Off topic: Kota Kinabalu (KK) KesaKo ?
Thread poster: sylver

sylver  Identity Verified
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Nov 8, 2005

Ouaips, je viens de passer une semaine de quasi-vacances du coté de Kota Kinabalu. Tu sais pas où c’est ? Pas grave, je savais pas non plus avant de partir. Mon visa arrivant à son expiration périodique et inévitable, je me suis mi en quête d’un bled original pour effectuer mon rituel de passage régulier, et chuis tombé sur …Kota Kinabalu. Le nom avait l’air marrant, et le billet d’avion n’étant pas cher, ben, tu me connais, j’ai pris le billet et je suis parti, après avoir vaguement repéré le bled sur la carte – ouais, je me fais vieux, maintenant je planifie, avant je serais parti d’abord, avant de regarder la carte.

Kota kinabalu, (KK pour les intimes) c’est dans la partie malaysienne de Bornéo (Sabah - Comment ça, tu ne savais qu’il y avait une partie malaysienne à Bornéo?)

Quand tu débarques, t’as perdu une heure à cause du fuseau, et la nuit est tombée et on était bien loin de la ville (mais sans la voie ferrée, quand même), mais tu peux voir une espèce de grange, un hangar à bétail avec un signe au néon qui annonce faiblardement l’aéroport international de KK. Tu descends du vieux coucou* et tu te diriges vers l’étable qui contient le bureau d’immigration, où tu attends ton tour à la queue leu leu. Derrière son bureau, un paysan en uniforme tamponne dûment ton passeport, mais y a que la moitiè qui s’affiche. Une pénurie d’encre rouge, je suppose. Tu sors de là, et t’as un espèce de comptoir à deux balles qui affiche en lettres ternes « Limousines » Localement, une limo, c’est un taxi quelconque qui a moins de 50 ans de service* – enfin, généralement. Si tu marches un peu en dehors de « l’aéroport », tu tombes sur un club assez sélect qui s’avère être un mini casino. Pas de bol. Tout ce qu’y servent, c’est des sandwichs et des jetons. Y’a aussi un Karaoké mais c’est pas vraiment ce que je cherchais non plus, (pis tu sais, moi quand je chantes, heu..., à moins d’avoir une salle insonorisée, vaut mieux pas).

Le truc marrant, c’est que contrairement aux autres aéroports d’Asie, il n'y avait aucun chauffeur d’hotel prêt à t’arracher un bras pour te faire passer la nuit dans son établissment. D’habitude, t’es à peine sorti que les zouaves à pancarte te prennent d’assaut avec leurs « You Hotel go? » ou « Limousine to hotel, Sir ? » (sérieuse différence de prix entre les deux, crois moi). Bref, je me retrouve comme un c. avec mon sac à dos sur l’épaule et ma cravate dans l’indifférence générale. Je dégotte une carte et je trouve une auberge qui vient me chercher à l’aéroport (autant économiser le taxi, tant qu’on y est). Ils offrent plusieurs logements, et je m’empresse de choisir plus luxueux, un petit lit double miteux dans une chambre sans fenêtre, salle de bain ou toile d’araignée, mais qui a quand même une commode, et qui me coute la somme royale de 12 euros. Le bled dispose même d’une connexion Internet raisonnable, à 40 cts de l’heure. Je suis aux anges – et au travail.

Kota Kinabalu de nuit, ça te donne un peu la même impression que les quartiers nord** – ça valait vraiment le coup de voyager, tiens ! Des apparts qui ne sont pas de toute première jeunesse, mais qui n’ont jamais été beaux de toute façon. Les clodos s’entourent de cartons, une coutume locale je suppose. Chez nous, ils dorment sur les cartons. Ici, ils se font une sorte de chambre avec les cartons à la place des cloisons, et ils dorment au milieu. Peut être qu’il y a des cartons sur le sol aussi, je me suis pas trop approché. On ne m’a pas demandé l’obole, vu qu’on était en dehors des heures de bureau. Fait surprenant, tout le monde parle un anglais raisonnable, voire très acceptable. Drôlement plus simple.

J’ai vite fait de rencontrer un Anglais qui marche comme un cowboy après une dispute avec son cheval. A ce qui paraît, c’est une montagne qui en est la cause, le toit de l’Asie du Sud Est, le grand le beau, le sublime euh enfin, mont Kinabalu qui culmine à 4095 m (ou 4093, ça dépends du vent).

Mon hôte temporaire m’avait déjà proposé de m’y emmener pour la somme modique de 130 euros, ou un truc du genre. L’anglais s’empresse de m’expliquer qu’en fait, tu peux faire le même trajet pour 50 euros en réservant directement ton logement avec la société qui gére le parc. Ca a l’air d’un bon plan.

En Thailande, c’est tout juste si il y a des colines, et bon, moi la montagne, j’aime bien, alors comme un ****, je me dis, banco, on va faire la grimpette pour deux jours avant de revenir au bercail. En fait c’est pas une mauvaise idée du tout si tu fais du sport régulièrement – ça tombe bien, moi j’en ai fait y a même pas 7 mois – et que tu es équipé pour la circonstance – j’ai un T-shirt, et une paire de basket qui a fait ses preuves (=semelle défoncée, mais les lacets sont intacts !). A ce qui parait, il fait froid là-haut, alors je m’empresse de rajouter une paire de gants à mon attirail et je me dirige vers la station de bus. Bien sûr je me fait harponer par les inévitables sangsues-taxi* qui m’informent joyeusement que le prochain bus part dans 4 heures, mais que pour 20 euros (18 parce que c’est toi), un chauffeur se fera un plaisir de m’emmener immédiatement à bord de sa pièce de collection*.

