| Sample translations | French to Spanish : Cuento de Maupassant | | | | Source text - French
L'AVENTURE DE WALTER SCHNAFFS
Depuis son entrée en France avec l'armée d'invasion, Walter Schnaffs se jugeait le plus malheureux des hommes. Il était gros, marchait avec peine, souf8ait beaucoup et souffrait affreusement des pieds qu'il avait fort plats et fort gras. Il était en outre pacifique et bienveillant, nullement magnanime ou sanguinaire, père de quatre enfants qu'il adorait et marié avec une femme blonde, dont il regrettait désespérément chaque soir les tendresses, et les baisers. Il aimait se lever tard et se coucher tôt, manger lentement de bonnes choses, et boire de la bière dans les brasseries. Il songeait en outre que tout ce qui est doux dans l'existence disparaît avec la vie : et il gardait au coeur une haine épouvantable, instinctive et raisonnée en même temps, pour les canons, les fusils, les revolvers et les sabres, mais surtout pour les baïonnettes, se sentant incapable de manoeuvrer assez vivement cette arme rapide pour défendre son gros ventre. Et, quand il se couchait sur la terre, la nuit venue, roulé dans son manteau à côté des camarades qui ronflaient, il pensait longuement aux siens laissés là-bas et aux dangers semés sur sa route : "S'il était tué, que deviendraient les petits? Qui donc les nourrirait et les élèverait? " A l'heure même, ils n'étaient pas riches, malgré les dettes qu'il avait contractées en partant pour leur laisser quelque argent. Et Walter Schnaffs pleurait quelquefois.
Au commencement des batailles il se sentait dans les jambes de telles faiblesses qu' il se serait laissé tomber, s'il n'avait songé que toute l'armée lui passerait sur le corps. Le sifflement des balles hérissait le poil sur sa peau.
Depuis des mois il vivait ainsi dans la terreur et dans l'angoisse.
Son corps d'armée s'avançait vers la Normandie, et il fut un jour envoyé en reconnaissance avec un faible détachement qui devait simplement explorer une partie du pays et se replier ensuite. Tout semblait calme dans la campagne; rien n'indiquait une résistance préparée.
Or, les Prussiens descendaient avec tranquillité dans une petite vallée que coupaient des ravins profonds, quand une fusillade violente les arrêta net, jetant bas une vingtaine des leurs; et une troupe de francs-tireurs, sortant brusquement d'un petit bois grand comme la main, s'élança en avant, la baïonnette au fusil.
Walter Schnaffs demeura d'abord immobile, tellement surpris et éperdu qu'il ne pensait même pas à fuir. Puis un désir fou de détaler le saisit; mais il songea aussitôt qu'il courait comme une tortue en comparaison des maigres Français qui arrivaient en bondissant comme un troupeau de chèvres. Alors, apercevant à six pas devant lui un large fossé plein de broussailles couvertes de feuilles sèches, il y sauta à pieds joints, sans songer même à la profondeur, comme on saute d'un pont dans une rivière.
Il passa, à la façon d'une flèche, à travers une couche épaisse de lianes et de ronces aiguës qui lui déchirèrent la face et les mains, et il tomba lourdement assis sur un lit de pierres.
Levant aussitôt les yeux, il vit le ciel par le trou qu'il avait fait. Ce trou révélateur le pouvait dénoncer, et il se traîna avec précaution, à quatre pattes, au fond de cette ornière, sous le toit de branchages enlacés, allant le plus vite possible, en s'éloignant du lieu du combat. Puis il s'arrêta et s'assit de nouveau, tapi comme un lièvre au milieu des hautes herbes sèches.
Il entendit pendant quelque temps encore des détonations, des cris et des plaintes. Puis les clameurs de la lutte s'affaiblirent, cessèrent. Tout redevint muet et calme.
Extrait du conte:
L'aventure de Walter Schnaffs, de Guy de Maupassant
J'ai reçu un prix pour cette traduction, dans la Faculté de Traduction de l'université autonome de Barcelone (UAB). | Translation - Spanish
LA AVENTURA DE WALTER SCHNAFFS
Desde su incursión en Francia, junto al ejército de ocupación, Walter Schnaffs se consideraba el más infeliz de los hombres. Era obeso, caminaba con dificultad y resoplaba a menudo; sus pies, gruesos y planos, le dolían a horrores. Tenía 4 niños a los que adoraba y una joven esposa, de pelo rubio, cuyos besos, ternura y atenciones echaba desesperadamente en falta. Era pacífico y condescendiente, en absoluto sanguinario o magnánimo.
Le gustaba levantarse tarde y acostarse temprano, disfrutar lentamente de la buena comida y beber cerveza en las tabernas. Pensaba, por lo demás, que lo dulce de la existencia desaparecía con la vida, y albergaba en su corazón un odio espantoso, instintivo y, a la vez, razonado hacia los cañones, fusiles, revólveres y sables, pero especialmente hacia las bayonetas, que se veía incapaz de maniobrar con la suficiente vivacidad como para defender su abultado vientre.
