Que restera-t-il de votre tarif actuel dans vingt ans ?
Thread poster: Ihatetrados
Ihatetrados
Local time: 10:32
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Mar 24, 2013

Tout le monde l'a noté, le thème des tarifs est récurrent sur ce forum. Il constitue en effet et à juste titre une des préoccupations majeures des nouveaux venus dans notre métier.

L'objet de ce fil est de les alerter sur un des risques qu'il y a à pratiquer dès le départ des tarifs trop bas. Cela a été dit et répété ici, sauf dans de très rares cas le tarif négocié au départ avec un client sera gravé dans le marbre.

J'ai pris ma retraite depuis quelques mois et ai conservé des statistiques de mes 22 années d'activité en tant qu'indépendant. La tendance principale qui s'en dégage, en dehors de toute considération de volume, c'est la dégradation de mon pouvoir d'achat, liée d'une part à la forte pression sur les tarifs exercée par "le marché" (c'est-à-dire les agences, elles-mêmes soumises à la pression de leurs clients finals), et d'autre part à l'érosion monétaire. Je précise que les chiffres mentionnés s'appliquent strictement au marché de la traduction technique et que je réalisais la presque totalité de mon chiffre d'affaires avec des agences.

Lorsque j'ai commencé mon activité en 1991, je facturais à la plupart des agences 0,65 centimes de franc, soit à peu de chose près 10 centimes d'euro le mot, ou 1000 euros pour 10000 mots. Sur la base d'une inflation cumulée de 45,6% sur la période 01/01/1991 - 31/12/2012, et pour seulement préserver mon pouvoir d'achat, j'aurais dû facturer 1456 euros les 10000 mots, soit 14,56 centimes d'euro le mot. Or mon tarif a non pas augmenté, mais diminué, pour s'établir en moyenne à 0,9 euro. C'est donc plutôt 900 euros les 10000 mots que je facturais en fin d'exercice. Soit une perte de 556 euros par rapport à un simple maintien de mon pouvoir d'achat, ou une érosion de plus de 55% (point d'exclamation). En terme de revenu horaire le tableau est un peu moins noir, grâce aux gains de productivité qu'ont permis notamment les ordinateurs de plus en plus performants et l'Internet.

Nul ne sait ce que sera l'inflation ou la tendance des tarifs dans les années à venir. La seule certitude est qu'il y aura de l'inflation et que les tarifs de traduction n'augmenteront pas. Pour ne prendre que deux exemples, un article d'un grand quotidien national prévoit aujourd'hui une augmentation du prix de l'électricité de 4,5% par an sur les 9 prochaines années. Quant aux énergies combustibles dérivées du pétrole, leur cours augmente régulièrement, le prix du baril ayant été multiplié par quatre entre 2002 et 2012.

D'où la nécessité de fixer son tarif initial à un niveau réaliste (à mon avis, en dessous de 8 centimes on se tire une balle dans le pied et, plus grave, on scie la branche sur laquelle est assis le reste de la profession) et de tenir bon sur les tarifs (à défaut de pouvoir les augmenter), sinon à terme, après en avoir mal vécu, vous ne pourrez plus vivre du tout de votre métier.


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Pierret Adrien  Identity Verified
China
Local time: 17:32
Chinese to French
+ ...
A quoi ressemblait le marché, à l'époque ? Mar 25, 2013

J'imagine que ce sujet a fait l'objet de très nombreux débats par le passé sur ce site, en ce qui me concerne, je n'ai pas connu le monde de la traduction depuis assez longtemps pour pouvoir faire l'état des lieux du domaine et le comparer avec ce qu'il était il y a 10 ou 20 ans. Mais je peux quand même imaginer qu'il a subi deux bouleversements gigantesques, qui sont Internet, et la mondialisation. Je pense que ces bouleversements ne se quantifient pas ni en bien, ni en mal, mais qu'il faut simplement considérer que la profession n'a tout simplement plus rien à voir avec ce qu'elle était.