Avec un sourire au coin des lèvres j’esquive la meute, et j'avise l’un des mini-vans qui s’empresse de m’offrir un siège pour 2,2 euros. Il part dans 10 minutes. Je pourrais économiser 20 cts en attendant une demi-heure pour un bus standard, mais faut pas charier non plus. Le mini-van est à peine sorti de la ville que tu comprends pourquoi tu t’es mis dans cette galère. Ouaips, ça valait le coup. Un paysage somptueux s’offre à toi. Une superbe mosqué plantée au milieu de la jungle tropicale, se dresse fièrement, avec son dome doré, une véritable œuvre d’art, symbole vibrant de l’islam, légèrement cachée toutefois par l’enseigne « Mac Donald » de la station d’essence du coin. (C’est pas une blague). Enseigne Mac Donald a part, le paysage est à la hauteur de toutes mes espérances. L’air est frais et je me gorge d’oxygène. On n'a fait que quelques kilomètres et le van commence à faire la grimpette. Sabah, c’est la Suisse asiatique. La végétation nettement plus dense – c’est quand même la jungle, faut pas oublier. Le spectable est à couper le souffle.

Sagement assis, je gribouille ces notes pour votre bénéfice tant que pour le mien. Quand je dis "sagement", j'entend, "sans bouger", ce qui est sage si l'on considère que nous sommes trois à être coincé sur la banquette. Mes compagnons de voyage, des locaux, semblent blasés, mais je ne me lasse pas du paysage. Le van continue gaillardement son escalade, à l'inverse du soleil qui amorce lentement sa descente derrière les montagnes. Après quelques stops, le van se vide un peu et je me retrouve seul sur la banquette avant. Il est temps de songer à faire quelques photos. Je me sors mon appareil par la fenêtre et je clique un peu au hasard, une de mes techniques de photographie préférées. Prenez 20 photos au pif, y'en aura bien une de suffisamment bonne pour la retouche. Enfin, je n'ai pas vraiment le choix non plus, Le van continue son bonhomme de chemin, et ça grimpe raide. Je me félicite mentalement de ne pas avoir de vélo - au moins, je n'aurais pas la honte d'avoir à le pousser. Le soleil a apparament pris une retraire anticipée. Le van n'a pas d'écairage intérieur, et il commence à faire bien sombre. Il est temps de poser la plume. Nous continuons à monter. Si ça continue, il ne va pas rester grand-chose à escalader, demain.

Finalement, arrivé au sommet d'une courbe sans prétention, le chauffeur s'arrête sur le bas coté de la route et me fait signe de descendre. A ma droite, en contrebas, on peut voir les lumières d'un restaurant. A gauche, ben c'est tout noir. Manque de chance, c'est la gauche que m'indique le chauffeur. C'est ma veine, je suis tombé sur le seul type qui ne jacasse pas l'anglais. Quoi qu'il en soit, je sors, sac à dos sur l'épaule et je me dirige vers une espèce de chalet, à quelques 200 mètres de là. Le chauffeur en profite pour repartir. J'espère qu'il ne s'est pas planté.

L'air est frais et j'avance d'un pas vif vers une guérite que je n'avais pas apperçu précédemment. C'est fou le nombre de choses que l'on ne remarque pas,... dans le noir. Apparemment, le chauffeur avait raison, et le garde m'indique le chalet, qui est en fait un bureau du tourisme. Les deux demoiselles qui travaillent là, revétues d'un uniforme kaki, style boyscout m'informent que j'ai le choix entre la location d'un chalet complet -"seulement" 50 euros la nuit- ou d'un lit miteux dans un dortoir de 8, pour 2,2 euros. Bon, après tout, c'est l'aventure, c'est pas censé être confortable, l'aventure. J'opte donc pour la solution la plus… aventureuse après une bréve consultation avec mon porte-monnaie. Il y a des solutions intermédiaires, mais il faut les réserver bien à l'avance. J'en profite également pour m'inscrire pour l'ascension du lendemain. Le forfait comprend un guide (obligatoire), une entrée pour le parc et un permis d'escalade.

Sur ce, je me dirige vers le resto d'en face, un bâtiment un peu en contrebas qui ressemble lui aussi à un chalet. Il n'est pas 9 heures du soir, et le restaurant est déjà vide. J'en profite pour tailler une bavette avec la serveuse qui m'apprend à compter en malaysien. C'est pas très compliqué et les mots sont marrants. Je vous laisse juge: Satu, lima, tiga, enom, sopoulo… c'est des chiffres, ça? Ben oui, alors bon, passons.

J'ai toutes les peines du monde à ne pas leur parler en Thai. Parfois, je me trompe de langue. Aussi, le Thai, c'est dur à apprendre, alors une fois que tu baragouines un peu, tu essayes de le rentabiliser. En dehors de la Thailande, c'est pas gagné.