Cuando al caer la noche se acostaba sobre la tierra envuelto en su abrigo, junto a sus camaradas, que roncaban, solía pensar durante largo rato en los suyos, abandonados, y en los peligros que sembraban su camino : “Si cayera muerto, ¿ qué ocurriría con los pequeños, quién los alimentaría y educaría ? Pues por aquel entonces no eran ricos, a pesar de las deudas que había contraído antes de partir, con el fin de dejarles algún dinero”. En ocasiones, al pensar en ello, Walter Schnaffs lloraba.
Durante el inicio de las batallas, sentía tal debilidad en las piernas que se habría dejado caer de buen grado si no fuera porque, en su mente, imaginó a todo el ejército pasando por encima de él. El silbido de las balas le producía escalofríos.
Desde hacía meses vivía, pues, rodeado de terror y de angustia. Su cuerpo de militar avanzaba hacia Normandía. Un día, fue enviado en misión de reconocimiento con un pequeño destacamento que simplemente había de explorar una parte del país y retirarse luego. La tranquilidad parecía reinar en el campo y nada hacía pensar en una posible resistencia. No obstante, descendían los prusianos tranquilamente por un pequeño valle recortado por profundos barrancos, cuando un violento fusilamiento los detuvo en seco, abatiendo a veinte de los suyos ; una tropa de francotiradores que había salido imprevistamente de un bosquecillo, del tamaño de una mano, se abalanzó hacia adelante con la bayoneta en el fusil.
Walter Schnaffs permaneció un momento inmóvil, tan desconcertado y aturdido que no se le ocurrió siquiera huir, luego, un loco deseo de desaparecer le invadió; mas en seguida se percató de que él no hacía más que correr como una tortuga, mientras que los escuálidos franceses llegaban dando brincos al igual que un rebaño de cabras. Entonces, tras vislumbrar a seis pasos por delante de él una amplia fosa llena de maleza cubierta de hojarasca, saltó a pies juntos adentro, sin ni siquiera considerar su profundidad, como quien salta a un río desde lo alto de un puente.
Atravesó cual flecha una espesa capa de bejucos y agudas zarzas que le rasgaron el rostro y las manos. Y, con todo su peso, cayó sentado sobre un lecho de piedras.
Tan pronto alzó la mirada, vislumbró el cielo a través del agujero que había hecho. El agujero revelador podía delatarle, por lo que se arrastró precavidamente a gatas bajo el techo de ramas entrelazadas hacia el fondo del refugio, desplazándose lo más rápidamente posible para alejarse del lugar de combate. Luego, se detuvo y se sentó de nuevo, agazapado como una liebre entre las hierbas crecidas y secas.
Durante unos momentos, siguió oyendo detonadores, gritos y lamentos. Pero el clamor de la lucha fue apaciguándose hasta cesar. La calma y el silencio regresaron de nuevo. (...)
| | | | French to Spanish : Le Fou et la Venus, de Baudelaire | | | | Source text - French LE FOU ET LA VENUS
Quelle admirable journée! Le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre, comme des fumées.
Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé. Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.
Et ses yeux disent : -- « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendes et sentir l'immortelle Beauté! Ah! Déesse! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire! »
Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.
Charles Baudelaire | Translation - Spanish EL LOCO Y LA VENUS
¡Qué maravilloso día! El ancho parque se extasía bajo la mirada ardiente del sol al igual que la juventud, bajo el influjo del Amor.
El éxtasis universal de las cosas no se manifiesta mediante ruido alguno. Incluso las aguas parecen adormecidas. Muy distinta de las fiestas humanas, es ésta una orgía silenciosa.
Diríase que una luz en constante crecimiento hace brillar cada vez más los objetos . Parecería como si las flores, excitadas, ardieran en deseos de competir, mediante la energía de sus colores, con el azul del cielo ; y como si el calor, haciendo visibles los perfumes, los elevara, cual vapor, hacia el astro rey.
No obstante, en medio de este deleite universal, he descubierto la presencia de un ser afligido.
A los pies de una colosal Venus, ataviado de un brillante y ridículo traje, se halla uno de esos falsos locos, uno de esos bufones voluntarios a quienes se les encomienda hacer reír a los reyes cuando a éstos les obsesiona el Tedio o el Remordimiento. Peinado con cuernos y cascabeles, muy acurrucado junto al pedestal, alza sus ojos, inundados de lágrimas, hacia la inmortal Diosa.
Y sus ojos dicen : - “ Soy el último y el más solitario de los humanos, y tan privado estoy de amor y de amistad, que hasta el más imperfecto de los animales me supera en ello. Sin embargo, yo también estoy hecho para distinguir y admirar la inmortal Belleza. ¡ Oh, Diosa, tened piedad de mi tristeza y de mi delirio !”
Mas la implacable Venus mira hacia lo lejos, con su mirada de mármol.