Internet a énormément simplifié la démarche de recherche et de mise en contact avec les clients, tout en accentuant la concurrence, qui est devenue désormais mondiale, au lieu de bi-nationale, voire nationale, voire locale (pas besoin d'aller plus loin que Proz.com pour s'en apercevoir). En même temps, l'offre s'est vue décuplée.
Vous dites que votre pouvoir d'achat a fortement diminué, c'est aussi le point de vue qui revient très souvent sur Proz, de la part de nombreux traducteurs. Avez-vous considéré les gains de temps offerts par les nouvelles technologies en ce qui concerne la gestion de projets (en particulier sur la communication, de documents entre autres) ? Vous semblez être conscient des gains de productivité offerts par la pléthore d'outils venus du tout-ordinateur (notamment via les logiciels de TAO), mais comment calculez-vous ce gain ? Ne traitez-vous pas plus rapidement vos projets que par le passé, de manière qui pourrait compenser la diminution de vos tarifs ? Enfin, quelle est l'influence sur les changements dans les taxes/réglementations de la profession sur vos revenus, à l'heure où la tendance est malheureusement à la baisse pour beaucoup de professions ? Je ne cherche pas à vous contredire absolument, mais proposer des pistes de réflexion, car je sincèrement curieux.

Le marché à beaucoup évolué, du côté de l'offre, comme de la demande. Une demande à bas prix s'est développée, puisque certains vendeurs/sociétés souhaitent simplement voir quelques unes de leurs correspondances/annonces/présentations traduites rapidement, avec un souci très secondaire de qualité (une PME chinoise présentant son projet à des investisseurs angolais ne voit que comme très secondaire la qualité littéraire du travail rendu, du moment que le glossaire correspond, ce qui est maintenant très facilement faisable par n'importe qui avec un niveau de langue moyen et une base de données). Beaucoup critiquent cet état de fait, mais en terme de marché pur, il ne s'agit que d'une nouvelle demande, comblée par une nouvelle offre, que les agences de traduction ont assimilé depuis longtemps. Je travaille principalement dans la paire Chinois/Français. Beaucoup de personnes sont prêtes à faire mon travail pour la moitié, le tiers, le quart du prix que je propose, je ne suis donc pas exempt de pressions pour ma part, mais je trouve cela normal, et j'adapte simplement mon discours et mes cibles en conséquence.

Je ne veux vexer personne en disant cela, même si je sais que je vais peut-être m'attirer quelques foudres, mais en lisant certaines opinions parfois, j'ai l'impression que les traducteurs réagissent de manière très corporatiste, en refusant parfois d'accepter certaines réalités d'une profession libérale. Pas libérale au sens biaisé de la médecine généraliste française, mais au sens où elle est dominée par son marché. En clair, je crois que beaucoup de mes collègues ont une vision un poil trop romantique de leur métier (nous faisons communiquer le monde entier, la qualité n'a pas de prix), et trop peu pragmatique (tout a un prix, et le meilleur possible s'il vous plait).

J'ai la chance d'être sincèrement passionné par ce que je fais, et l'excitation de souvent marcher en terrain relativement peu exploré (la paire chinois-français, si vous saviez ce qu'il reste à traduire du passé comme du présent), et accessoirement de vivre en Chine (ce qui allège considérablement mes charges, pour être terre-à-terre). Je ne me considère donc pas comme à plaindre. Mais j'ai le temps pour me rendre compte que peut-être je devrais.


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Catherine De Crignis  Identity Verified
France
Local time: 10:32
Member (2012)
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+ ...
Bon conseil Mar 25, 2013