Enfin bon, je décide de me coucher tôt -relativement- en prévision pour le périple du lendemain. Un van m'emmene au dortoir et le type me conduit jusqu'à la chambre. J'ouvre délicatement la porte pour ne pas réveiller les autres, et je tatonne pour trouver un lit de libre. J'ai a peine repéré un lit que le gars qui m'accompagnait allume la lumière, et se casse - pendant que je cherchais un lit, lui, il cherchait l'interrupteur. 6 têtes se tournent vers moi, avec des grogements. Une blonde ébourifée me jette un regard meurtrier. C'est ta faute, cocotte, t'avais qu'à alligner pour un chalet. Je me colle au pieu tout habillé. Il fait pas chaud, à vrai dire, et la couverture ressemble vachement à une serviette de bain. Note - la prochaine fois, emmener un sac de couchage. Le réveil à l'aube ne pose aucun problème, et la sortie du dortoir est glorieuse.

-insérer ici une superbe photo de montagne qui resplendit sous les rayons matinaux du sieur phoebus-

Je retourne à l'accueil - fichtre, il y en a du peuple! Ayant fait la plupart des formalités la veille, je me dirige vers le guichet où l'on m'assigne un guide. Le gars fait une bonne tête de moins que moi, mais à voir ses mollets, c'est pas sa première ascension. En effet, Gigi, c'est son nom, monte et descend de la colline deux fois par semaine, depuis 2 ans. (Sans cheval). J'allège mon sac à dos en déposant mon ordi portable et mes vétements "en trop" dans le coffret de sureté gratuit, à l'accueil. Ils ont aussi une salle à bagages payante, mais j'ai besoin de mon sac à dos.

On monte dans le bus qui doit nous emmener au début de la piste. Et je dis bien qui *doit*, parce qu'au bout de 5 minutes, il n'est toujours pas parti, il a un pneu creuvé.

On monte dans le prochain quelques minutes plus tard. Il y a de l'excitement dans l'air - très pur d'ailleurs. Après un petit quart d'heure - vingt minutes, on débarque à Timpohon gate (la porte de Timpohon), à une altitude de 1000 mètres selon mon guide, et de 1800 mètres aux dires de Wikipédia. Je me sens pas tellement en forme, alors autant miser sur Wiki.

A votre droite, avant de franchir le portail, vous verrez un petit kiosque qui vend des bricoles à grignoter. Si vous êtes suffisamment rapide, il y a des beignets maison et d'autres produits locaux qui ne sont typiquement acheté que par les guides. Emballés dans des sachets plastiques blanc, ça n'a pas l'air très appétissant au premier abord, mais ça vaut le coup. Ce n'est pas pour rien que les guides se ruent dessus.

Vous franchissez la grille, et vous n'avez pas fait 10 mètres que vous appercevez un panneau indiquant les meilleurs temps. Les meilleurs temps? Eh oui, chaque année, un semi marathon (climbathlon) prend place sur cette même piste, jusqu'au sommet, puis retour. 21 km, et une grimpette de 3000 mètres (guide), ou de 2200 (Wikipédia) de dénivelé, pour arriver à un faîte qui culmine à 4090 m et des poussières, avec l'accord de mon guide et de Wikipédia.

Le record pour les hommes est de 2 heures 36 minutes, et pour les dames, l'aller retour prend 3 heures 30+, si mes souvenirs sont bons. A titre de comparaison, le guide considère qu'un bon temps pour monter jusqu'au refuge (bien avant le sommet donc) est de 3 heures, la moyenne se situant aux allentours de 4H30.

Le sentier n'est pas trop difficile. Ca monte sec, mais les pierres sont stables et ne glissent pas. Le sol est ferme, l'air est frais mais pas trop. Un temps idéal. Nous passons rapidement le premier kilomètre. Avoir un guide pour moi tout seul à son avantage. Nous avançons exactement à mon allure, qui pour le moment est régulière et relativement rapide si j'en juge le nombre de groupes que nous passons. Bien sûr, pour le guide, c'est de la promenade. Arrive le deuxième kilomètre, je suis en nage, et en rage. C'est **** de sites web qui t'avertissent contre le froid. Oui, il fait froid certes, mais pas pendant le trajet! J'ai des gouttes de sueurs qui coulent comme si je venais de faire un cent mètres dans Bangkok. Mon pantallon colle et je lutte pour plier les jambes. Nous faisons une courte pause pour prendre un peu d'eau. Le guide semble aussi frais qu'avant de partir. Je commence à fatiguer. Il est temps de prendre quelques photos. Pas que le paysage n'ait grand chose à offrir, la jungle nous entoure et j'aurais bien de la peine à voir au-delà du sentier, mais ça me donne une occasion de m'arrêter, de défaire mon sac et de prendre une ou deux minutes à regarder autour de moi en adoptant une pose qui se veut experte, mais que mon guide a du voir une centaine de fois dans les 3 derniers mois, celle du touriste fatigué qui fait semblant de prendre une photo.

Tiens, et fait, j'ai même pris une photo. (Imaginez ici la photo d'un sentier rocheux qui monte continuellement)

Bon, sans exagérer, je me retrouve à l'abris du troisième kilomètre et mon guide suggère une pause pour casser la croute. A ce qui parait, on tient un bon rythme. Nous attaquons gaillardement le quatrième kilomètre. Pour autant que je puisse en juger, l'inclinaison augmente, et je fatigue. Un pas. Un autre, puis encore un, …souléve la jambe gauche. Appuye et souleve la jambe droite, ...et ainsi de suite. Bon, je vais pas vous apprendre à marcher non plus! Je commence à me demander si je vais arriver au sommet. J'ai beau ramer, je continue à dépasser d'autres grimpeurs - on dirait que je ne suis pas le seul à en baver.

