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Payer pour travailler
Thread poster: Williamson
TTV  Identity Verified
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OK Sara Oct 12, 2011

Sara Freitas-Maltaverne wrote:

TTV wrote:

Je réagissais en fait à la contribution de Sara, qui se demandait si j'avais 23 ans, ce qui semblait prouver qu'elle n'avait pas lu ma contribution immédiatement précédente (en dehors des divers échanges que nous avons eu par le passé). Peut-être s'agissait-il d'humour, ce que j'ai d'ailleurs laissé supposer.


C'était de l'humour effectivement, je sais que toi et Adrien vous avez des décennies d'expérience...c'était par rapport à la photo que j'ai postée, choisie par rapport aux personnages et pas par rapport à un age ou un état de décrépitude quelconque...

En ce qui concerne ceux qui réussissent, ben personnellement j'ai donné pas mal de temps aux activités associatives/syndicales (trop de temps en fait...ce qui a mené à un burnout en bonne et due forme)...et je continue à essayer de renvoyer l'ascenseur en renseignant des jeunes traducteurs (d'ailleurs après avoir passé en moyenne une heure par personne avec des jeunes traducteurs ou des personnes plus mûres en reconversion professionnelle dans ma région afin de donner des renseignements et conseils j'ai un peu arrêté parce que pas une seule personne a trouvé opportun d'envoyer ne serait-ce un petit mail de remerciement pour mon temps, consacré bénévolement...), en enseignant (un module entrepreneuriat) dans une école de traduction et enfin par le biais de mon blog...quant à la réglementation de notre profession en France, je n'ai pas d'avis...je vois des raisons pour et contre et je n'arrive pas à me prononcer...même si n'ayant aucun diplôme en traduction je serais peut-être parmi les premiers à être lésée par une telle mesure...


Merci de la réponse.

Le principal problème des discussions virtuelles (mais ça arrive aussi dans la réalité), c'est qu'on se fait souvent (trop) vite une opinion des gens, sur quelques éléments "glanés" dans leurs interventions. Dont acte donc, et sincèrement, je trouve ça très agréable que tu viennes de temps à autre sur ce site pour donner ton point de vue, toujours de façon honnête et donc constructive.

C'est la principale raison, ce genre d'erreurs, dont j'ai également été victime bien souvent dans l'autre sens, qui font que je m'exprime maintenant très rarement ici. En fait, pour une opinion qui est comprise, on est à peu près sûr qu'une dizaine d'autres seront mal interprétées, et ce bien souvent sans aucune intention maligne par ceux qui font ces erreurs d'interprétation. C'est humain, je suppose, et je n'échappe pas à la règle.

Mais, comme par ailleurs, je ne vois pas d'autre endroit où m'exprimer, et que je reste "doué de parole et de raisonnement", je fais encore quelques exceptions "d'expression", certainement maladroites.


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TTV  Identity Verified
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Bémol Oct 12, 2011

Sara Freitas-Maltaverne wrote:

Pour répondre à ta question, oui. Je gagne à peu près ce que gagnerait un cadre moyen dans une grande entreprise.

Mais le problème avec notre métier c'est que ce genre d'information reste anecdotique. Il est trop difficile, voire impossible de faire une étude sérieuse à ce niveau...la SFT y travaille avec son enquête, qui s'améliore d'année en année, mais notre profession est pixelisée et déborde souvent dans d'autres domaines (le fameux secrétaire bilingue, le rédacteur technique, etc.). Ce serait pour moi un des points positifs d'une réglementation, si ça pourrait aider à avoir une vision plus clair de la profession (on est combien en France déjà, même ça on ne sait pas trop...).

Sinon, on reste dans les éternels généralisations ("la grande majorité des traducteurs"...etc etc.) et dans les informations isolées et anecdotiques...très difficile de savoir comment aller de l'avant quand on n'a même pas une vision très claire de l'existant.

Petit rajout - et comme René je trouve intéressant de regarder le nombre de traducteurs en micro et auto-entrepreneur...et parfois ça m’inquiète...mais peut-être qu'il n'y a pas matière à s’inquiéter...parce que encore une fois on ne sait pas s'il s'agit de revenus complémentaires, si ces traducteurs sont à temps plein, etc...en gros on n'en sait rien !

[Edited at 2011-10-12 16:05 GMT]



Je n'ai jamais cru aux enquêtes de la SFT, car il n'est pas certain que la majorité des personnes y répondent de manière "honnête". Là aussi c'est humain, et on le voit d'ailleurs souvent sur le forum, beaucoup préfèrent se "surestimer".