Réponse intéressante à un conseil qui, je le crois, vaut d'être écouté (même si Ihatetrados avait sans doute à l'esprit les traducteurs installés en Europe).
Je vois tout à fait ce que veut dire Adrien avec "en refusant parfois d'accepter certaines réalités d'une profession libérale", pour autant c'est justement ce vers quoi tend le conseil de Ihatetrados, regarder les choses en face et agir en conséquence. En disant que facturer trop bas revient à se tirer une balle dans le pied, il se montre très réaliste, loin du coté "amoureux de la langue" (et accessoirement nul en commerce). OK, je suis sûre qu'il y a plein d'amoureux des mots savent tenir leur commerce, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire !
Adrien, quand tu dis "j'ai le temps pour me rendre compte que peut-être je devrais", c'est justement ce temps-là que Ihatetrados cherche à te faire gagner - même si la question est biaisée par le fait que tu te trouves en Chine.
Totalement d'accord avec "j'adapte simplement mon discours et mes cibles en conséquence". Mais je te trouve en contradiction avec ce que tu dis précédemment quand tu écris "j'ai la chance d'être sincèrement passionné par ce que je fais", sous-entendu il faut adorer ce métier pour y trouver son compte, càd on ne fait pas ça pour la gloire (soit dit en passant, c'est mon point de vue et mon ressenti personnel).
Maintenant je pose une question désagréable, quitte à me faire lyncher, (sans état d'âme car au fond la réponse m'importe peu), être traducteur aujourd'hui en France, est-ce que ce n'est pas comme être prof., càd qu'on observe un déclassement social d'une génération à l'autre ?
Ce que je constate c'est l'exercice d'un travail artisanal, intellectuel et hautement qualifié certes, mais artisanal et j'ai l'impression que certains anciens déplorent la fin d'un âge d'or (ce n'est pas le msg de Ihatetrados qui me fait dire cela, celui-ci étant je crois pragmatique et plein de bon sens, mais plus une impression générale), alors que les nouveaux sont souvent sincèrement heureux de faire un travail qu'ils aiment et ils ne peuvent évidemment pas regretter un passé qu'ils n'ont pas connu.


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Loise
France
Local time: 10:32
French to Chinese
+ ...
Logiciels de TAO ne m'a pas beaucoup aidé en matière de productivité Mar 26, 2013

En fait, je n'ai pas l'impression d'être "beaucoup" plus rapide et plus productive en utilisant TAO tel que Trados. Certes, mes travaux et mes dossiers sont mieux organisés à l'aide de ces outils, mais ce gain n'explique pas la baisse disproportionnelle de prix au marché actuel.

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Ihatetrados
Local time: 10:32
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Persite et signe Mar 29, 2013

Pierret Adrien wrote:

Avez-vous considéré les gains de temps offerts par les nouvelles technologies en ce qui concerne la gestion de projets (en particulier sur la communication, de documents entre autres) ? Vous semblez être conscient des gains de productivité offerts par la pléthore d'outils venus du tout-ordinateur (notamment via les logiciels de TAO), mais comment calculez-vous ce gain ? Ne traitez-vous pas plus rapidement vos projets que par le passé, de manière qui pourrait compenser la diminution de vos tarifs ?


Comme je le dis dans mon post, une partie, mais une partie seulement, de la baisse du prix moyen au mot et de l'érosion monétaire (inflation) sur la période a été compensée par les gains de productivité apportés notamment par les ordinateurs plus rapides et l'Internet. Alors qu'au début de mon activité il fallait copier le document traduit sur une disquette, coller une étiquette sur la disquette, inscrire sur l'étiquette le titre du document, imprimer le document, mettre le tout dans une enveloppe, renseigner l'enveloppe et appeler un coursier (qu'il fallait souvent payer), il suffit aujourd'hui, une fois le travail terminé, d'appuyer sur "Send". Contrairement à ce que vous avez compris, je ne dis rien des outils de TAO car s'ils apportent peut-être à certains (je fais partie des sceptiques, comme l'indique mon pseudo) des gains de productivité, ceux-ci sont annulés par les tarifs à tiroirs des agences. J'ai pour ma part vérifié statistiquement qu'un travail fait sous TAO (je ne nomme aucun produit mais suivez mon regard) me rapportait systématiquement au moins 10% de moins qu'un travail fait sans TAO. Et je ne parle pas du temps perdu avec les fichiers irrécupérables, non nettoyables, la perte de mise en forme, et toutes les joyeusetés dont ce forum fourmille.