Arrivé au cinquième km, je réalise que l'altitude fait une différence, et qu'une bonne partie de la fatigue vient de la façon de respirer. L'air est un peu plus rare, et il faut respirer plus profondément. Excellente excuse qui ne m'empèche aucunement de me trainer pitoyablement pendant ce dernier kilomètre jusqu'au refuge. Nous venons de franchir la limite de la jungle et cette fois, le paysage mérite vraiment une photo ou deux.

Arrivé au premier refuge, j'apprend avec soulagement qu'ils ont des douches avec eau chaude. Je loue une serviette et je m'éclipse vers l'étage. La salle de bain gagne à ne pas être décrite en détail, mais elle est néanmoins assez propre. Toutefois, la fumée et les hurlements qui en sortent ne sont pas de bon augure. J'entend les occupants claquer des dents. Faisant semblant de ne pas comprendre, je demande ingénuement si elle est chaude, et les occupants m'abreuvent d'injures. En discutant avec un autre gars qui attend, il parait qu'ils viennent de lancer le chauffage, et que l'eau sera chaude d'ici une demi-heure/trois quarts d'heure. D'ici là, c'est des glacons qui sortent. Je n'ai rien contre une bonne douche froide, et je me glisse dans une des douches qui se libère, après deux ou trois plaisanteries qui ne méritent pas leur place dans ce récit. Mes prédécesseurs n'ont pas menti. Nom d'un chien qu'elle est froide! Mais ça fait du bien, pas de doute. Je sors ragaillardi. 2 ou 3 gars dehors rassemblent leur courage en attendant de braver la deuxième épreuve de la journée. Mon successeur rentre et ressort aussi sec. Je crois qu'il vient de ré-évaluer les mérites de l'hygiène à l'occidentale.

Dans la salle principale je rencontre un taiwannais que j'avais croisé sur la piste. Il m'invite à rejoindre son groupe, et je me retrouve brusquement au milieu de 4 étudiants écolos et d'un photographe/auteur, qui, en temps que doyen du groupe, s'empresse de m'expliquer que l'age donne précédence, chez les taiwanais, et que les jeunes doivent suivre les ordres de leurs ainés. J'esquise un sourire neutre. Pas besoin d'être un physionomiste expert pour voir que les quatre "jeunes" ne partagent pas entièrement ce sentiment. Notre photographe ne semble pas s'en rendre compte. Je suppose qu'il n'a pas l'œil, après tout.

La conversation est brusquement interrompue par une trombe d'eau. J'aime bien bien la pluie, surtout qu'on est dedans, bien à l'abri. J'accorde une pensée miséricordieuse aux pauvres gars qui sont encore dehors et qui peinent sur le chemin. Sur le roc qui me fait face, je découvre un ruisseau. Je me frotte les yeux. Il n'était pas là il y a juste 5 minutes. Le photographe m'explique d'un ton condescendant qu'il s'agit d'un run-off. Sous nos yeux ébaubis, le ruisseau se transforme en torrent, avant de former une véritable rivière, en l'espace d'une demi heure.

Run off ou pas, ça fait un paquet d'eau photogénique. Je me contorsionne à la fenêtre pour vous obtenir une photo potable, une technique qui fait vite des émules.

Nous passons quelques heures ensemble avant de nous rendre à notre chalet, le chalet de ceux qui n'ont pas réservé à l'avance. Les taiwanais me convient à les joindre pour un thé chinois. Je ne suis pas un fan de thé, mais la compagnie me convient, et j'accepte volontiers de partager une tasse d'eau chaude avec eux. Si Bornéo fait office de Suisse asiatique, les taiwanais sont probablement les anglais locaux.

Le soleil se couche lentement, avec les tons rouges et or de circonstance.

Bon, à vrai dire, je me les gèle un peu, mais ce n'est rien comparé à ce qui m'attend. Le réveil est prévu pour le lendemain matin, … à 02:30. Mon guide veut bien que je fasse la grasse matinée jusqu'à 03:00, mais je laisse tomber. Avant d'aller se coucher, je tombe sur les taiwanais en grande discussion avec un autre groupe, en chinois. On m'invite et je m'assied contre le mur. Il parait que les interlocuteurs sont malais, mais ils parlent chinois. Mon ami le photographe m'invite à apprendre le chinois, qui est après tout la langue la plus parlée sur terre. La preuve, elle est parlée dans toute la Chine!

Je les prends au mot et je leur demande de m'apprendre un peu de vocabulaire en échange contre une bonne mesure de français. J'ai l'habitude de ce genre d'échange. En général tu passes une bonne heure à apprendre deux ou trois phrases que tu oublies presqu'immédiatement, mais tu en profites pour rigoler un bon coup - ça me va. Quand nous décidons finalement d'aller nous coucher, il ne nous reste que quelques heures de sommeil. En ce qui me concerne, il fait trop froid pour dormir tranquillement. Idée de génie, je réalise que nous ne sommes que 2 dans une chambre de 4 et j'en profite illico pour chouraver la couverture du lit d'en dessus. Sur le coup de 1 heure du mat, un groupe de zouaves se préparent à l'escalade, et on peut dire ce qu'on veut, mais ils ne sont pas discrets. Du style à sonner le cors avant de partir, si tu vois le genre.

Je dors tout habillé, ce qui ne veut pas dire grand-chose, compte tenu des circonstances. Je sors du lit, prêt pour la dernière étape. Lampe torche à la main, sac sur les épaules, je repère mon guide. A ce qui parait, les quelques kilomètres qui restent jusqu'au sommet sont les plus durs, mais je suis prêt. J'ai toujours aimé la marche de nuit. Nous entamons la montée à la file indienne. On doit être une bonne trentaine à monter. L'escalade commence sur des escaliers de bois. La file s'étire, mais il n'est pas facile de doubler. Il faut attendre que ceux de devant cèdent le passage.