(Traducción premiada en el concurso de traducción de la Facultad de Traducción e Interpretación (FTI), de la Universidad Autónoma de Barcelona (UAB). | | | | French to Spanish : Reportage: Petra, la cité cachée du desert | | | | Source text - French Extrait de la traduction du reportage:
"Petra, la cité cachée du désert”- de Michel le Bris, publié dans le magazine "Grands Reportages", nº193
Cette traduction a reçu un prix de l'Université de Vic (Barcelone).
| Translation - Spanish PETRA
LA CIUDAD OCULTA DEL DESIERTO
Petra, vedada a los occidentales hasta su redescubrimiento, en 1812, conserva aún todo su misterio. Abrigados por las fallas de un macizo de greda roja, más de 800 monumentos esculpidos en piedra dan testimonio del esplendor de la capital de los nabateos, floreciente en la época de Jesucristo.
Bajo el paso de los mulos, la nube de polvo se eleva y desciende como la ceniza. Unas voces resuenan, a lo lejos. Luego, el silencio regresa, al igual que una ola. Un olor agrio de orina y de polvo se desprende de los pliegues azules. De nuevo, unos pasos, y todo desaparece : la afanosa algarabía de las calles de Uadi Muza, la agitación de los caballos de sillas abigarradas en el lecho del ued, en la entrada del paraje, las rocas blancas inflamadas del calor...
“ ¡ El Sik ! “ exclama Yusef a media voz, sin duda impresionado, a pesar de la costumbre. Adentrarse en el Sik es, siempre, como adentrarse en un misterio.
Nada ha cambiado, o muy poco, desde que Johann Ludwing Burckhardt, primer occidental admitido en la ciudad secreta, entrara en ella el 22 de agosto de 1812. Y el efecto sigue siendo igual de sorprendente. Ese silencio... ese misterio. ¿Qué cataclismo, antaño, partió la montaña en dos, para abrir en ella esa estrecha grieta? El sol, ya bajo, recorta unos rayos de luz en la penumbra coloreada de matices azules y malvas, subraya en la greda escarlata las venas amarillas y ocre, y ciñe de rosa las rocas torturadas, las calizas grises veteadas de oro y de violeta púrpura. Tres pasos y, de nuevo, la sombra y el silencio. El esbelto cielo desaparece tras un brusco recodo. ¿ Qué altura alcanzan esas paredes ?, ¿50, 100 metros ? Unos pasos resuenan, se alejan ; el eco amplifica los murmullos ; luego, nada. Extraña sensación la de penetrar en una esclusa entre dos mundos - y esa espera que aumenta, la espera de una promesa futura...
Nos cruzamos con unos japoneses de rasgos cansados, encaramados sobre pencos jadeantes, que guían unos niños delgados de ojos profundos y negros.
Surcadas por el viento del desierto e iluminadas por el calor, las verticales de las paredes tejen increíbles puntillas hasta los chales celestes, allá en lo alto.
Yusef, sin esfuerzo aparente, desmenuza entre sus dedos un fragmento de pared, que cae a sus pies en forma de polvo. Todo, aquí, es geografía fantástica, esculpida por el viento y por el agua. Por el viento que lima, que abre estrías en las paredes y redondea los vértices. Por el agua, en todo lugar invisible, pero que avanza, sin embargo, desde hace siglos, y disuelve el cemento de la roca hasta no dejar más que el esqueleto, las vértebras, unos cráneos gigantescos que te dominan : órbitas vacías, mandíbulas desdentadas, bocas abiertas por el grito silencioso, interminable - esas estrías rojas que se enrollan y se amontonan bajo ellas, ¿ son vísceras ?- Ni que entráramos en la ciudad de los muertos...
Yusef juega a aparentar hastío, y sin embargo no baja la voz a medida que nos infiltramos en el pasaje ; y, como yo, se sobresalta cuando, por una falla adyacente, un torrente de luz inunda el desfiladero, rueda sobre el montón de desperdicios y salpica las paredes hasta el cielo. Y en ese mismo instante, algunas plantas y delgados matorrales brotan del polvo y se agarran a la tierna greda. El verde de los laureles rosas y de los matorrales de áloes sobre el rosa de las piedras tiene algo de extraordinario. “ ¡ Y esto no es nada !- suspira Yusef. Hay que verlo en primavera, al anochecer, cuando los aromas de las retamas blancas se mezclan con los de los áloes y los laureles rosas para saber lo que es el paraíso”. Realista, sin embargo, añade que es aquí donde, en 1964, perecieron ahogados veinticuatro turistas franceses, cuando el agua invadía bruscamente el desfiladero, por esta falla de apariencia tan anodina. Después de aquello, se construyó un presa para prevenir los accidentes.
El agua... Todo aquí, grita de sed y, sin embargo, todo evoca su presencia en un pasado remoto. Empezando por los restos, sobre la pared, de antiguas colonizaciones. Aquellos que habitaron en este lugar debieron ser unos genios construyendo ; abriendo por todas partes canales de captación de agua corriente, inmensas cisternas, e incluso, afirma Yusef extrañado, un túnel de 140 metros por 7 de ancho, para proteger al Sik de la cólera del Uadi Muza. A la singularidad geológica, se añade, paso a paso, la singularidad de una civilización ya desaparecida, pero que, presentimos, fue formidable.
¿ Qué debió sentir Burckhardt en este punto del desfiladero ? Sus notas, sucintas, no se pierden en detalles sobre su estado de ánimo. (...)
| | | | French to Spanish : Chili. Circonvolutions du fil rouge d’une mémoire déchirée | | | | Source text - French Chili. Circonvolutions du fil rouge d’une mémoire déchirée
Réflexions sur le « pouvoir populaire », l’histoire orale et la mémoire collective du Chili actuel
Par Franck Gaudichaud
[...]