Enfin, quelle est l'influence sur les changements dans les taxes/réglementations de la profession sur vos revenus, à l'heure où la tendance est malheureusement à la baisse pour beaucoup de professions ? Je ne cherche pas à vous contredire absolument, mais proposer des pistes de réflexion, car je sincèrement curieux.


Je n'ai constaté aucune évolution d'une quelconque "réglementation" (je ne vois d'ailleurs pas très bien à quoi vous faites allusion). Pour ce qui concerne le sujet de mon post, à savoir la perte de pouvoir d'achat, il va de soi que si par exemple l'impôt sur le revenu ou autre impôt devait augmenter dans les années à venir (mais j'ai l'impression qu'on est quand même arrivé au maximum supportable), cela viendrait aggraver encore la situation actuelle.


Beaucoup de personnes sont prêtes à faire mon travail pour la moitié, le tiers, le quart du prix que je propose, je ne suis donc pas exempt de pressions pour ma part, mais je trouve cela normal, et j'adapte simplement mon discours et mes cibles en conséquence.


Toujours est-il que plus la concurrence des pays où le niveau de vie et les charges sont moindres sera forte (même si dans ces pays le niveau de vie et les charges sont appelés à augmenter), plus la pression sur les tarifs en vigueur en Europe de l'ouest deviendra insupportable, ce qui me fait dire qu'il deviendra extrêmement difficile de vivre décemment de notre métier.


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Ihatetrados
Local time: 10:32
English to French
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Totalement d'accord Mar 29, 2013

Loise Hsu wrote:

En fait, je n'ai pas l'impression d'être "beaucoup" plus rapide et plus productive en utilisant TAO tel que Trados. Certes, mes travaux et mes dossiers sont mieux organisés à l'aide de ces outils, mais ce gain n'explique pas la baisse disproportionnelle de prix au marché actuel.


On l'a oublié, mais l'objet des outils de TAO était à l'origine de faire gagner du temps, donc de l'argent, au traducteur. Leur utilisation se justifiait principalement sur des documents volumineux contenant beaucoup de répétitions. L'outil a été détourné de sa finalité par les agences qui, dans la guerre sans merci qui les a opposées dans les années 90, en ont fait un argument commercial pour vendre moins cher à leurs clients finals. Cette baisse de prix a "tout naturellement" été répercutée au traducteur, avec la tarification à géométrie variable que l'on connaît. Et pour tout arranger, de nombreuses agences imposent l'utilisation d'un outil de TAO même si la nature non répétitive du document ne le justifie pas.

La remarque n'est donc pas tout à fait hors sujet car les outils de TAO ont impacté le prix du mot à la baisse, mais cette baisse est moins facile à chiffrer que l'inflation non compensée et la baisse du prix moyen au mot liée à la mondialisation.


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Paul VALET  Identity Verified
France
Local time: 10:32
Il faut voir... Apr 1, 2013

Je suis d'accord pour dire que la TAO ne m'apporte pas grand-chose, n'ayant que peu ou pas de répétitions dans mes textes à traduire. Toutefois, elle me permet de retrouver aisément la traduction d'un terme technique et, quand le texte source est bien configuré (ce qui est loin d'être toujours le cas), de traduire directement dans le texte source sans avoir de ressaisi ou de mise en page à faire.

Il est incontestable que la TAO a au contraire été relativement néfaste à toute une partie de la profession, notamment par les agences et leurs sous-traitants qui, traduisant essentiellement des textes courants, ne recherchent que le prix le plus bas. Certaines en arrivent à mettre toutes les traductions sur le même plan, avec un tarif unique ou maximum, au-dessus duquel elles ne veulent pas faire. Elles se sont fait elles-mêmes, souvent, une IMAGE PERSONNELLE sur un prix unique. Comme elles représentent l'essentiel du marché, c'est leur attitude et leur discours qui dominent.

Mais cela donne des catastrophes, dont je profite.

Depuis un peu plus d'un an, j'ai régulièrement des agences qui viennent vers moi en urgence, un de leurs clients ayant refusé la traduction que leur sous-traitant a faite, notamment dans les domaines juridique et financier.