Fort de mon expérience de la veille, je prend de grandes bouffées d'air frais, et le premier kilomètre se passe sans incident. La lampe éclaire les quelques metrès qui sont devant moi, mais sans plus, et la nuit plutôt noire. Pas un seul lampadaire, rien. Nous arrivons à un portail qui ressemble à un poste des douanes, où le préposé vérifie nos permis d'escalade avant de nous laisser continuer vers le sommet. Je devine que le terrain est sur le point de devenir plus dur. En effet, quelques mètres plus loin, le sentier fait place au roc. D'ici jusqu'au sommet, il n'y a plus que du granit. Une corde est installée à demeure, et à en croire les instructions des différents sites Web, il vaut mieux l'utiliser. En réalité, dans la plupart des cas, il est plus difficile de se servir de la corde. Elle est basse, et l'inclinaison n'est pas si méchante que ça, dans la plus grosse partie du trajet. Essayez de tenir la corde constamment et vous allez vite avoir le dos fracassé.

La roche donne une bonne adhérence, et cette partie du trajet est définitivement agréable. Cela dit, rien dans ce périple n'est de tout repos et nous continuons à avancer avec des pauses de temps à autre. Je m'allonge sur le roc. Dans le ciel, les étoiles scintillent comme dans un conte de fée. Je me répéte pour la nième fois que ça vallait le coup. Nous reprenons la route, toujours plus haut. Le dernier kilomètre est sans aucun doute le plus dur, avec une inclinaison plus prononcée et quelques blocs à franchir.

Arrivé au sommet, il y a foule, mais cela ne me préoccupe pas vraiment. Une fois les derniers mètres franchis, la température chute d'au moins dix degrés, ou un truc du genre, et c'est là que tu te dis que tu aurais bien fais d'emmener une veste, et une paire de gants de rechange. Transi, il ne te reste plus qu'à attendre le lever du soleil… Je repère les taiwanais blottis dans creux du rocher, un peu plus bas. Pas une mauvaise idée. Je les rejoins et on se gèle ensemble. Moi surtout. Eux, ils ont des parkas et des bonnets.

Le soleil arrive progressivement. Superbe…. Un lever de soleil! Qui l'aurait cru?

Y' a pas à dire, c'est rocheux, comme bled:

Ces photos parlent d'elles même (ndt: c'est quand même plus facile) sauf que là, j'ai pas eu le temps de les télécharger, alors y faut les imaginer, les photos.

Bon, c'est bien beau, tout ça, mais maintenant il va falloir redescendre:

L'arrivée du soleil a ramené la température dans une mesure raisonable et rend les lampes torches inutiles. On voit maintenant ce que l'on devinait en avancant à l'aveuglette.

Mon guide s'impatiente. C'est bien gentil tout ça, mais bon, je suppose que si je devais le faire 2 fois par semaines….

Pour une raison ou pour une autre, je me sens en super forme et je commence à courir dans la descente. Le guide panique à l'idée d'un accident (si ça se produit, il faut qu'il me porte, tu imagine la cata), mais j'ai la situation bien en main (en pied), et nous descendons à fond de cale, avec néanmoins des pauses photos (entièrement légitimes).

Maintenant, la gravité est de mon coté, et je m'en sers volontiers. Le guide n'avait qu'à pas être impatient de redescendre. La descente jusqu'au refuge prend deux fois rien de temps - trois en comptant les photos.

(Désolé, ça fait un mois et j'ai pas encore écrit la suite)

[Subject edited by staff or moderator 2005-11-08 11:12]


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Laure Trads  Identity Verified
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Member (2004)
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Je me suis régalée de lire ton récit Nov 8, 2005

Ça me rappelle des aventures similaires en voyage : après coup, les galères font partie des souvenirs les plus épiques !

A quand la suite ?

Laure


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Marie-Céline GEORG  Identity Verified
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+ ...
La suite, la suite (air des lampions) ! Nov 8, 2005

D'accord avec Laure : c'est quand la suite ?

MC


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sylver  Identity Verified
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Merci... Nov 9, 2005

Je crains qu'il ne faille attendre un peu pour la suite.

Ca prend du temps, rédiger tout ça.


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Cathie Humbert  Identity Verified
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Incroyable Nov 11, 2005

Tu pars comme ça avec ton ordinateur sous le bras n'importe où? Ca t'est arrivé souvent de le faire? Et tu arrives à trouver les conditions nécessaires pour travailler? Ca me donne des envies...

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sylver  Identity Verified
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TSDF Nov 12, 2005

Cathie Humbert wrote:

Tu pars comme ça avec ton ordinateur sous le bras n'importe où? Ca t'est arrivé souvent de le faire? Et tu arrives à trouver les conditions nécessaires pour travailler? Ca me donne des envies...


Ben oui, la routine, quoi.

En fait je suis un peu TSDF - Traducteur Sans Domicile Fixe. T'as pas 100 mots?

Plaisanteries à part, je suis assez souvent sur les routes. A vrai dire, j'écris ce post en direct de Kota Kinabalu. Décidé de revenir, histoire d'explorer le bleb un peu plus en détail.

J'ai pas encore rencontré Aïcha (reine de Sabah), mais ça ne saurais tarder.


Et tu arrives à trouver les conditions nécessaires pour travailler?