Par contre, les statistiques des ARAPL existent, à chaque fois que je reçois mon bilan, j'ai également la comparaison de mes chiffres par rapport à ceux de mon domaine d'activité. Si l'on regroupait les infos des diverses ARAPL et autres organismes du même genre, et également en obtenant des informations auprès de la CIPAV (qui affilie tous les auto-entrepreneurs), on pourrait avoir un constat relativement réaliste. Seule effectivement la SFT serait habilitée à mener un tel travail. Malheureusement, en 35 années d'expérience, je n'ai jamais constaté que sa première activité était de défendre la profession. Et ce n'est pas un reproche personnel à ton égard, mais une constante, je dirais structurelle, de la SFT.


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Sara Freitas
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Il faut les 2... Oct 12, 2011

A mon avis il faut recueillir les chiffres des bilans (mais bon, là encore tout le monde n'est pas membre d'une AGA...au moins on sait que les chiffres ne mentent pas, mais à quel point est-ce cette population représentative de la profession?) ET faire des enquêtes plus subjectives comme celle de la SFT parce qu'il en ressort quand même des infos intéressantes (qui est de plus en plus complète chaque année et qui va dans le bon sens à mon avis).

Malheureusement pour l'instant on reste dans l'anecdotique et tout ce qu'on peut faire c'est échanger avec un maximum de collègues (traducteurs et autres professions indépendantes) pour avoir une idée de ce qui se pratique (en matière de tarifs et autre) et pour essayer de toujours anticiper, toujours garder une longueur d'avance dans ce monde si incertain (et oui, aujourd'hui même pour les salariés la sécurité est un leurre...nous traducteurs indépendants on est pas les seuls concernés).

Je sais que vous n'allez pas me croire, mais je suis foncièrement cynique et rester optimiste est la solution que j'ai trouvé pour continuer d'aller de l'avant...malgré tout Même si ça agace certains sur ce forum. Je suis une cynique optimiste et j'assume


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Bruno Magne  Identity Verified
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je ne sais pas si je dois dire : Oct 12, 2011

c'est mal barré, voire foutu pour la traduction.. du moins en France.

à vous lire, les vieux (je suis de 1950 moi aussi), la traduction est en train de suivre le même chemin que les cafetières, les postes de radio, les téléviseurs, les voitures... et finira para disparaître faute de combattants.

René, je comprends le désespoir de la jeune femme sur le plateau de télévision mais mon intuition me dit qu'elle a aussi et probablement été écœurée de se retrouver auprès de vieux messieurs (qui auraient pu être son père, si j'ai bien compris) qui se foutaient royalement de sa petite personne et qui ne voulaient que pontifier... Quand j'ai envie de rire, moi, je regarde les débats sur TV5 Monde ou les résultats de la primaire socialiste...

Pour ne pas décourager les jeunes, une anecdote: hier soir sur TV5 Monde, le magazine Le Point de Radio Canada a montré un reportage sur un professeur d'anglais de l'Ontario qui a a tout plaqué un jour et est parti s'installer en Colombie britannique où il a acheté un lopin de terre (aux dimensions canadiennes, bien sûr) et en 2-3 ans, à force de travail (il pratique l'horticulture bio) il est devenu le fournisseur attitré de salades et autres verdures des meilleures restaurants de Vancouver et il est en train de se faire des c... en or...

Ce qui prouve que même en 2011 si on veut on peut...

Perso, si j'avais la vingtaine, je prendrais le premier avion pour Montréal, car je crois savoir que le Canada est la dernière frontière des traducteurs...

Bien sûr, il faut être un peu insouciant, pas matérialiste pour deux sous et avoir (mes excuses, Mesdames) des couilles au cul.

Bruno (qui habite dans un pays dont la monnaie s'est tellement appréciée qu'en 9 ans, mon chiffre d'affaires [à l'exportation] est tombé de 50 %).

Allez, bon courage !

Amicalement

Bruno



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Sara Freitas
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Une note d'optimisme quand même Oct 12, 2011

J'interviens auprès d'étudiants en traduction et lors de ma dernière intervention (je m'inquiète quand même pour ces petits jeunes) j'étais agréablement surprise de voir qu'ils étaient à la fois très lucides sur certaines réalités et en même temps plein d'idées créatives et de bonne volonté pour s'en sortir...à suivre!

Désolée pour les fautes, longue journée devant l'écran, j'arrête !


