ceux qui ont été remis sur « pied », le plus grand mesure 9,80 m si mes souvenirs sont bons. Patrimoine Mondial de l’Humanité, l’île cherche son futur dans le tourisme. Le Japon est très présent, financièrement et touristiquement (je ne vous raconte pas la tête des copains quand ils nous ont dit « on a vu un car de Japonais ! »).

L’absence de dates est délibérée parce que ce n’est pas mon fort et l’ordre chronologique des évènements peut avoir été altéré, pour en savoir plus vous pouvez chercher « Rapa Nui » « Easter Island » « Île de Pâques » « Isla de Pascua » dans Google. Ne vous étonnez pas si vous trouvez des versions différentes sur les mêmes objets ou faits, on ne sait pas encore tout, loin de là. Notre guide passait la moitié de son temps à corriger ce que disaient les guides touristiques comme s’ils avaient prétendu être des manuels d’anthropologie.

Ce voyage me laisse (me donne, plutôt), l’envie d’aller au-delà, vers la Polynésie. Je comprends que ces Chiliens aient du mal à se sentir Chiliens, leur culture et leur langue n’ont rien à voir avec celle(s) du « conti » comme ils appellent le Chili du continent.


[Edited at 2004-07-25 03:09]


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ALAIN COTE  Identity Verified
Local time: 09:29
Japanese to French
Bravo ! Jul 20, 2004

Excellente initiative Claudia ! Comme c'est la saison, j'espère que nous aurons beaucoup d'autres récits, pour nous faire découvrir la planète sous toutes ses coutures (et coups durs). Pour ma part, si le pied gauche guérit bien, je pars pour quelques jours à la montagne (c'est pas le choix qui manque ici) en septembre, avec pour seul compagnon mon appareil photo. Je croise les doigts de pied.

[Edited at 2004-07-20 04:06]


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Thierry LOTTE  Identity Verified
Local time: 01:29
Member (2001)
English to French
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Un article qui devrait plaire à ta "guide antipathique" à Rapa Nui Jul 20, 2004

Extrait du Los Angeles Times et cité par "Courrier International" Nº 714 :


Enquête



RÉSISTANCE CULTURELLE SUR L'ÎLE DE PÂQUES - Comment sauver le rapa nui ?



Les Pascuans se battent pour que leur langue ancestrale revive. Ils ont notamment créé des "programmes d'immersion" dans les écoles maternelles pour que les enfants se la réapproprient.