Je crois que ça dépends de ta façon de travailler.

Mon idée d'un espace de travail idéal, c'est un bon restaurant avec un groupe de musiciens et une connexion internet. Même "à la maison", je ne travaille que rarement chez moi. Je sors avec mon portable et je vais m'installer dans un café ou un resto ou un hotel quelque part, en bord de mer/lac, de préférence.

La plupart des références que j'utilise sont sur mon disque dur ou sur le net, donc l'emplacement physique n'est pas trop important.

Dans la réalité, chaque fois que tu voyages pour de bon, ta production baisse (Le temps du voyage, de trouver un endroit où t'installer, trouver une connexion internet,...et bien évidement le temps que tu passes à profiter de ton nouvel habitat.)

Une semaine, c'est des semi-vacances, parce qu'il n'y a guère de chances que tu puisses travailler plus de la moitié du temps. (Cela dit, je continue à accepter les travaux que l'on m'envoie, et je respecte les délais)

Avec un séjour plus long dans un bled qui a l'internet, c'est comme une maison secondaire. Un fois installé, rien ne t'empêche de bosser comme d'hab.

Je gratterais un peu plus dessus ce sujet une fois de retour...dans une semaine.

C'est une façon de travailler qui me convient, mais d'un autre coté, je comprend très bien que certains préfèrent rester à la maison, ou même aller au bureau tous les jours. (Certains traducteurs louent un bureau à l'extérieur pour séparer plus nettement le travail et les loisirs)


Ca me donne des envies...


C'est ton mari qui va être content.

[Edited at 2005-11-12 02:18]


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xxxsarahl
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A quand la suite ? Nov 12, 2005

Tu nous fais languir, SG !

Si j'ai bien compris, t'as pas encore fini le premier épisode mais t'es déjà reparti pour le deuxième ?

Et on est tous suspendus à nos écrans...


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sylver  Identity Verified
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En fait.. Nov 14, 2005

sarahl wrote:

Tu nous fais languir, SG !

Si j'ai bien compris, t'as pas encore fini le premier épisode mais t'es déjà reparti pour le deuxième ?

Et on est tous suspendus à nos écrans...


Pour être honête, j'en suis maintenant à mon troisième voyage à Bornéo depuis le récit d'origine,...et il n'est pas fini (le récit).

Je suis en train de préparer un site web sur l'aventure en Asie du Sud-Est (anglais et français), et ça me donne une très bonne excuse pour voyager de façon plus intensive que de normale.

J'ai tellement de récits en cours que je ne sais plus où donner de la plume (sans compter que je rédige le tout en anglais et en français), mais j'ai bon espoir de me rattraper, avec en prime une intro sur le rafting, et un voyage dans un train sorti tout droit du paléolithique - c'est déjà à moitié écrit en anglais, quelques 4000 mots, sur la bécane ou le papier.

Ya plus qu'à finir ça, boucler ma descente de la montagne, gratter quelques pages sur le repos du guerrier dans les sources chaudes de Poring, conter mon odysée dans les gorges de Padas, aligner une petite centaine de pages ou deux sur mes quatre ans en Thailande, fignoler le design du site web qui va avec et d'autres "bricoles".

En résumé, faut attendre encore un chetit peu. Je sais qu'un bon "tiens" vaut mieux que deux "tu l'auras", mais je vous promet plus de récits à venir.



[Edited at 2005-11-14 08:44]


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xxxsarahl
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Une façon de gagner du temps Nov 14, 2005

sylver wrote:

J'ai tellement de récits en cours que je ne sais plus où donner de la plume (sans compter que je rédige le tout en anglais et en français.



Euh... Tu as pensé à rédiger en une langue et à faire appel à un traducteur ? Tu gagnerais du temps et on se rongerait moins les ongles en attendant la suite de tes aventures pilpatantes. Si tu ne sais pas où trouver des traducteurs, contacte-moi en privé, j'ai tout ce qu'il faut en magasin.


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sylver  Identity Verified
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Ok, Ok, j'ai compris Nov 15, 2005

sarahl wrote:

sylver wrote:

J'ai tellement de récits en cours que je ne sais plus où donner de la plume (sans compter que je rédige le tout en anglais et en français.



Euh... Tu as pensé à rédiger en une langue et à faire appel à un traducteur ? Tu gagnerais du temps et on se rongerait moins les ongles en attendant la suite de tes aventures pilpatantes. Si tu ne sais pas où trouver des traducteurs, contacte-moi en privé, j'ai tout ce qu'il faut en magasin.


Suite de la première partie.

Chuis redescendu. Fin.

Hum… Où en étais-je? Ah, la descente. Le paysage est magique, l'air est frais, et je suis en pleine forme. Que demander de plus? Vitesse. Toujours plus vite. Je descend à fond de calle. Mon guide est en arrière, mais jamais bien loin. La corde, quasi inutile à l'aller, est bien pratique pour le rappel dans les endroits bien inclinés. C'est pas vraiment du rappel, mais quand tu traces, c'est quand même pratique d'avoir quelque chose pour te rattraper en cas de. Je profite de mon avance sur le guide pour faire un petit détour sur la falaise d'à coté, histoire de profiter du paysage. De ce coté-là, ça tombe à pic. Pas question de courrir là-dessus. En fait, cette section-là appartient véritablement au domaine de l'escalade.