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TTV  Identity Verified
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Dernière intervention cette fois Oct 12, 2011

Bruno Magne wrote:

c'est mal barré, voire foutu pour la traduction.. du moins en France.

à vous lire, les vieux (je suis de 1950 moi aussi), la traduction est en train de suivre le même chemin que les cafetières, les postes de radio, les téléviseurs, les voitures... et finira para disparaître faute de combattants.

René, je comprends le désespoir de la jeune femme sur le plateau de télévision mais mon intuition me dit qu'elle a aussi et probablement été écœurée de se retrouver auprès de vieux messieurs (qui auraient pu être son père, si j'ai bien compris) qui se foutaient royalement de sa petite personne et qui ne voulaient que pontifier... Quand j'ai envie de rire, moi, je regarde les débats sur TV5 Monde ou les résultats de la primaire socialiste...

Pour ne pas décourager les jeunes, une anecdote: hier soir sur TV5 Monde, le magazine Le Point de Radio Canada a montré un reportage sur un professeur d'anglais de l'Ontario qui a a tout plaqué un jour et est parti s'installer en Colombie britannique où il a acheté un lopin de terre (aux dimensions canadiennes, bien sûr) et en 2-3 ans, à force de travail (il pratique l'horticulture bio) il est devenu le fournisseur attitré de salades et autres verdures des meilleures restaurants de Vancouver et il est en train de se faire des c... en or...

Ce qui prouve que même en 2011 si on veut on peut...

Perso, si j'avais la vingtaine, je prendrais le premier avion pour Montréal, car je crois savoir que le Canada est la dernière frontière des traducteurs...

Bien sûr, il faut être un peu insouciant, pas matérialiste pour deux sous et avoir (mes excuses, Mesdames) des couilles au cul.

Bruno (qui habite dans un pays dont la monnaie s'est tellement appréciée qu'en 9 ans, mon chiffre d'affaires [à l'exportation] est tombé de 50 %).

Allez, bon courage !

Amicalement

Bruno






L'incompréhension, c'est ce que je disais


- la traduction n'est pas en passe de disparaître, je me répète, le volume ne cesse d'augmenter, le problème c'est qu'elle est (beaucoup) moins bien payée qu'avant

- je n'ai aucune envie d'être horticulteur, ni d'immigrer au Canada. J'ai envie de vivre correctement, dans mon pays, du métier que j'ai choisi et que j'aime. (Entre parenthèses, ton professeur d'anglais était Canadien, mais il est actuellement strictement impossible d'immigrer au Canada si l'on n'a pas une profession pour laquelle le pays a des besoins, je connais très très bien le dossier).

- Je suis très bien fourni de ce côté là, merci. Et de l'autre, je n'entends pas grand chose, comme disait Pierre Dac. Et la vulgarité n'est pas le meilleur moyen d'imposer ses idées, même si c'est la mode actuellement.

- Je ne suis pas pessimiste, simplement réaliste, et mon propos n'est ni d'encourager, ni de décourager les jeunes traducteurs. Je pense que mon propos est au contraire, parmi d'autres propos exprimant des idées différentes, salutaire pour ceux qui se lancent dans la profession et en particulier pour ceux qui font des études de traduction et auxquels on n'explique pas ce genre de problématique.


Ton intervention me ramène à ce que je voulais ajouter de toute manière : ce forum n'est plus très actif, mais ce que je constate, c'est qu'à chaque fois que quelqu'un lance un fil pour évoquer son indignation face aux faibles tarifs proposés par des agences, il se fait immédiatement rabroué par des "collègues", comme quoi c'est du pessimisme, du misérabilisme, que ça ne sert à rien, qu'il faut être "positifs", des "winners", et j'en passe et des meilleures.

C'est bien pourquoi je n'ai plus envie d'intervenir, je ne suis pas maso, et je pense que beaucoup n'osent pas également, pour la même raison. Quand à ceux qui se situent invariablement dans le positif, ils en restent le plus souvent dans la généralité, et on sent souvent bien que c'est plutôt pour "valoriser leur image de marque sur le Net", mais que cela ne correspond pas à leur réalité. Ou bien ils glosent sur la traduction alors qu'ils ont d'autres sources de revenus...

Je pense que s'il y avait beaucoup de gens qui exposaient clairement leur situation de travail, qu'elle soit plutôt bonne, comme Sara, ou plutôt mauvaise, comme moi, cela serait profitable à tous.

Enfin bref, je dis je pense, je n'en sais rien dans le fond, finalement à chaque fois ce genre de discussions me pose tellement de questions que je n'arrive plus à me concentrer sur mon travail.