La bataille de la mémoire et ses enjeux aujourd’hui
L’une des grandes tâches de l’histoire sociale et culturelle de la mémoire est de répondre à ces questions centrales : quelles sont les formes de transmission des souvenirs collectifs et comment se maintiennent ou se transforment t’ils dans le temps ? Quelles sont les fonctions de la mémoire mais aussi de l’oubli collectif ? S’il est un point sur lequel nombre de chercheurs et d’historiens du Chili contemporain s’accordent aujourd’hui, c’est sur la constatation qu’ils se trouvent au beau milieu d’une « bataille de la mémoire » dont le contenu et la transmission sont hautement polémiques (particulièrement pour la période 1970-2003) . Au sein de cette bataille, la mémoire du « pouvoir populaire » représente un enjeu en termes de réinterprétions historiques et bien évidemment de lutte symbolique et politique. En contre-point, et l’on trouve là la fonction sociale de l’oubli collectif, est érigée par la gauche actuelle une mémoire officielle, réduisant l’Unité Populaire à la geste héroïque d’Allende, érigé en grand républicain, démocrate conséquent et solitaire. Cette mémoire officielle, sculptée dans la pierre de la statue qui trône désormais face au palais présidentiel, nie largement tout ce que fut l’auto organisation populaire, la radicalité du mouvement ouvrier et la remise en cause directe de la propriété des moyens de production au nom d’un discours « rénové » qui appelle au consensus et à la réconciliation nationale. Cette mémoire du nouveau régime politique regarde avec crainte une autre mémoire, celle des partisans de la dictature militaire, contre-mémoire défendue parfois avec force, parfois avec discrétion, par des membres des élites politiques, militaires ou patronales . Les plus fervents de ces derniers, eux ne nient pas l’existence d’un « pouvoir populaire » embryonnaire puisque, bien au contraire, ils en font leur cheval de bataille pour légitimer historiquement le coup d’Etat . De telles mémoires ont resplendit à l’occasion de la commémoration des 30 ans du coup d’Etat au Chili. Il suffit de relire par exemple les discours de l’actuel président de la République, Ricardo Lagos, durant septembre dernier, pour mesurer les enjeux de pouvoir présents derrière ces volontés de réinterpréter l’histoire de l’Unité Populaire en fonction des positions acquises par chacun aujourd’hui. Il suffit également de rappeler comment le journal El Mercurio, grand représentant des classes dominantes chiliennes, continue de donner tribune aux plus fervents défenseurs de la dictature et à ses héritiers politiques ; ou encore, aux plus actifs des « repentis politiques », ex-gauchistes passés au militantisme du « laisser faire-laisser passer »: état malade, fébrile d’une mémoire collective lorsqu’elle n’est que le pâle reflet des souvenirs de son oligarchie ou d’une élite politique, entièrement happée par l’ordre économique mondial.
[...] | Translation - Spanish Chile. Circunvoluciones del hilo rojo de una memoria rasgada
Reflexiones sobre el "poder popular", la historia oral y la memoria colectiva del Chile actual
Por Franck Gaudichaud
[...]
La batalla de la memoria y sus desafíos, en la actualidad
Una de las grandes tareas de la historia social y cultural de la memoria es responder a estas cuestiones centrales: ¿Cuales son las formas de transmisión de los recuerdos colectivos y cómo se mantienen o se transforman a lo largo del tiempo? ¿Cuáles son las funciones de la memoria y cuales también las del olvido colectivo ? Si en algo coinciden hoy los investigadores e historiadores del Chile actual es en constatar que se encuentran en plena “batalla de la memoria” cuyo contenido y transmisión son extremadamente polémicos, (particularmente sobre el periodo que se extiende desde 1970 a 2003) . En esta batalla, la memoria del “poder popular” representa un desafío en términos de reinterpretaciones históricas y por supuesto, de lucha simbólica y política. En contrapartida, y ahí encontramos la función social del olvido colectivo, la izquierda actual instituye una memoria oficial, reduciendo la Unidad Popular a la gesta histórica de Allende, quien se arrogó la calidad de gran republicano, demócrata consecuente y solitario. Esta memoria oficial, esculpida en la piedra de la estatua que se pavonea hoy frente al palacio presidencial, niega ampliamente todo lo que fue la autoorganización popular, la radicalidad del movimiento obrero, y el cuestionamiento de la causa directa de la propiedad de los medios de producción en nombre de un discurso “renovado” que llama al consenso y a la reconciliación nacional. Esta memoria del nuevo régimen político observa con temor otra memoria, la de los partidarios de la dictadura militar, contra-memoria defendida a veces con fuerza, a veces con discreción, por los miembros de las élites políticas, militares o patronales . De estos últimos, los más fervientes nunca negaron la existencia de un “poder popular” embrionario, puesto que, muy al contrario, hacen de él su caballo de batalla para legitimar históricamente el golpe de Estado . Dichas memorias resplandecieron en la conmemoración de los 30 años del golpe de Estado en Chile. Basta releer por ejemplo los discursos del actual presidente de la República, Ricardo Lagos, durante el pasado septiembre, para medir los desafíos del poder, presentes tras esas voluntades de reinterpretar la Historia de la Unidad Popular en función de las posiciones adquiridas por cada uno, hoy. Basta igualmente recordar como el periódico El Mercurio, gran representante de las clases dominantes chilenas, continúa dando tribuna a los más fervientes defensores de la dictadura y a sus herederos políticos, o incluso a los más activos de los “repentinos políticos”, ex izquierdistas que pasaron al militantismo del “dejar hacer- dejar pasar”: estado enfermo y febril de una memoria colectiva cuando no es más que el pálido reflejo de los recuerdos de su oligarquía o de una élite política, enteramente atrapada por el orden económico mundial .