J'ai lu sur le ouébe que la première personne à avoir tenté l'ascension du mont Kinabalu, un français, a échoué sa première tentative et s'est vu forcé de rebrousser chemin. Ca me semblait bizarre, dans la mesure où toutes sortes d'oiseaux semi-sédentaires s'en sortent plutôt bien. En regardant cette falaise, j'ai compris. La difficulté, c'est pas seulement une question de montagne, c'est aussi une question de route. Si j'avais du passer par là, j'y serais encore.

Enfin, c'est sa faute aussi, il avait qu'à passer au bon endroit. C'est bien indiqué pourtant - y a des panneaux en bas de la piste, et une fois sur le sentier, c'est dur de se planter. Histoire de ne pas assassiner l'honneur national - ce qu'il en reste - il convient de préciser qu'à l'époque de la première ascension, il n'y avait ni piste ni sentier, pas de panneau indicateur, et encore moins de refuge ou de guérite à l'entrée pour vérifier que t'a bien payé. Il fallait se tailler un chemin dans la jungle à grand coups de machettes, escalader les parois verticales... Bref, c'était pas facile, comme maintenant. Tiens on dirait que j'ai déjà oublié la galère de la montée dans l'entousiasme de la descente.

Après quelques minutes perché au dessus du vide, je rejoins la piste. Mon guide semble un peu blasé. Lui, il aimerait bien descendre jusqu'au bout, histoire de faire ce qu'il fait quand il ne crapahute pas après son gagne-pain - après tout, ça fait quand même 3 jours+ de temps "off" par semaine. Plus vite on est en bas, plus il a de temps libre. On arrive à la guérite d'entrée, et mon guide me propose d'acheter un certificat pour commémorer l'évenement. Moi, je suis sûr que le premier gars à atteindre le sommet, il a pas acheté de certif non plus, alors je vois pas pourquoi je devrais en acheter un. Cela dit, c'est pas trop cher, un truc du style 10 ringits.

Je passe la guérite, et je reprends la course. Comme précédemment, mon guide me laisse partir à l'avant, mais reste à portée de voix. Je ne vais pas très loin de toute façon. Après 500 m, il y a comme un embouteillage. Devant nous, un passage qui doit se faire en tenant la corde, et une trentaine de gars qui marchent lentement à la queue leu-leu. Apparement, c'est pas tous le monde qui partage mon entousiasme pour la descente. Frustré par l'attente, je songe à dépasser, mais mon guide balise. Pour dépasser, il faut quand même quitter la sécurité relative de la mini corniche, et faire un tantinet d'escalade sans corde. Rien de bien difficile, mais le guide a son mot à dire. Finalement, je parcours les derniers mètres de corniche à la queue leu-leu, faisant preuve d'une patience angélique - ceux qui me connaissent seront durs à convaincre, mais avec les autres, j'ai peut être une chance. C'est pourtant vrai. Pas un coup de klaxon, ni même d'encouragement à la provencale, style "Oh Putain, tu te magnes" - bien insister sur le "gne". Non. Une attente stoïque, et un air débonnaire, où perce néanmoins une chouilla d'exaspération.

La corniche franchie, la descente reprend avec ardeur jusqu'au refuge. La sueur coule sur mon t-shirt, en dépit de l'air frais. Le guide me suggère de descendre le reste aussi sec - façon de parler bien sûr - mais ayant vu le petit déj, je fais la sourde oreille. Pain perdu, céréales, lait, œufs au plat, toast, riz, nouilles chinoises, saucisses, … ça vaut le coup et je vais pas m'en priver. Après tout, je paye pour la journée, j'ai quand même le droit d'en profiter. Au bout de quelques temps, je suis rejoins par l'un de mes amis taiwanais, puis par l'équipe au complet, moins le photographe qui est redescendu la veille (il avait d'autres bestioles à photographier, et, du refuge jusqu'au sommet, il n'y a guère que le roc).

Les filles partent à l'avance, pendant que je continue à discuter avec le gars qui se dit prêt à descendre en trombe. Finalement, une demi-heure après les filles, nous partons au pas de course. Moi je bondis de rocher en rocher avec toute la grâce que me conférent mes 98 kg d'os et de muscles…ok, Ok, j'admet, ya aussi une bonne couche d'enrobage qui parle des longues heures passées à traduire dans les cafés et les restos en s'empiffrant de crêmes glacées et autres provisions de bouche. Tiens, au fait, pendant qu'on y est, j'ai aussi une bonne quinzaine de kilos sur le dos - j'y pensais plus.

Mon collègue cours avec plus de légèreté -aussi, lui, il doit faire 70 kg tout mouillé- mais tout aussi rapidement. Le guide reste à une certaine distance en arrière, puis nous fais signe d'aller de l'avant - il nous rattrapera. Je ne me fais pas prier. Il m'avait fallu des heures de marche pénible pour franchir les quelques derniers mètres, à l'aller, mais pour le retour c'est l'histoire de quelques minutes. Le premier kilomètre de descente prend se passe sans incident, à moins de compter les nombreux touristes qui forment une véritable course d'obstacles. Il faut constamment les éviter, les contourner ou sauter par-dessus - alternativement, on peut aussi leur rentrer dedans, mais à cette vitesse, je doute qu'ils apprécient. Le deuxième kilomètre ressemble vachement au premier, sauf que nous rattrapons le reste des taiwanais. On aurait pu en rester là, mais bon, puisqu'on a commencé, autant aller jusqu'au bout. Erreur, monsieur, erreur. Dans le troisième kilomètre, je commence à m'essoufler un peu. Pas trop, mais ça se sent quand même.