J'abandonne donc cette discussion, uniquement faute de temps. Par ailleurs, ce genre de débat me pose dans un rôle qui n'est pas le mien. Dans la vie, et malgré mes difficultés de travail, je suis quelqu'un qui amuse, qui met de l'ambiance. Il est certain que ça n'apparaît pas ici, il faut tellement faire attention à ce qu'on dit que ça me gonfle. Et puis, cela manque toujours tellement d'humour, et de toute façon il est vrai que l'humour passe mal "par écrit".

Je panse donc j'essuie, finalement.





















[Modifié le 2011-10-12 17:09 GMT]

[Modifié le 2011-10-12 17:09 GMT]


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Jean-Marie Le Ray  Identity Verified
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Foisonnement ! Oct 12, 2011

Eh bien, je m’absente l’après-midi et je vois en rentrant que ça part dans tous les sens. Impossible de répondre à tout et à tous, donc je vais plutôt essayer de dégager une impression d’ensemble, en me laissant guider par mon inspiration. Le raisonnement suivra, du moins je l’espère

En commençant par répondre à la question de Bruno sur mon train de vie. En fait je n’ai rien résolu du tout ! J’ai tenté de multiplier mes tarifs par 3 ou plus, et je n’y arrive pas toujours, loin de là. Je perds même bon nombre de clients, mais comme on dit en italien, certains il vaut mieux les perdre que les trouver. Donc j’essaie de prendre ça avec philosophie et de diversifier mon activité. Depuis des années et avec constance. En partant d’une intuition qui me tient compagnie depuis plus de 15 ans, en fait depuis que j’ai commencé à utiliser Internet régulièrement : à savoir que le Web allait tout changer, et pour tout le monde, traducteurs compris.

Donc j’essaie depuis des années de mener de front deux activités dont une seule remplirait déjà pleinement un emploi du temps : la traduction et Internet. Comment ça fonctionne, qui sont les acteurs, que font-ils, etc. Et je dois dire que cet engagement sur Internet m’a donné de grandes satisfactions, y compris économiques. Mais j’en reviens toujours à la traduction, et donc à cette question de fond : comment utiliser Internet, et notamment le Web marketing, pour améliorer mon métier de traducteur.

Un cheminement qui m’a amené à mettre au point une formation marketing spécialement ciblée pour les traducteurs, que j’ai tenu trois fois jusqu’à présent, et je dois dire avec un succès qui a dépassé mes attentes, vu les retours positifs que j’ai eus.

La réflexion se déploie en deux parcours distincts, CONNAISSANCE et ACTION, qui s’articulent à leur tour en deux pôles de connaissance (me connaître moi-même et connaître le marché), et en deux niveaux d’action (agir sur moi-même et agir sur le marché).

Une réflexion que j’estime aujourd’hui indispensable pour quiconque souhaite entreprendre notre profession. Pour plusieurs raisons.

1. Parce que la profession est à la fois bouleversée et complexifiée, bouleversifiée en un mot : nos repères sont de plus en plus mouvants, il n’y a plus rien d’acquis, tout peut être remis en question d’un jour à l’autre.

Une réalité qui fait que chacun/e a de plus en plus de mal à appréhender la vision d’ensemble et à comprendre où se positionner au milieu de ce chaos. D’où la nécessité de mener une réflexion approfondie sur pourquoi faire ou entreprendre ce métier. Car si c’est pour la kroukroute et non pas pour la mumuze, comme le dit si justement Olivier, alors ça suppose qu’on s’interroge en conscience dès le début pour savoir si on a le talent nécessaire (toujours Olivier dixit). Car si déjà c’est difficile pour les bons, alors qu’en sera-t-il des passables et des médiocres. Qui ne feront que pourrir la profession aux autres et qui ne vivront pas de leur "métier" pour autant. Et se connaître soi-même professionnellement n’est pas une mince affaire, surtout quand on débute. D’où l’importance d’un accompagnement, et des places de marché comme Proz et autres sont précieuses, car si l’on s’en donne la peine, c’est truffé de bons conseils sur toutes les questions qu’on peut se poser quand on souhaite approfondir le sujet.

Mais se connaître soi-même ne suffit plus, il faut aussi connaître le marché. Le marché en général, et le sien en particulier. J’ai tendance à croire qu’il y a un marché par traducteur/traductrice, et c’est là où il y a selon moi une forte différenciation à faire au niveau personnel. En ce sens je ne partage pas l’idée de René qui constate souvent que "la réalité du marché, du moins la réalité pour 90% (au bas mot) des traducteurs", c’est "travailler à un tarif relativement bas pour des intermédiaires". Car il s’agit d’une "réalité", telle qu’elle est décrite, contre laquelle je me rebelle profondément.