Traducción publicada en www.rebelion.org
| | | | French to Spanish : La Traduction aujourd'hui. Le modèle interpretatif | | | | Source text - French Fragmentos de la traducción al castellano, como asignatura de prácticas, de un tercio del libro de M. LEDERER, La traduction aujourd’hui - Le modèle interprétatif, Paris,Hachette, collection F/Références, 1994 (puntuada con sobresaliente). | Translation - Spanish
PRÓLOGO
Cuanto más se traduce, tanto más se escribe sobre traducción. No hay día que pase sin que nuevas obras vean la luz. Este libro viene a sumarse, pues, a una larga serie de publicaciones. No obstante, he llegado a convencerme - a través de la práctica, la enseñanza y la investigación - de la necesidad de completar dicha serie con una obra que se consagrara al proceso de la traducción y a su carácter universal, con independencia de los pares de lenguas y de la obra de un autor en particular. En realidad, se trata de demostrar que el proceder del traductor es fundamentalmente el mismo, sean cuales sean las lenguas o el texto en cuestión, puesto que la búsqueda del sentido y su reexpresión son el denominador común de todas las traducciones.
Los idiomas inglés y alemán aparecen en el texto, junto al francés, por la sencilla razón de que toda demostración no puede darse si no es con ejemplos ; y la elección de estas lenguas obedece al hecho de que son las que creo dominar mejor. Por otro lado, si Steinbeck aparece al lado de Art Buchwald y de un párrafo de un informe técnico, no es sino porque sería imposible hablar de texto sin permitir que una realidad se manifestara, en el tiempo y en el espacio, bajo la pluma de un autor.
Un único argumento sirve de base a esta obra : Todo es interpretación. La traducción no es la excepción. Durante mucho tiempo y demasiado a menudo, ha sido utilizada como herramienta para la práctica de las lenguas, considerándola como el paso de las palabras y las frases de una lengua a las palabras y frases de otra. Ahora bien, la senda que conduce a una buena traducción conlleva una interpretación de los textos y la posibilidad de recurrir a unos conocimientos extralingüísticos.
Los textos antiguos, cuya distancia en el tiempo los reduce a su dimensión lingüística - alterada ésta por la evolución de la lengua - han sido excluidos del presente estudio por no permitirnos un acceso fácil a la extralingüística. Para poder tratar la traducción desde el ángulo de la operación que efectúa el traductor, he tenido que prescindir de muchos otros aspectos, por otro lado muy interesantes. Tampoco he tratado los textos específicamente por géneros puesto que el principio interpretativo se aplica a todos ellos, desde la poesía al texto más técnico. Así mismo, he dejado a un lado las malas traducciones debido a la falta de dominio de una lengua, dado que no se puede construir una teoría basándose en la corrección de errores.
Confío en que las ideas desarrolladas en este libro no serán únicamente entendidas en el plano teórico, sino que espero influyan en la forma de enseñar la traducción y, consecuentemente, en su práctica. Cada vez acuden a la ESIT mayor número de profesores de francés interesados en la traducción y en su enseñanza : ellos serán los primeros en decirnos si su experiencia coincide con la nuestra.
La tesis que aquí se defiende ha sido ya el objeto de otras obras - algunas en colaboración con D. Seleskovitch - y de artículos publicados en Francia y en el extranjero. Por primera vez, se da aquí una visión general, estructurada y aplicada al escrito.
Interpretar para traducir
Definiéndolo brevemente, el acto de traducir consiste en “comprender” un “texto” y, en una segunda etapa, “reexpresar” ese “texto” en otra lengua. Cada una de las operaciones que designa esas palabras merece un estudio particular, dado que son de una complejidad considerable. En la “comprensión” intervienen conocimientos lingüísticos y extralingüísticos. La calidad de la “reexpresión” dependerá del grado de conocimientos de la lengua de llegada, del talento con que el traductor maneje la pluma, y del conocimiento que éste tenga del tema. Sin embargo, hay que examinar, ante todo, el tercer término de la definición anteriormente dada : el “texto”. Éste, en efecto, merece ser definido en primer lugar, puesto que las operaciones de comprensión y de reexpresión están en función del contenido que se da al término “texto”.