Dans ce contexte, l'agence qui livre cette non-qualité voit son image se dégrader, et ses marges réduites en fumée. Elle a été incapable de choisir d'emblée le bon sous-traitant, incapable de vérifier la traduction de son sous-traitant. Elle a fait perdre du temps à son client qui comptait sur le respect d'un délai. Elle doit se disputer avec son premier sous-traitant pour ne pas le payer, et elle doit payer un second sous-traitant, plus cher que le premier, à des conditions non rentables pour elle. Elle a causé de toutes pièces les conditions de son échec.

Il m'est arrivé au contraire de voir une agence me solliciter pour démarcher avec elle un client, afin de crédibiliser son offre. Dans ce contexte, on est plus dans un partenariat que dans une relation de subordination distante.

Contrairement à Adrien Pierret, je crois donc que l'image de la profession libérale est à promouvoir et à valoriser, dans le sens d'une éthique qui permette d'éviter les travers vus ci-dessus.

Le traducteur est actuellement dévalorisé parce que le travail l'est et parce que la spéculation est plus en vogue que le travail technique. Toutefois, quand un texte qui engage des parties devant un tribunal est correctement traduit (ou dans un autre contexte intellectuel), avec toute la technicité et la qualité linguistique voulues et dans les délais annoncés, le client peut finalement apprécier le professionnalisme sous-jacent. Toyota n'a pas fait sa réputation sur de la non-qualité et des prix bas, mais sur la qualité totale. Les partisans du prix bas dans la traduction relèvent plutôt de la production des montres japonaises dans les années 1950, il fallait en acheter un kilo pour espérer en trouver une de bonne, mais ce n'était pas cher.

Mais si vous offrez une qualité professionnelle maximale pour le prix minimal du marché, au motif qu'il y aurait un "prix du marché" vous faites le jeu de la non-qualité, vous vous sabordez.

Paul Valet


[Modifié le 2013-04-01 18:49 GMT]


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Paul VALET  Identity Verified
France
Local time: 10:32
Quel sera votre prochain lieu de migration ? Apr 1, 2013

Pierret Adrien wrote:

(...) J'ai la chance d'être sincèrement passionné par ce que je fais, et l'excitation de souvent marcher en terrain relativement peu exploré (la paire chinois-français, si vous saviez ce qu'il reste à traduire du passé comme du présent), et accessoirement de vivre en Chine (ce qui allège considérablement mes charges, pour être terre-à-terre). Je ne me considère donc pas comme à plaindre. Mais j'ai le temps pour me rendre compte que peut-être je devrais.


Quand les salaires auront suffisamment grimpé en Chine pour ne plus vous assurer une différence sensible en votre faveur, où migrerez-vous?

En attendant, je ne réponds jamais à une agence chinoise.

[Modifié le 2013-04-01 10:54 GMT]


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Christel Zipfel  Identity Verified
Member (2004)
Italian to German
+ ...
D'accord, mais aussi... Apr 1, 2013

Les tarifs, en termes de pouvoir d'achat, ont très sûrement diminués par rapport aux années quatre-vingt.

Bon, dès lors, bien des choses sont devenues plus faciles et simples, il faut le dire (j'ai connu aussi les disquettes, les coursiers, la machine à écrire et tout le reste....).

Aujourd'hui, je dois dire que j'utilise volontiers mon TAO préféré (pas celui que, à juger de votre pseudo, vous haissez tant, et sûrement je ne l'utiliserai jamais non plus). Le gain de temps pour moi est normalement négligeable, car dans l'ensemble il faut tenir compte également du temps que je dédie à la manutention des mémoires. Ce que j'apprécie beaucoup est la possibilité de recherche de contexte. Je ne donne pas de rabais du tout, sauf pour les répétitions, tout comme avant, les TM étant les miennes, et donc je n'ai à me plaindre de ce côté. Ce n'est pas les TAO qui ont érodé mon revenu.