C’est effectivement une réalité qui a marché, celle des "places de marché", justement, mais qui marche et marchera de moins en moins. Car si l’on prend l’exemple de la "place de marché" du genre Proz, c’est aussi la solution de facilité, exactement comme qui préfère travailler avec les agences qui servent de filtre et m’évitent de devoir traiter en direct avec le client. Or l’évolution du métier, et de meilleures conditions de travail, passent forcément par la désintermédiation.

Désintermédiation. Un terme sur lequel les traducteurs devraient réfléchir davantage, se poser davantage de questions, et tenter d’y apporter des réponses, autant individuellement que collectivement. Car si 90% des traducteurs acceptent sans tenter de changer les choses à leur niveau l’intermédiation comme unique forme (ou presque) d’exercice du métier, alors il est clair que les intermédiaires ont beau jeu d’imposer leurs piètres conditions.

J’ai été contacté il y a quelques jours via ProZ par une agence que je ne connaissais pas pour un contrat à traduire d’une quarantaine de pages. Je regarde le Blue Board, excellente note, donc je leur fais un prix que je considère honnête, 750 €, comme démarche commerciale pour un premier travail, qu’ils puissent juger de la qualité. Deux jours plus tard je reçois un message comme quoi leur traducteur de confiance les avaient contactés et avait pris en charge la trad. OK, merci, au revoir. Six jours plus tard, ils me recontactent en me disant que le travail est encore à faire, pour le surlendemain (!), et que vu le rapport urgence/quantité ils sont obligés de diviser la trad entre plusieurs traducteurs. J’ai répondu que j’avais autre chose à faire.

Morale de l’histoire, ils livreront très sûrement du n’importe quoi, le client sera mécontent, les traducteurs mal ou pas payés (si le client conteste la qualité, ce qui est plus que probable vu les conditions de travail), et la profession n’en sort pas grandie à aucun niveau. Et dans ce cas, la faute est exclusivement imputable à l’intermédiaire qui a « géré » cette affaire n’importe comment. Il en aurait été tout autrement si le client m’avait trouvé directement, dans une relation commerciale désintermédiée.

Or si l’on examine la chose côté client, il est clair qu’il a le même réflexe et les mêmes attentes que le traducteur vis-à-vis de l’intermédiaire : qu’il serve de filtre entre lui et le traducteur, tout comme le traducteur attend de l’agence qu’elle serve de filtre entre lui et le client. Avec en parallèle la même solution de facilité adoptée aux deux bouts par le client et le traducteur : faire gérer à un tiers leurs angoisses, leur incapacité à dialoguer sur un pied d’égalité, etc. etc.

Mais l’évidence sur le réseau, c’est que petit à petit Internet balaiera complètement ce type de relations commerciales s’il n’y a pas une valeur ajoutée pour chaque maillon de la chaîne. Et les agences dont le seul modèle économique consiste à se sucrer sur le dos du traducteur sans y mettre du leur seront condamnées à ne plus travailler qu’avec les traducteurs qui accepteront de travailler à des conditions sur lesquelles ils n’auront jamais leur mot à dire.

Donc personnellement je vois se dessiner un marché de la traduction à plusieurs vitesses, produites par plusieurs niveaux d’intermédiation/désintermédiation. Mais il n’y a aucune fatalité là-dedans, puisqu’en fin de compte c’est à chacun qu’il revient d’accepter ou pas les conditions indécentes que proposent les « agences ». C’est juste une affaire de choix personnel, et que je sache personne n’a jamais été forcé d’accepter un tarif. Ou si on met ça en avant comme excuse, alors c’est probablement qu’on se trompe de métier.

D’où l’importance des conseils dispensés par Sara : sortir de chez soi, réseauter, devenir « trouvable », etc.

D’autant plus qu’avec Internet, on peut désormais être trouvable sans sortir de chez soi, l’idéal pour les traducteurs un peu ours, et nous sommes nombreux. Je m’y mets dedans car si ça ne tenait qu’à moi, je resterais dans mon antre. Souvent il faut que je me fasse violence pour sortir et aller vers les autres, mais pour autant je ne suis jamais déçu car à trop perdre le contact humain, on en oublie que les autres ont toujours beaucoup à donner et à nous apprendre.