En la enseñanza de lenguas prodigada por nuestras universidades, el texto es a menudo confundido con la lengua en la que está redactado : la enseñanza del idioma está por encima de la traducción y las teorías lingüísticas por encima de las teorías de la traducción.
Fundamentalmente, para el traductor, un texto está compuesto de conocimientos lingüísticos y extra lingüísticos injertos en los caracteres de imprenta. Dado que el texto es el objeto y la razón de ser de la traducción, en el sentido corriente de la palabra y en el que yo empleo aquí, hemos de hacer desde el principio una distinción entre la lengua, el uso que de ella se hace para construir frases, y el texto ; ya que, si bien es posible “traducir” en cada uno de estos niveles, la operación traductora no es la misma cuando se traducen palabras, que cuando se traducen frases o textos. [...]
| | | | French to Spanish : MANI CHRIST D'ORIENT BOUDDHA D'OCCIDENT | | | | Source text - French MANI CHRIST D'ORIENT BOUDDHA D'OCCIDENT
Par François Favre
Tout ce qui concerne le Maître spirituel Mani (3ème siècle) a été impitoyablement détruit : ses écrits et ses disciples ont tous fini sur le bûcher. Le peu qui nous est parvenu suffit cependant à nous donner une idée de la profondeur de son enseignement, qui gagnerait à être mieux connu.
Lorsqu’on parle aujourd’hui de manichéisme, on songe rarement à cet homme exceptionnel, à ce Messager de la Lumière que fut Mani (216-276). Sept siècles après le Bouddha, deux siècles après le Christ, quatre siècles avant Mahomet, le sage iranien se présentait déjà comme le réunificateur de l’Orient et de l’Occident, le «Paraclet de la Vérité» ou le «Sceau des Prophètes». Peintre visionnaire et philosophe, poète, musicien et médecin, Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante qu’elle se répandit, de manière totalement pacifique, de l’Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique. Bien éloignée des jugements excessifs que l’on porte à tort sur elle, sa doctrine tolérante et humaniste visait à concilier les grandes religions de son temps (les chinois le nommeront «Bouddha de lumière» et les égyptiens «l’apôtre de Jésus») et à diriger les chercheurs de vérité vers la découverte de la Lumière intérieure. Mani enseignait aux chrétiens l’aspect profond, ésotérique, du christianisme universel, dévoilait aux mages d’Iran le véritable sens du message de Zoroastre, expliquait aux bouddhistes le chemin de la libération. L’«Eglise de Justice» qu’il avait fondée pour transmettre les mystères de l’Homme Parfait, illumina des millions d’âmes pendant plus de mille ans.
Une telle clarté et une telle puissance suscitèrent évidemment l’adversité, la jalousie, la haine, et ce furent les religieux et les hommes de pouvoir qui, ne comprenant pas ses paroles d’éveil, tentèrent de détruire la pensée lumineuse de Mani. «De sa religion de beauté, de sa subtile religion du clair-obscur, nous n’avons gardé, écrira le romancier Amin Maalouf, que ces mots «manichéen, manichéisme», devenus dans nos bouches des insultes.» (N’oublions pas que mille après, l’accusation de «manichéisme» conduira les cathares au bûcher.) Par quelle étrange ruse de l’Histoire ce nom sublime est-il devenu le symbole de la divagation intellectuelle et morale ?
Une tradition arabe rapporte que «lorsqu’on brûla les livres de Mani et de ses disciples, du feu jaillirent des pierres précieuses et s’écoula de l’or liquide». Car les mots, comme les êtres, ont aussi une histoire et recèlent des trésors de significations qu’une analyse minutieuse peut révéler. Un nom est une «signature». Celui de Mani renferme indéniablement les plus grands secrets, ceux qui ont trait aux mystères de l’Esprit et de l’homme intérieur. Cette appellation sacrée désigne en premier, comme l’attestent les disciples du sage iranien, «Celui qui offre la manne, le pain de vie». Selon d’autres auteurs, l’origine de son nom remonterait au mot syriaque mana, «vase» ou «vêtement», ou au sanscrit mani, qui signifie «pierre, perle précieuse, gemme» (pensons ici au mantram Om mani padme Om, dont le sens est : «Salut à toi, ô joyau [caché] dans le lotus»). Ces trois figures, le vase, la perle et le vêtement, se rattachent directement au mystère du Graal dont la présence est attestée dans toutes les traditions religieuses, de la Chine à l’Europe, en passant par l’Inde, l’Egypte et le Moyen Orient. Calice, pierre, gemme ou livre, sous quelque forme qu’on le décrive, le Graal n’a jamais cessé d’être le symbole de l’union de l’âme humaine avec l’Esprit, but ultime de ceux qui recherchent la Vérité. Symbole, certes, mais dont la vraie signification se rattache étrangement à la physiologie même de l’homme intérieur, de l’Homme de lumière. Car le Vase sacré qui donne accès au Royaume, au Nirvana, à la Terre Originelle, c’est en nous-même, qu’il se trouve : le pied de la coupe repose dans l’orifice cardiaque et les poumons, la tige du calice est dressée dans le cou (trachée artère et larynx), et le haut de la coupe est formé par le globe de la tête. Il s’agit ici d’un fait spirituel irréfutable, relatif à la régénération du système tête-coeur, base de la réalisation de l’Homme nouveau. Mentionnons que le chakra-couronne (ou chakra coronal), relié à la glande pinéale qui joue un grand rôle dans tous les processus spirituels, a aussi la forme d’une coupe du Graal.