Evelyn Hucke tient à ce que son fils s'exprime en rapa nui, langue polynésienne parlée par Hotu Matu'a - roi venu coloniser cette île lointaine, il y a plus de mille ans - et par ceux qui sculptèrent les célèbres et gigantesques statues qui s'élèvent au-dessus des eaux turquoise du Pacifique Sud. Evelyn, qui a 30 ans, a grandi en parlant cette langue. Mais, aujourd'hui, dans les rues de Hanga Roa, l'unique ville de l'île de Pâques, les enfants babillent et se chamaillent en espagnol, la langue des Chiliens, maîtres de l'île. Evelyne livre quotidiennement sa bataille linguistique : elle interdit aux enfants de regarder les dessins animés diffusés par les chaînes chiliennes et ne répond pas quand on lui adresse la parole en espagnol à l'épicerie. "Ko ai a Hotu Matu'a ?" [Qui est Hotu Matu'a ?] demande-t-elle à son fils de 7 ans. Docile, celui-ci répond dans la même langue : "C'est le premier roi qui est venu ici." Sauver la langue ancestrale est devenu l'obsession d'une poignée d'insulaires. "Nous avons senti que nous étions sur le point de perdre quelque chose d'essentiel : l'esprit de notre peuple", explique Virginia Haoa, qui s'occupe d'un programme d'immersion linguistique pour jeunes enfants, de la maternelle au CM1. Pour elle comme pour bien d'autres, sauver cette langue signifie sauver l'unicité de l'île de Pâques - "notre culture, notre cosmologie, notre façon de vivre", précise-t-elle. La mort du rapa nui (le terme s'applique à la langue, aux 2 000 personnes qui la parlent et à l'île elle-même) mettrait fin à la relation entre les habitants et leurs ancêtres, qui sont à l'origine de cette mystérieuse et exotique civilisation qui persiste sur cette île de 12 kilomètres de large, perdue dans le Pacifique, à 3 700 kilomètres du continent sud-américain. Il est encore possible aujourd'hui de trouver des Pascuans capables de raconter en rapa nui les histoires, transmises de génération en génération, au sujet du roi Hotu Matu'a, venu coloniser l'île avec sept explorateurs d'un pays nommé Hiva vers l'an 400. Tout comme l'on peut encore parler avec des personnes dont les aïeux ont participé au culte de l'homme-oiseau et érigé les dernières statues géantes de l'île - les huit cents fameuses moai. "Le peu que nous avons réussi à maintenir vivant [de notre culture], nous ne le devons qu'à nous-mêmes", explique Alfonso Rapu, 61 ans, un homme qui, dans les années 60, à la tête d'un des plus importants mouvements de protestation contre la domination chilienne, avait pu échapper à une arrestation en se cachant dans les grottes de l'île. Selon lui, les mariages avec les continentaux pourraient bientôt avoir raison d'une grande partie des trente-neuf noms de famille appartenant aux différents clans autochtones. Le Chili gouverne l'île depuis que l'un de ses amiraux y a débarqué en 1888 et signé un traité avec son dernier roi qui, à en croire les Pascuans, aurait été par la suite empoisonné à Valparaíso. Jusqu'à récemment encore, l'isolement géographique de l'île avait assuré la survie du rapa nui - une langue rythmée, comportant peu de consonnes dures -, même s'il n'était parlé que par très peu de personnes. Mais, aujourd'hui, lorsque la saison touristique bat son plein, quatre vols arrivent chaque semaine de Santiago, la capitale du Chili, et les taxis ne cessent de descendre et remonter l'avenue Atamu Tekena. Les conducteurs sont tous des Chiliens qui ont quitté Santiago pour s'installer sur l'île. "Les Chiliens viennent ici tenter leur chance, et ils se fichent bien que notre culture s'éteigne", explique Evelyn Hucke. Elle est membre de l'autoproclamé Parlement rapa nui, lequel se bat pour que la question du statut de l'île figure à l'ordre du jour du comité des Nations unies sur la colonisation. Sur les quelque 3 000 habitants de l'île, environ un tiers viennent du Chili. L'an dernier, l'île de Pâques a connu son premier vol à main armée. L'auteur était un jeune du continent. "Nous ne nous opposons pas à ce que des gens viennent du continent", souligne Enrique Pakarati Ika, le gouverneur de l'île nommé par les autorités chiliennes. "Les autochtones sont très hospitaliers et invitent fréquemment les continentaux." Mais cette hospitalité risque de faire de Hanga Roa une ville chilienne comme les autres. "La Constitution du Chili est en train de tuer ma culture et mon identité", ajoute Petero Edmunds, le maire de Hanga Roa, qui est le seul responsable politique élu par la population. "Notre culture est millénaire et elle existait bien avant le Chili. La seule façon de la protéger est de réglementer l'immigration." Plusieurs fois par an, M. Edmunds et d'autres leaders pascuans se rendent à Santiago pour négocier l'autonomie. Ils réclament un statut similaire à ceux de leurs voisins