2. Cette bouleversification de la profession est en train d’exploser avec la gamme des nouvelles technologies – et elles sont nombreuses, la TA n’en est qu’une parmi d’autres – qui ne vont pas tarder à faire leur entrée en force sur le marché. Les premiers signes sont déjà là, mais ça va s’accélérer de plus en plus.

D’où la nécessité de s’informer, de débattre, pour essayer d’évaluer l’impact ultérieur sur notre profession déjà passablement déstabilisée. J’ai toujours été frappé de voir que plus de 900 personnes ont vu ce fil
http://www.proz.com/forum/french/179854-concurrence_du_web.html
et que nul ne m’a jamais répondu. Or depuis MyGengo a levé 7 millions de dollars supplémentaires ! Et ils ont déjà traduit 15 millions de mots à un tarif inférieur de 70% aux prix du marché « professionnel » de la traduction.
http://news.yahoo.com/mygengo-secures-5-25-million-series-round-funding-040605084.html

Donc ce que je veux dire, c’est que si les traducteurs pros ne s’emparent pas de ces sujets pour les disséquer, tenter de comprendre – ensemble – ce qui se passe et réagir, et bien du jour au lendemain, beaucoup d’entre nous risquent de se réveiller totalement dépassés par les événements.

Car la condition sine qua non pour agir sur les événements et tenter de les influencer, c’est d’abord de les connaître et de les analyser pour comprendre par quel bout les prendre…

Or quand je lis une info pareille, immédiatement les interrogations et les réflexions se bousculent :

- Pourquoi des gens investissent-ils autant d’argent dans un business qui pratique des prix de 70% inférieurs aux prix du marché ? Je ne pense pas qu’ils le fassent parce que ce sont des idiots (l’un des investisseurs a co-créé Skype…), mais parce qu’ils espèrent rentabiliser leur placement. Ce qui signifie que d’autres logiques économiques sont en train de se mettre en place, d’autres approches, d’autres technologies, etc.

- Quelles sont-elles, qu’en savons-nous, quels seront les impacts sur nos modèles actuels de tarification, comment y faire face, comment nous positionner, comment nous différencier, comment marquer et transmettre notre valeur ajoutée aux clients potentiels, etc.

- Une autre conséquence, évidente, est que face à cette éclosion de nouvelles technologies et de nouveaux services (je pourrais vous en citer une dizaine du type MyGengo et autres), s’il fut un temps où la profession aurait pu être réglementée, cette époque est définitivement révolue. La question n’est plus à l’ordre du jour, et elle ne le sera plus jamais. On pourra toujours le regretter, mais c’est un fait.

- Etc.

J’arrête là, mais pour conclure, je dirais que nous sommes à la veille de grands bouleversements pour notre métier, bien des conséquences prévisibles sont déjà sous nos yeux, et il ne sert à rien de tourner le regard dans l’autre direction en se disant que ça passera. Ne pas réagir équivaudrait à permettre que, demain, la traduction puisse se faire sans les traducteurs, or je ne crois pas que c’est ce que nous voulions !

J-M


[Modificato alle 2011-10-12 21:42 GMT]


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Williamson  Identity Verified
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Le traducteur solitaire: une espece démodée? Oct 13, 2011

Pourquoi les interprètes professionnels n'ont-ils pas ce problème ? Tarif : Entre minimum 500 euros -850 euros par jour.
Pas de réductions style trados, paiement après 14 jours, 3 semaines.

La représentation du pauvre navetteur(B)/banlieusard(F) n'est pas tout à fait exacte.
Mon copain-programmeur travaille en sous-traitance pour une grande banque et gagne 425 euros par jour. Le tarif pour un client direct est de 825 euros par jour.
Son Sarl lui paie le salaire minimum. Toutes les dépenses sont déduites comme frais professionnelles et la Sarl subit déjà des pertes depuis des années.

Un gestionnaire des fonds à risque qui fait la navette des environs d’Oxford au City londonien n'est pas un pauvre banlieusard ou smicard.

Revenons à nos moutons : Quel modèle est le plus apte au marché de traduction?
Un modèle traducteur solitaire qui traduit uniquement dans sa langue maternelle ou un modèle traducteur+spécialiste comme fournisseur de terminologie et reviseur du contenu+traducteur/reviseur avec langue maternelle la langue cible ?