Je suis là peut-être un cas un peu particulier. De toute façon, en parlant plus en général, je crois aussi que les TAO ont abîmé le marché de la traduction. Ils auraient pu être absolument avantageux pour le traducteur (et aussi pour les agences, pourquoi pas?), mais par la façon dont ils ont été introduits, et notamment un (que je ne nommerai pas), ces outils sont devenus une arme dressée contre les traducteurs qui souvent ne s'en rendent même pas compte si, en raison de leur âge, ils ne peuvent pas savoir comment la situation était *avant* et ils trouvent cela donc tout à fait "normal", tout en ne pouvant probablement vivre de leur profession.

Mais il ne faut pas blâmer seulement les TAO et leur impact néfaste sur le revenu des traducteurs. Je suis très pessimiste aussi quant aux tarifs proprement dits que nous aurons dans vingt ans, au-delà de ça. Je ne serai peut-être plus là, mais Dieu merci je n'ai pas commencé ces dernières années à faire ce métier. Ceux qui aujourd'hui sont sur le marché, y resteront et pourront probablement maintenir leurs tarifs, bien qu'avec quelques difficultés; c'est surtout les nouveaux venus qui devront faire face à une baisse de prix toujours croissante, voire dramatique, due à un nombre incroyable de concurrents qui se jettent sur le marché, et qui en plus s'offriront à des tarifs toujours plus bas pour obtenir du travail, soit par ignorance du marché, soit par désespoir, mais aussi d'intermédiaires qui sont également pressés par la concurrence et se trouvent obligés à couper les coûts où ils peuvent, et souvent cherchent à gagner le plus possible sur le dos des traducteurs.

Il s'agit donc à mon avis d'une combination de facteurs divers.

La mondialisation a apporté des avantages, mais pas mal de désavantages aussi:-(

Toutefois à juger du nombre exigu de personnes qui ont répondu jusque-là, la question ne paraît pas troubler beaucoup de monde, c'est le moins qu'on puisse dire... .


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Ihatetrados
Local time: 10:32
English to French
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Un homme averti en vaut deux Apr 3, 2013

Christel Zipfel wrote:

Toutefois à juger du nombre exigu de personnes qui ont répondu jusque-là, la question ne paraît pas troubler beaucoup de monde, c'est le moins qu'on puisse dire... .


Je suis d'accord, mais l'objet de ce fil n'était pas nécessairement de susciter des réactions, mais d'alerter les jeunes (ou moins jeunes) confrères/consoeurs qui font preuve d'une grande inconscience en pratiquant des tarifs trop bas. On peut espérer que le message est passé.

Pour être tout à fait clair, si un traducteur facture aujourd'hui 0.04 euros le mot ou autre tarif déraisonnable, et si l'inflation sur les 20 prochaines années reste au niveau très faible actuel, ce traducteur aura perdu dans 20 ans près de la moitié de son pouvoir d'achat. A 0.04 euros, ce pouvoir d'achat ne doit pas être mirobolant aujourd'hui (je doute même qu'il suffise à vivre). Ce traducteur se prépare donc une vie très difficile et devrait sérieusement envisager s'orienter vers une autre carrière.

J'ajoute que si l'inflation devait augmenter, ce serait encore plus catastrophique.

C'est là toute la différence entre un salarié dont le salaire, même modeste, était jusqu'à récemment (mais ça peut changer) revalorisé chaque année d'un montant égal ou proche de l'inflation, et un indépendant dont le prix du mot n'est jamais revalorisé (sauf à changer de clients, good luck).

Comme disent nos collègues anglos, "you've been warned".


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laure claesen  Identity Verified
France
Local time: 10:32
Member (2005)
English to French
Tenir bon Apr 5, 2013

Un peu inquiète en ce moment sur la baisse des offres que je constate ces derniers mois sur Proz, je me balade sur ce forum et tombe sur ce fil, qui souligne encore une fois la richesse de ces forums - ou tout ce qui s'y dit est intéressant et pertinent.

Je veux juste apporter ma petite expérience dans ce débat extrêmement intéressant

J'ai été récemment approchée par une très grande agence que vous reconnaîtrez sans doute pour son insistance à faire utiliser Wordfast, la multiplicité de ses implantations dans le monde et sa présence récurrentes sur ce portail.

