Off topic: Un sĂŽt Ă  l'Ă©lastique
Thread poster: sylver

sylver  Identity Verified
Local time: 17:47
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Aug 18, 2003

On se détend comme on peut, et comme je suppose que vous n'avez pas tous eu l'occasion de faire cette expérience, j'en profite pour vous conter la chose. C'est nettement plus impressionnant que ça en à l'air.

Tu arrives sur le site. On te pĂšse (Mince! J'ai beau rentrer le ventre devant les petites, je fais encore 90Kg on t'attache soigneusement les pattes ensembles avec une petite laniĂšre, qui pourrait probablement remplacer la corde d'amarrage d'un paquebot de ligne, puis on te fait sautiller jusqu'Ă  la nacelle. A bord, on fixe l'Ă©lastique, et on vĂ©rifie tout deux fois, mĂȘme ton poids, qui est inscrit sur ta pogne avec un gros marqueur noir. Ca, c'est la partie oĂč tu rigoles en coin et oĂč tu fais le fier. Puis la nacelle monte, en relation inversement proportionnelle avec ton assurance, qui a drolement baissĂ© quand tu arrives Ă  50 m de haut. Sur le coup, tu te demandes si on ne devrait pas vĂ©rifier Ă  nouveau tout l'Ă©quipement, et la corde d'amarrage te fait l'effet d'une ficelle Ă  roti.

En dessous de toi le lac, oui, un petit lac, mais 50 metres plus bas. Pendant ce temps lĂ , le local t'explique qu'il faut se tenir sur le bord, se pencher en avant avec les bras tendus en arriĂšre et y aller la tĂȘte la premiĂšre. "Quand t'est prĂȘt je compte en 3. Le corps penchĂ© au dessus du vide, un paysage splendide s'Ă©tale devant toi, mais bizarement, tu ne lui accordes qu'une brĂšve pensĂ©e. D'un seul coup, t'es plus sĂ»r du tout que ce soit une bonne idĂ©e. Mais alors, plus du tout!

Le moniteur te laisse pas le temps de rĂ©flĂ©chir. "prĂȘt?" AprĂšs tout t'es montĂ© pour sauter, et y a d'autres clients qui attendent, en bas. Y z'ont l'air franchement miscules d'ailleurs. Tu te retournes, paniquĂ©, mais essayant d'avoir l'air confiant. "Attends un peu, je - hum -savoure". Il a pas l'air surpris du tout.

Tu te repositionnes et là se livre le combat de la raison et de la peur. Non. Oui! Non. Oui! Non!!! Brusquement tu te décides et la chute commence. La volonté a vaincu. Victoire! La seconde d'aprÚs, tu te demandes comment on fait pour remonter, mais c'est fini. Les jeux sont fait et tes jetons sont tous sur le tapis. Tout devient flou. C'est pas tant la vitesse que le fait que tu n'as pas vraiment sauté. Tu t'es juste laissé aller et maintenant tu tourbillonnes. Tu tombes, tu tombes, tu tombes, la chute continue pendant un bon moment, et l'élastique ne s'est pas encore étirée - tiens, au fait, elle était attachée au départ?

C'est rapide, mais chaque centiĂšme de seconde compte. L'Ă©lastique s'Ă©tire (elle devait ĂȘtre attachĂ©e, en fin de compte) mais le vĂ©ritable soulagement arrive quand tu es quasi arrĂ©tĂ©, en bas et c'est lĂ  que tu te rapelles qu'une Ă©lastique...Bingo! c'est Ă©lastique et te voilĂ  reparti pour les sommets, mais le stress est beaucoup dissipĂ© et tu commences Ă  apprĂ©cier ta victoire. Tu flotes, tu tombes, tu remontes, tu remontes. T'as pas encore l'idĂ©e de t'amuser Ă  faire des figures, ou mĂȘme Ă  bouger de ton propre chef, mais l'essentiel s'est passĂ© en haut, sur la plateforme.