de Polynésie française, autonomes depuis 1984. "Nous sommes Polynésiens", soutient le militant Mario Tuki Hey, exprimant une opinion partagée par la majorité des anthropologues. "Nous ne faisons partie du Chili que par accident." Sur le continent, de plus en plus de Chiliens pensent que l'île de Pâques mérite un statut spécifique [voir CI n°675, du 9 octobre 2003]. "L'idée que certaines régions, par exemple une île située au milieu du Pacifique, mériteraient un statut spécial, fait l'unanimité", précise le sénateur Jaime Orpis, membre de l'Union démocrate indépendante (droite) qui a visité l'île en septembre avec une commission du Sénat chilien. "Ils devraient être autonomes." Pour le sénateur socialiste Carlos Ominami, ce statut devrait s'inspirer de celui des îles Galápagos, dont le gouvernement local contrôle l'immigration et soutire aux visiteurs un droit d'entrée afin de financer le développement de l'archipel. Les négociations sur le sort de l'île de Pâques se prolongent depuis au moins un an. Pour l'heure, l'île continue d'être une simple subdivision administrative de la ville de Valparaíso, le principal port du Chili sur le Pacifique. "Nous sommes aussi loin de Valparaíso que Los Angeles de Miami, continue M. Edmunds. Il est complètement absurde que je doive m'adresser à Valparaíso lorsque j'ai besoin d'argent pour boucher un nid-de-poule ou pour m'entendre dire par un bureaucrate chilien dans quelle langue je dois élever mes enfants." En fait, l'école pascuane a lancé il y a quatre ans son programme d'immersion dans la langue rapa nui au mépris des lois chiliennes sur l'éducation, qui obligent les professeurs à enseigner en espagnol. Pour les enseignants et linguistes qui sont à l'origine de ce programme, la langue était en perdition et il fallait agir sans attendre. "Les jeunes de moins de 25 ans ne considèrent pas le rapa nui comme leur langue maternelle", souligne Nancy Weber, une linguiste californienne qui a commencé à travailler sur l'île de Pâques avec son mari, Robert, en 1975. Les choses étaient alors différentes. "Lorsque nous sommes arrivés, c'était la langue maternelle de la grande majorité des enfants", ajoute-t-elle. La télévision a débarqué sur l'île à peu près en même temps que les Weber. A l'époque, les linguistes s'amusaient beaucoup en entendant les écoliers discuter - en rapa nui - au sujet des choses étranges et exotiques qui se produisaient lors d'émissions telles que Daniel Boone. Dans le feuilleton, les explorateurs coiffés de toques de castor et les Indiens armés de tomahawks étaient doublés en espagnol, et les enfants n'étaient pas certains de ce que les personnages disaient ou faisaient. "Ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur ce qu'ils avaient vu la veille à la télé, explique Robert Weber. Et aucune de leurs histoires ne semblait concorder avec le Daniel Boone que j'avais vu, moi." A la même période, les Weber ont entrepris de créer une bibliothèque de textes en rapa nui, invitant les habitants à des ateliers d'écriture et distribuant des polycopiées d'anthologies de poésie et de sagas. Si le rapa nui devait être enseigné à l'école, pensaient-ils, il lui fallait une littérature, des écrits reflétant sa réalité culturelle. "Les gens étaient émus aux larmes lorsqu'ils ont publié leurs premiers livres", se souvient Nancy. Mais le temps passant, le rapa nui a commencé à être supplanté par l'espagnol, surtout quand la télévision chilienne a commencé à émettre des programmes en continu. En 1997, une étude sociolinguistique de l'école démontra que plus aucun écolier ne parlait exclusivement le rapa nui et que seulement une poignée d'élèves étaient "totalement bilingues", s'exprimant aussi bien en espagnol qu'en rapa nui. Selon les Weber, le rapa nui est remplacé dans les lieux publics par un espagnol aux accents chiliens mêlé de structures rapa nui. En rapa nui, par exemple, les syllabes sont souvent répétées. On pourra donc tout à fait entendre un habitant de l'île de Pâques saluer quelqu'un d'un "Hola, hola" en espagnol. "Le rapa nui finira par disparaître, poursuit Robert Weber. Si nous étions restés sur le continent, il n'existerait plus depuis longtemps. Pour être tout à fait francs, nous ne faisons que repousser l'inévitable." Cette disparition risque donc de se produire en dépit de la longue histoire de résistance et de persévérance des Rapa Nui. Les derniers anciens capables de lire l'écriture rongorongo de l'île de Pâques, conservée sur vingt-huit tablettes de bois sculptées, sont tous morts en esclavage au Pérou au XIXe siècle. A l'arrivée des Chiliens, les Rapa Nui étaient moins de deux cents. Au XXe siècle, la tutelle du Chili s'est caractérisée par un mélange de paternalisme et de désintérêt complaisant.