Le mot sanscrit manas évoque encore le mental, la pensée, l’esprit et dans la mythologie indienne, Manu veut dire «premier homme» ou homme originel. En syriaque, on parle encore de Mani Hayya, «Mani le Vivant». Cette formule, utilisée dans le passé pour Orphée et attribuée à Jésus dans l’Evangile de Thomas, signifie : «celui qui vit vraiment, qui est ressuscité».
Ces quelques indications à peine voilées nous permettent de comprendre que chaque image, chaque mot employé dans l’enseignement et la vie du prophète iranien doivent être pris avant tout comme témoignage de la vie de l’âme, et interprétés de manière intériorisée. Ainsi, dans un psaume manichéen, Mani est-il décrit comme «le vent du Nord» qui indique le chemin à ceux qui cherchent : « Un vent du Nord, qui souffle sur nous, tel est Mani. Levons l’ancre avec lui et entreprenons ensemble le voyage vers le pays de la Lumière. « Le manichéen, conduit par le souffle de l’Esprit, peut donc partir en voyage pour chercher la perle précieuse de l’âme. Il lui est alors possible de renaître et de recouvrer le vrai pouvoir de penser qui rétablit le lien entre l’Homme céleste (la monade, le microcosme) et l’homme terrestre (la personnalité, le corps).
C’est pourquoi Mani n’est pas seulement un personnage historique dont les historiens modernes tentent difficilement de reconstituer la biographie, mais c’est aussi le symbole de l’Esprit éternel, consolateur et guérisseur, qui conduit les âmes vers le chemin de la libération ; il est une incarnation du Christ Universel, descendu dans le monde sous la forme des Envoyés de la Lumière et qui se manifeste en nous, comme Esprit vivant. Il est de tous les temps, il est l’Alpha et l’Oméga, «le premier et le dernier».
Formulons l’espoir que l’évocation de l’enseignement qui prit forme en cet être exceptionnel que fut Mani, dont le seul nom évoque les plus hauts mystères, ceux de la Connaissance sacrée, incite de nombreux chercheurs de vérité à partir en quête de la Pierre des Sages, du vase sacré, dont « la vraie demeure est la terra incognita de l’âme «, dans le cœur de l’homme. Notre livre leur est dédié. Il veut mettre en lumière les différents aspects spirituels, philosophiques, ésotériques, alchimiques et civilisateurs de l’œuvre de Mani le Vivant, tout au moins ce que, après tant de siècles d’oubli on peut encore en deviner.
François Favre
favre.francois2@wanadoo.fr
Auteur du livre:
Mani Christ d'Orient, bouddha d'Occident
Éditions du Septénaire
Editions.Septenaire@wanadoo.fr
| Translation - Spanish MANI, CRISTO DE ORIENTE, BUDA DE OCCIDENTE
Por François Favre
Todo lo referente a Mani, maestro espiritual del siglo III, ha sido despiadadamente destruido: Sus escritos, como sus discípulos, han terminado en la hoguera. Y, sin embargo, lo poco que nos ha llegado alcanza para intuir la profundidad de su enseñanza, que sería sin duda más provechosa, si fuese más conocida .
Al hablar hoy de maniqueísmo, rara vez recordamos a este hombre excepcional, a este Mensajero de la Luz que fue Mani (216-276). El sabio iraní se presentó ya, siete siglos después de Buda, dos siglos después de Cristo y cuatro siglos antes de Mohammed, como el reunificador de Oriente y Occidente, el “paráclito de la verdad” o el “sello de los profetas”.
Pintor visionario y filósofo, poeta, músico y médico, Mani transmitió una visión del mundo y de la vida tan poderosa que se expandió, de manera completamente pacífica, desde África hasta China, desde los Balcanes hasta la Península Arábiga.
Su doctrina, tolerante y humanista -que en absoluto se corresponde con los excesivos juicios que se hacen erróneamente sobre ella-, apuntaba a conciliar las grandes religiones de su tiempo (los Chinos le nombraron “Buda de Luz” y los Egipcios “el apóstol de Jesús”), y a dirigir, a los buscadores de la Verdad, hacia el descubrimiento de la Luz interior. Mani enseñaba a los cristianos el aspecto profundo y esotérico del cristianismo universal, desvelaba a los magos de Irán el verdadero sentido del mensaje de Zoroastro, y explicaba a los budistas el camino de la liberación. La “Iglesia de la Justicia”, que fundó para transmitir los misterios del Hombre Perfecto, iluminó a millones de almas durante más de mil años.
Tal claridad y tal fuerza suscitaron, por supuesto, la envidia y el odio, y atrajeron la adversidad. Fueron los religiosos y los hombres de poder quienes, al no comprender sus palabras de advertencia, trataron de destruir el pensamiento luminoso de Mani. “De la belleza de su religión, de su sutil religión de claroscuro - escribirá el novelista Amin Maalouf-, solo hemos conservado las palabras “maniqueo, maniqueísmo”, que nuestros labios han convertido en insultos”, (no olvidemos que un milenio después, la acusación de “maniqueísmo” conduciría a los cátaros a la hoguera). ¿Por qué extraño ardid de la Historia se convertiría, este nombre sublime, en el símbolo de la divagación intelectual y moral?