Brusquement tu entends quelqu'un qui te dis d'essayer d'attraper la perche pour revenir au bord. C'est fini. On te dĂ©pose tranquillement sur une espĂšce de lit. T'a envie de remonter tout de suite et de faire mieux. Maintenant, tu sais comment ça se passe, t'a envie de corriger pas mal de trucs (et si j'essayais de voler?) mais le corps, lui, se refuse Ă  tout commentaire. Le sang est concentrĂ© Ă  la tĂȘte (5-8 mn la tĂȘte en bas) et le cƓur pompe comme un shadock. T'es dans un Ă©tat assez Ă©trange, mais pas dĂ©sagrĂ©able. Tu marches un peu, on te fĂ©licite mais t'as pas envie d'avoir l'air impressionnĂ©, et de tte façon, ils parlent Ă  peine anglais. Tu croises le nouveau gars. J'espĂšre qu'ils ont changĂ© les rĂ©glages, parce que lui, il doit faire 70kg, tout mouillĂ©. S'il saute, ça lui fera Ă  peine 20 cm. Moi, je m'assois, il me reste encore 2 heures avant le bus, j'ai tout mon temps. LĂ , y a deux gars qui attendent avec mon sac. Nouvelles fĂ©licitations.

Pour ĂȘtre honnĂȘte, je les mĂ©rite pas trop, ces fĂ©licitations. J'avais le trouillomĂštre Ă  zĂ©ro, et je me suis bagarrĂ© avant de me lancer. Y z'ont du attendre un moment. "T'as sautĂ© drolement vite" "Hein?" "ben ouais, t'Ă  mĂȘme pas attendu le dĂ©compte" (Tiens, c'est vrai, je l'avais oubliĂ©, celui la). DĂ©cidĂšment, le temps ne s'Ă©coule pas du tout de la mĂȘme façon en haut et en bas. J'essaye d'esquisser une sourire. RatĂ©. DeuxiĂšme tentative avec la (jolie) fille de la table Ă  cotĂ©. Bizare, c'est vachement plus facile. L'effet d'entraĂźnement, je suppose.


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ALAIN COTE  Identity Verified
Local time: 18:47
Japanese to French
Anecdote vertigineuse Aug 18, 2003

Savoureux, Sylver. Je pense que la seule fois que j'ai connu un tel sentiment de vertige, c'est quand j'étais adolescent et que, pour la premiÚre fois, une fille (une p'tite Ontarienne, dans mon cas, qui me trouvait bien lent) m'a demandé qu'est-ce que j'attendais pour l'embrasser. Dans ces situations-là, pas le choix, il faut faire semblant de ne pas comprendre l'anglais et lui faire faux bond, ou faire le grand bond, sinon le grand sot (Copyright Sylver, 2003, voir ci-dessus), et y pas d'élastique pour te ramener sain et sauf dans les bras de maman si tu rates ton coup à ton premier plongeon. Tu t'écrases misérablement sur l'asphalte du jugement social, dans ce cas-ci l'immense groupe que forment les filles de ton école, qui ont vite fait de passer le mot : il embrasse mal !

Note pour les curieuses : non, ça ne s'applique pas à mon cas... Comme j'ai dit, c'était une Ontarienne et les p'tites Québécoises n'ont jamais rien su de ce premier baiser maladroit

Ceci dit, pour revenir à ton histoire, Sylver, les sauts en parachute aussi, paraßt que c'est traumatisant pour certains, et que des grands mùles costauds pris de vertige s'accrochent parfois aux ailes de l'avion en criant Maman ! J'en ai connu un comme ça. Les filles disaient "Il embrassse bien mais il fait pipi dans ses culottes quand il descend d'avion." Pauvre type...

Note : Au Québec, on emploie le mot culotte pour désiger le pantalon. L'un comme l'autre s'utilisent surtout au pluriel d'ailleurs, pour une raison quelconque que je ne connais pas.

[Edited at 2003-08-18 03:43]


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Thierry LOTTE  Identity Verified
Local time: 11:47
Member (2001)
English to French
+ ...
Un Saut pas si SĂŽt mais pas d'autre de Sitot... Aug 20, 2003

Bravo Sylver !

Je comprends parfaitement ce que tu as dĂ» ressentir !

Quand je faisais mon service militaire dans l’armĂ©e de l’air en France, pour je ne sais quelle raison (machisme mal compris ? ou bien “rite de passage” pourtant non requis, je ne sais), je me suis inscrit au club de parachutisme sportif de la Base AĂ©rienne 914 (Ă  Romilly – dans l’Aube).