Les plus âgés se souviennent d'une île sans électricité ni eau courante, gouvernée par des officiers de la marine chilienne "comme si l'île était un navire et nous tous, des marins". Les éducateurs chiliens ont encouragé les parents des élèves les plus brillants à envoyer leurs enfants en internat dans des écoles du continent. Virginia Haoa, le professeur de rapa nui, a ainsi été envoyée au Chili lorsqu'elle avait 9 ans. Elle a souffert d'une solitude insupportable pendant de longs mois, sans jamais entendre un mot de sa langue maternelle. "Les soeurs avaient dit à mes parents que j'étais trop intelligente et que me laisser sur l'île serait un gâchis", raconte-t-elle. A l'âge adulte, munie d'un diplôme d'une université chilienne, elle est retournée sur sa terre natale pour travailler comme infirmière dans la clinique locale, jusqu'au jour où sa fille aînée est entrée en maternelle. "Je lui avais toujours parlé en rapa nui parce que je savais qu'en grandissant elle serait poussée à parler en espagnol", se souvient Virginia Haoa. Ce premier jour de maternelle, elle a découvert que, dans la classe de sa fille - où toutes les leçons étaient données en espagnol -, le rapa nui était traité "comme une langue étrangère". Mme Haoa s'est rapidement portée volontaire pour donner des cours de rapa nui à l'école. Aujourd'hui, elle y enseigne à temps plein. "Il était urgent que nos enfants parlent notre langue", dit-elle. Comme le rapa nui n'a pas d'équivalent pour des mots modernes tels que le mot "ordinateur", Mme Haoa et d'autres enseignants ont forgé de nouveaux termes. Ordinateur, par exemple, se dit makimi roro uira, qui signifie littéralement "machine à l'esprit brillant". L'apparition de mots nouveaux favorise l'inventivité et la créativité dans une langue, et contribue pour beaucoup à la maintenir en vie. "Nous avons prouvé qu'il est possible d'enseigner les sciences en rapa nui, déclare Mme Haoa. Mais, plus important encore, ajoute-t-elle, nous préparons nos enfants au monde extérieur en leur donnant une meilleure idée de qui ils sont et d'où ils viennent." Mauricio Valdebenito, un chauffeur de taxi venu du continent, fait partie des parents dont les enfants vont entamer un programme d'immersion en rapa nui dès la prochaine rentrée. Sa femme est d'origine autochtone, mais elle parle surtout espagnol avec leur fille de 5 ans. "Pour moi, tout apprentissage est une bonne chose. Plus on apprend, mieux c'est, affirme-t-il. Ça ne me dérangerait pas de l'entendre parler davantage rapa nui. Ça fait partie de sa culture." Mme Haoa essaie de faire passer le même message ailleurs que dans la salle de classe. Sur la porte de sa cuisine, elle a accroché une pancarte demandant aux visiteurs de parler rapa nui : "Hare vanaga i te reio henua. (Dans cette maison nous parlons la voix du peuple)" Selon elle, les choses progressent. Récemment, elle traversait la cour de récréation lorsqu'un son qu'elle n'avait pas entendu depuis de nombreuses années l'a ramenée à sa propre enfance : un groupe d'enfants se chamaillant en rapa nui. "Ils se sont mis à crier, mais ils ne se faisaient pas de mal", raconte-t-elle. Alors, pendant quelques instants, elle est simplement restée là, à les écouter.




Hector Tobar
Los Angeles Times


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