Personnellement, selon certains je dois avoir honte de maîtriser le néerlandais, l'anglais, le français, l'espagnol et l'allemand.
Oui, moi, pauvre amateur, j’ose traduire dans une combinaison de ces langues aidé par les gens que j’ai rencontré dans les cours du post-graduat de maîtrise en gestion d'entreprise avec l'anglais comme langue véhiculaire. Dans ces cours on nous force de collaborer. Pour 1 cours, il y n'a pas d'examen. Le résultat dépend du degré de collaboration pendant le semestre. Ce degré est mesuré en-ligne. C'est tout à fait le contraire que l'attitude Moi, un dieu dans le plus profond de mes pensées/mots" du traducteur solitaire.
Tous les participants ont des diplômes de base différents : ingénieurs, médecins, droit. Le public est international. Des chinois, des africains, des personnes de toute l’UE ainsi que des américains. Une source d’une valeur inestimable des collaborateurs.
Je suis très intéressé dans les courses de finance.

Autre niche : A Bruxelles on construit déjà depuis des années de nouveau bâtiments. Les CDC de ces bâtiments doivent être obligatoirement traduits dans les deux langues officielles de Bxl. La plupart sont rédigés par des bureaux d’ingénierie et d’architecture francophones. Donc, il y une demande de les traduire en néerlandais. Si un bureau de traduction gagne l’offre, on peut s’attendre à des réductions trados ainsi que des rabais-volume. Si un traducteur gagne l’offre, il gagne bien sa vie sans réductions trados ou rabais-volume. Il y a quelques années que j'ai raté un CDC d'un client direct parce que mon prix était trop modéré. A un tel prix on ne peut pas être un vrai professionnel.
Sur le total du prix d’un bâtiment, le prix d’un CDC n’est qu’une goutte dans l’océan.

Le fait de connaître activement 5 langues fait que j’ai les choix des clients et oui, se libérer pour visiter la voix au bout du fil fait qu'on devient "unseren Hausübersetzer". Notre traducteur fixe à longue distance. D'ailleurs, j'ai trouvé cette société via une autre source que les portails pour traducteurs.

Sur mon ordinateur, il y Translation office 3000, Dragon Dictate v.11 (acheté à prix étudiant) en 4 langues ainsi que Trados et Wordfast. Une combinaison de ces outils devra augmenter ma productivité et est en un plus une bonne préparation/exercice pour l’interprétariat vu qu’on fait du TAV (traduction à vue parlé) au lieu de taper sur un clavier.

Pour terminer, une autre avocate avec 30 d'expérience, à laquelle j'ai demandé des conseils m'a chargé en noir 120 euros pour 1h20 minutes rien que pour chercher la loi concernant mon affaire dans le Code civil, une loi que j'avais déjà trouvé sur l'internet.


[Edited at 2011-10-13 09:22 GMT]


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Paul VALET  Identity Verified
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"Pourquoi les interprètes professionnels n'ont-ils pas ce problème ?" Oct 15, 2011

Métier différent, que le client final ne peut pas mépriser parce qu'il dépend physiquement de l'interpréte.

[Modifié le 2011-10-15 05:14 GMT]


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Bruno Magne  Identity Verified
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Merci, Jean-Marie Oct 17, 2011

Bonne semaine

Bruno



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Williamson  Identity Verified
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Différents niveaus Oct 17, 2011

Paul VALET wrote:

Métier différent, que le client final ne peut pas mépriser parce qu'il dépend physiquement de l'interpréte.

[Modifié le 2011-10-15 05:14 GMT]


Interprète : Métier au niveau d'un diplomate. On ne devient ni diplomate ni interprète du jour au lendemain surtout pas en France.

Traducteur:
Métier sur le niveau d'un éboueur auquel chaque Jules et Jeanne peuvent accéder du jour au lendemain: il suffit d'avoir un ordinateur, de connaître 1 seule langue étrangère, de chanter la chanson uniquement vers la langue maternelle,de photoshopper sa photo et d'être membre d'un portail pour traducteurs.



[Edited at 2011-10-17 22:24 GMT]


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Adrien Esparron
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J'ai un doute... Oct 18, 2011

Williamson wrote:

Interprète : Métier au niveau d'un diplomate. On ne devient ni diplomate ni interprète du jour au lendemain surtout pas en France.



... comme le sentait Raymond Devos à propos de ses pantouffles !!!

Quelle est la signification de ce que je cite de votre message ???

Les diplomates français sont recrutés sur concours (différents suivant la carrière envisagée), tout comme les profs certifiés ou agrégés par exemple.

Les interprètes, tout comme les traducteurs, n'ont à justifier que de leurs compétences et un éventuel diplôme ou concours n'est pas nécessairement un atout au regard de ce que l'on enseigne de nos jours dans les FACs et autres écoles privées.