Personne ne m’avait obligĂ© pourtant !
AprĂšs trois semaines d’un semi-entraĂźnement sportif destinĂ© Ă  m’apprendre Ă  tomber et Ă  me recevoir sur le sol (Boudiou! Que je dĂ©testais ce vocabulaire chargĂ© de mauvais augure !...) et aussi aprĂšs les quelques 22 jours d’insomnies dues Ă  l’apprĂ©hension (mais qu’allais-je faire en cette galĂšre
) le grand jour finit par arriver.

À 10 heures du matin, le soldat et futur parachutiste Ă©mĂ©rite LOTTE, sans mĂȘme l’assistance de son avocat ni d’un prĂȘtre, dut monter avec 45 de ses petits camarades pas plus rassurĂ©s que lui dans un “Breguet deux ponts” Ă  l’aspect mal engageant

S’ensuivirent 50 minutes de vol (on a le temps de mourir 20 fois quand on attend le moment fatidique
) alors que le temps prĂ©vu avant le saut Ă©tait de 20 minutes : on nous expliqua qu’il y avait un “incident technique bizarre” avec un des moteurs
 C’est dans ces cas-lĂ  que, malgrĂ© tout, on est bien content d’avoir un parachute accrochĂ© dans le dos.
Pourtant, notre pourvoi fĂ»t rejetĂ© et une voix tant sinistre qu’impersonnelle annonça “10 Minutes!” et une lumiĂšre rouge se mit Ă  clignoter.

Ahhh ! Ces 10 minutes ! Cela relĂšve du clichĂ© de dire que ce furent les plus longues de notre vie mais ce fĂ»t pourtant le cas
 “Putain ! Mais qu’est-ce qui m’a pris !?” – “Personne m’a obligĂ©!...” – “Jamais plus de Cognac avant 10 heures du matin !...” etc
etc


“ParĂ©s Ă  sauter dans 45 secondes !...” 44, 43, 42, 41 etc etc



et une lumiùre verte se met à clignoter.

Nous sommes dĂ©jĂ  tous debout, nos SOA bien accrochĂ©es sur le cĂąble central, et il y a cette porte Ă  la luminositĂ© effrayante qui se rapproche bien trop vite au fure et Ă  mesure des hurlements de “l’instructeur de saut”, ce type hystĂ©rique qui nous paraissait tellement sympathique il n’y a pas seulement 24 heures. Et il hurle : “Go!”, “Go!”, “Go!” Ă  chaque fois qu’il pousse les nouveaux convertis dans le vide


Le soldat LOTTE, qui ne savait pas encore qu’il deviendrait un jour “traducteur”, n’eĂ»t pas le loisir de critiquer “in petto” l’emploi de l’anglais dans l’ArmĂ©e de l’Air Française: Il ignorait alors que dans l’ArmĂ©e du “Quebec Libre” (Ă©tat rĂ©cemment crĂ©Ă© par le GĂ©nĂ©ral De Gaulle lui-mĂȘme) pareille dĂ©viation linguistique n’aurait pas Ă©tĂ© concevable, ni mĂȘme une seconde, grĂące aux bienfaits de la “Loi 101”.

Pour l’instant, il jouissait du Silence n’eĂ»t Ă©tĂ© le bruit du vent dans les suspentes de son parachute, qui, contrairement aux prĂ©visions de son naturel pessimiste s’était dĂ©ployĂ© dans de parfaites conditions.
Le sol arriva bien plus vite que prĂ©vu et c’était tant mieux car le silence et le vent dans les suspentes, c’est trĂšs bien, mais le plancher des vaches, c’est encore mieux. D’ailleur, les 3 semaines d’entraĂźnement intensif du soldat Lotte lui servirent peu : Il arriva comme un paquet de linge sale, avec un “floc” des plus gracieux, mais, sans rien se casser
 Le “roulĂ©-boulĂ©â€ d’une rare Ă©lĂ©gance prĂ©vu Ă  l’entraĂźnement serait pour une autre fois


Il n’y eĂ»t pas de “DeuxiĂšme Saut”.
Le Soldat Lotte fĂ»t rappelĂ© dans ses foyers ayant franchi les limites de la “durĂ©e lĂ©gale + 40 jours de Rab” de son SĂ©vice Militaire avec les commentaires officiels dus Ă  son rang.
Depuis lors, il arbore, discrùtement, un petit badge à sa boutonniùre : “Never More”


Et cela n'a rien à voir avec son admiration pour Edgar Allan Poë...










[Edited at 2003-08-20 00:15]

[Edited at 2003-08-20 02:15]

[Edited at 2003-08-20 02:18]


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