Arrivé à l'aire de repos, on fait une petite pause, histoire de prendre un peu d'eau fraiche d'un réservoir métallique vers avec un signe qui affiche fièrement "eau non traitée" - m'en fout, elle a l'air claire, elle est très fraiche les guides la boivent. De plus, ça me permet de reprendre mon souffle sans avoir l'air épuisé. J'ai à peine fini de boire que le guide nous rejoint, frais comme un pinson. (Je sais, on dit "gai comme un pison", mais lui, il était pas gay, pour autant que je puisse voir) Je ne pensais pas le revoir d'ici à l'arrivée, mais visiblement il a décidé de s'y mettre aussi.

Pour le récit du quatrième kilomètre, relire celui du troisième, mais remplacer "un peu" par "beaucoup". Ma coordination part en brioche, les jambes tremblent, mais je continue, cette fois en suivant le taiwanais, qui prend maintenant la tête de notre expédition. Le guide lui s'est arrêté en chemin pour papotter avec un autre guide, mais je ne me fais pas de soucis pour lui. En fait, à ce stage, je ne me fais plus trop de soucis, j'essaye seulement de tenir le rythme de Tsai (mon collègue taiwanais. La pause du quatrième se fait plus longue, vu que j'en profite pour tailler la bavette avec un groupe de japonais qui montent. J'en vois qui sont déjà bien fatigués. Leur guide sert également de porteur pour ces dames, et se retrouve avec 4 ou 5 sacs à dos différents. Sans plaisanter, les sacs à dos sont plus gros que lui.

Notre guide ressurgit de nouveau, toujours aussi frais. Il est temps de repartir. J'essaye de me rappeller quelle est la prochaine jambe qui doit avancer. Ah, oui, l'une des deux. Ce problème résolu, nous reprenons le chemin à bonne allure, mais je suis naze, et au milieu du cinquième kilomètre Tsai commence à me distancer, quelques mètres d'abord, puis quelques mètres de plus. Je maintiens la vitesse autant que possible, mais c'est dur dur. Finalement, nous nous séparons à la dernière aire de repos. Mon guide continue à s'arrêter de temps à autres pour papoter avec ses collègues - je suis sûr qu'il parle de moi. Je suis complètement épuisé, et je me traine pendant le dernier kilomètre. Il serait grand temps de penser à prendre des photos du paysage, mais manque de bol, y a vraiment rien à voir. Aucun miracle de la nature qui me permettrait de justifier une petite pause.

A défaut, je décide de bavarder avec le guide, et j'apprends que son meilleur temps pour la descente du refuge jusqu'à l'arrivée est de …45 minutes. Le salaud! Pas étonnant qu'il ait l'air frais. Nous, en 45 minutes à fond de calle, on avait à peine passé le quatrième kilomètre!
Finalement, à force de me trainer, je finis par arriver en bas, et c'est là que je réalise… Vous vous souvenez au début, le sentier *descend*, pas vrai? Ben j'y avais pas pensé, mais ça veut dire que maintenant, ça monte, et ça monte sec. Un pas après l'autre j'avance vers la grille, mais j'ai l'impression que pour chaque pas que je fais, elle recule de deux. Le guide m'exhorte à reprendre la cours, et je parviens finalement à rattraper cette fichue grille. J'attrape les barreaux et je me hisse sur l'asphalte. 1 heure 40 pour redescendre du refuge jusqu'à la porte (4 heures pour monter). Je peux dire que le guide est impressionné, à défaut d'être essoufflé. Un van nous attends quelques mètres plus loin, et je rejoins Tsai, qui m'attendait depuis quelques minutes déjà. Il a l'air un peu fatigué, ce qui me rassure quand même un peu. Moi, je suis en vrac mais content. Ma première montagne, c'est dans la poche.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à me ressourcer aux sources thermales de Poring, un bled à une petite trentaine de kilomètres vers l'Est.

Voila. Ca te fait 1700 mots de descente pour un total de plus de 6000 mots d'escalade et de commentaires oiseux - surtout de commentaires, je dois bien l'admettre.


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xxxsarahl
Local time: 19:57
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Chapeau ! Nov 15, 2005

et si je comprends bien, t'as décidé de remettre ça aussi sec ? ça c'est du dévouement pour les lecteurs ou je m'y connais pas !

il a même trouvé le temps de débusquer le farceur qui inondait ses récits de fautes d'orthographe pour lui tordre le cou entre deux rochers.

Sylver, le seul problème, maintenant, c'est que tout le monde sait que tu écris des récits pilpatants et que tu en as d'autres en réserve.


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Thierry LOTTE  Identity Verified
Local time: 04:57
Member (2001)
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+ ...
Merci Sylver Nov 17, 2005

Merci Sylver.

On attend tous avec impatience l'URL de ton futur site "Aventures en Birmanie" (avec ou sans Errol Flynn)* en souhaitant quand même en avoir (ou pas... comme disait un prix Nobel)les bonnes pages sur ProZ.

(*) - Le titre original ètait "Objective Burma" et je ne devrais pas trop en plaisanter car c'est dans ce film de Raoul Walsh (1945)que j'ai vu la scène la plus violente et la plus impressionnante sur la torture où pourtant l'on ne voit aucune image violente ou traumatisante à l'écran, ni n'entend aucun cris... Tout réside dans le cadrage de Raoul Walsh et dans le talent des acteurs. Ceux qui ont vu ce film en V.O Américaine comprendront parfaitement ce que je veux dire.


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