Una tradición árabe cuenta que “cuando se quemaron los libros de Mani y de sus discípulos, del fuego brotaron piedras preciosas y fluyó oro líquido”. Y es que las palabras, como los seres, poseen también su historia, y encubren tesoros de significados que un análisis minucioso podría desvelar. Un nombre es una “signatura”. La de Mani encierra indudablemente los mayores secretos, los que se refieren a los misterios del Espíritu y del Hombre Interior. Esta denominación sagrada designa, en primer lugar, y como atestiguan los discípulos del sabio iraní, “aquel que ofrece el maná, el pan de vida”. Según otros autores, el origen de su nombre se remontaría a la palabra siria mana, “vaso” o “vestido”, o al sánscrito mani, que significa “piedra, perla preciosa o gema” (pensemos aquí en el mantra Om mani padme Om, cuyo sentido es: “Te saludo, Oh, joya [escondida] del Loto)”. Estos tres símbolos -el vaso, la perla y el vestido-, están directamente ligados al misterio del Grial cuya presencia atestiguan todas las tradiciones religiosas, de China hasta Europa, pasando por la India, Egipto y Oriente Medio. Sea cual sea la forma con que se lo describa -cáliz, piedra, gema o libro-, el Grial no ha dejado de ser nunca el símbolo de la unión del alma humana con el Espíritu, fin último de quienes buscan la Verdad. Y sin embargo, es algo más que un símbolo, pues su verdadero significado enlaza extrañamente con la fisiología misma del hombre interior, del Hombre de luz, y es que el vaso sagrado que nos da acceso al Reino, al Nirvana, a la Tierra Original, se encuentra en nosotros mismos. El pie de la copa reposa en el orificio cardíaco y los pulmones, el tallo del cáliz se alza en el cuello (tráquea y laringe), y la parte superior de la copa está formada por el globo de la cabeza. Se trata de un hecho espiritual irrefutable, concerniente a la regeneración del sistema cabeza-corazón, base de la realización del Hombre Nuevo. Mencionemos que el chacra-corona (o chacra coronal) ligado a la glándula pineal, que juega un gran papel en todos los procesos espirituales, tiene también la forma de una copa de Grial.
La palabra sánscrita Manas evoca además lo mental, el pensamiento y el espíritu, y en la mitología india, Manu quiere decir “primer hombre” u hombre original. En Sirio, se habla aún de Mani Hayya, “Mani el Vivo”. Esta fórmula, utilizada en el pasado por Orfeo y atribuida a Jesús, en el Evangelio de Tomás, significa: “el que vive verdaderamente, el que ha resucitado”.
Estas pocas indicaciones, apenas veladas, nos permiten comprender que cada imagen, cada palabra empleada en la enseñanza y la vida del profeta iraní deben ser tomadas, ante todo, como un testimonio de la vida del alma, e interpretadas de manera interiorizada. Por ello, un salmo maniqueo describe a Mani como “el viento del Norte” que indica el camino a aquellos que buscan: “Un viento del Norte que sopla sobre nosotros, así es Mani. Levemos el ancla con él y emprendamos juntos el viaje hacia el país de la Luz.“ El maniqueo, conducido por el soplo del Espíritu, puede, pues, partir, en busca de la perla preciosa del alma. Le será posible entonces renacer y recuperar el verdadero poder de pensamiento, que restablece el vínculo entre el Hombre Celeste (la Mónada, el Microcosmos) y el Hombre Terrestre (la personalidad, el cuerpo).
Así pues, Mani no es solo un personaje histórico cuya biografía tratan difícilmente de reconstruir los historiadores de hoy, sino que es también el símbolo del Espíritu eterno, consolador y sanador, que conduce a las almas hacia el camino de la liberación; es también una encarnación del Cristo Universal, que descendió al mundo bajo la forma de los Enviados de la Luz, y que se manifiesta en nosotros, como Espíritu vivo. Pertenece a todos los tiempos, es el Alfa y el Omega, “el primero y el último”.
Abriguemos la esperanza de que evocar la enseñanza que tomó forma en este ser excepcional que fue Mani, -cuyo solo nombre sugiere los más elevados misterios, los del Conocimiento Sagrado-, incitará a numerosos buscadores de la Verdad a partir tras la Piedra de los Sabios, en busca del vaso sagrado, cuya “verdadera morada es la tierra incógnita del alma”, en el corazón del hombre. A ellos dedicamos nuestro libro, escrito con la intención de sacar a la luz los diversos aspectos espirituales, filosóficos, esotéricos, alquímicos y civilizadores de la obra de Mani el Vivo, o, cuando menos, aquello que, después de tantos siglos de olvido, podemos aún intuir.
Ésta y otras traducciones de artículos del mismo autor están publicadas en la página:
http://mani.blogspirit.com/09._traductions/
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