Pour revenir sur les propos de Monsieur Valet (le propos est juste), il s'agit historiquement de métiers différents, qui vont cependant se croiser, et se croisent déjà, avec l'émergence de la traduction simultanée (il en a été question me semble-t-il dans un autre fil, mais pas pour le même propos) : seul le support change - l'oral et l'écrit.

La différence est bien entendu de taille : le soliste joue sans partition alors que le premier violon ou le chef a son texte sous les yeux (bon, sauf Karajan).

OM


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Catherine GUILLIAUMET  Identity Verified
Local time: 20:53
English to French
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A propos d'enquêtes ... Oct 18, 2011

Bonjour,

Je prends la discussion en cours de route (après 2 semaines d'absence numérique - merci au chaton qui s'est soulagé dans ma freebox !).

J'ai tout lu, et ça me donne envie de continuer à me battre. C'est le point positif.

Ce qui l'est moins, c'est le résultat de l'enquête de L'Observatoire des inégalités. Certes, elle est généraliste, mais non moins édifiante.
Elle s'intitule Les inégalités de revenus des travailleurs indépendants

Nous nous situons dans le groupe Conseils et autres services aux entreprises, ce qui donne glorieusement :

Revenu d'activité moyen annuel (en euros) 29 600
Proportion de revenus nuls (en %) 17,3

Rapport interquartile * 12,6

Répartition de la population 8,5

Bien sûr, il s'agit de moyennes. Mais c'est quand même pas mirobolant.

Voir : http://inegalites.fr/spip.php?article1486&id_mot=79

Catherine


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Bruno Magne  Identity Verified
Local time: 16:53
English to French
+ ...
Revenus nuls... Oct 18, 2011

qu'est-ce que c'est ?

Amicalement

Bruno



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Williamson  Identity Verified
United Kingdom
Local time: 19:53
Flemish to English
+ ...
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En effet pas de partitions. Oct 18, 2011

Adrien Esparron wrote:

Williamson wrote:

Interprète : Métier au niveau d'un diplomate. On ne devient ni diplomate ni interprète du jour au lendemain surtout pas en France.



... comme le sentait Raymond Devos à propos de ses pantouffles !!!

Quelle est la signification de ce que je cite de votre message ???

Les diplomates français sont recrutés sur concours (différents suivant la carrière envisagée), tout comme les profs certifiés ou agrégés par exemple.

Les interprètes, tout comme les traducteurs, n'ont à justifier que de leurs compétences et un éventuel diplôme ou concours n'est pas nécessairement un atout au regard de ce que l'on enseigne de nos jours dans les FACs et autres écoles privées.


Si on veut devenir interprète de conférence (et membre de l'AIIC), il faut d'abord passer une épreuve d'admissibilité et d'admission d'une école d'interprétariat, type ISIT (Paris) ou ESIT (Paris), ITI-RI à Strasbourg, ou ETI (Genève).
Cettes écoles ne sont pas exactement la FAC

Puis il faut réussir le cursus qui dure 2 ans en théorie (en pratique parfois 3 ans) et puis se chercher un parrain, membre de l'AIIC et appliquer pour devenir candidat-membre.
Si on veut travailler en tant que pigiste pour l’UE, il faut passer un test de consécutif et simultané. Si on veut devenir fonctionnaire, il faut passer un concours avec (UE) des épreuves psychotechniques ou sans (ONU).

Pour le consécutif, il faut avoir une bonne mémoire pour pouvoir reconstituer un discours de 6-10 minutes, et pour l'interprétariat simultané, on doit avoir une base de vocabulaire beaucoup plus vaste que pour la traduction, savoir interpréter pour des différents types de locuteurs (un locuteur-TGV étant le plus agréable) avec une voix agréable sans perdre le sang-froid. En effet, on n'utilise pas une partitions et une hésitation ou eee dans un casque d’écoute donne une mauvaise impression.

Est-ce pour ce motif qu'un(e) interprète peut demander plus et est payé(e) plus vite?
Pas de discussions en ce qui concerne des répétitions, des demandes de travailler pour 0.02 cents le mot ou même de payer pour travailler. Un monde de différence avec les économies des bouts de chandelles du monde de la traduction.

A titre d'information.
L’interprétariat provient du monde de la diplomatie et a ses origines pendant l’entre-deux guerres (Société des Nations) et est devenu adulte pendant le procès de Nürnberg.


[Edited at 2011-10-18 12:26 GMT]


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