Le processus de recrutement a été des plus exigeants et alambiqués, avec perte de documents et renvois, tests, demande d'une foule de justificatifs, etc.

Finalement, j'ai reçu un message me confirmant que j'étais recrutée. Mais la personne a pris bien soin de me demander (ou plutôt, de me conseiller) de baisser mon tarif d'emblée. Je demandais USD 12, ce qui restait modeste pour du médical, elle n'a pas voulu aller au-dessus de 9 cents. Sous prétexte que je devais m'attendre à recevoir beaucoup de commandes.

Un mois plus tard, je dois dire que je n'ai aucun plaisir à travailler pour eux. Leur recours aux TAO est tellement systématique qu'ils considèrent comme des "inconsistencies" tout écart par rapport aux TM, même si cet écart est le fruit d'une réflexion sur le contexte et un apport en termes de nuances (bref...). J'ai été à deux doigts de leur dire, exaspérée: vous rabotez les tarifs, alors vous en avez pour votre argent, stop being so fussy.

En revanche, et à l'opposé de cette configuration, une autre agence pour laquelle je travaille depuis 6 ans et espère continuer longtemps, m'a d'emblée offert un tarif tout à fait satisfaisant, respecte beaucoup mon travail, me soutient à tous égards (références etc.) et c'est sûrement elle qui peut compter sur moi de manière quasi inconditionnelle. Résultat, elle et moi sommes gagnants, car nous formons une véritable équipe, basée sur le donnant-donnant, et je n'aimerais pas les décevoir.

Ceci apporte donc de l'eau au moulin de Paul Valet, qui se dit valorisé par la confiance qu'on lui accorde - et met bien évidemment un point d'honneur à confirmer qu'il est la bonne personne. Et à celui d'IHateTrados, dont je partage la répulsion (bizarre quand même, à quel point c'est viscéral).
La satisfaction mutuelle agence-traducteur est pour moi un critère essentiel.

Mais je voulais tout de même indiquer que les fameux gains de productivité réalisés avec le logiciel de TAO que j'utilise et que vous avez peut-être déjà vu quelque part sont très réels. Il y a quelques années, jamais je n'aurais osé prendre une commande de 50.000 mots sur un mois. Aujourd'hui, non seulement c'est chose courante mais je peux même prendre quelques commandes supplémentaires s'il s'en présente.

Donc garder mon pouvoir d'achat, c'est un équilibre entre une base de clients qui respectent mon travail et payent correctement, la possibilité de traiter de grosses commandes assez régulièrement (et à un tarif acceptable) et d'alterner les périodes sans beaucoup à faire avec les périodes débordées.


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Paul VALET  Identity Verified
France
Local time: 10:32
Escroquerie et réalités Apr 5, 2013

laure claesen wrote:

(...) Je demandais USD 12, ce qui restait modeste pour du médical, elle n'a pas voulu aller au-dessus de 9 cents. Sous prétexte que je devais m'attendre à recevoir beaucoup de commandes.

Un mois plus tard, je dois dire que je n'ai aucun plaisir à travailler pour eux. Leur recours aux TAO est tellement systématique qu'ils considèrent comme des "inconsistencies" tout écart par rapport aux TM, même si cet écart est le fruit d'une réflexion sur le contexte et un apport en termes de nuances (bref...). J'ai été à deux doigts de leur dire, exaspérée: vous rabotez les tarifs, alors vous en avez pour votre argent, stop being so fussy. (...)


Ca c'est l'escroquerie type de l'agence type: promettre de vous saturer de travail à un tarif bas qui vous procurera finalement un salaire correct. Tout le système actuel des prix bas est basé là-dessus.

En acceptant, vous accréditez ainsi que le niveau de salaire de quelqu'un de spécialisé est de 0.09€, ce qui est contraire à ce que vous croyez, et finalement l'agence ne vous procure pas le volume annoncé. Donc, elle vous laisse faire l'essentiel du boulot commercial qu'elle vous avait promis de faire pour vous, et qui justifiait son prix bas. Elle trahit donc ses promesses.

Pourquoi l'acceptez-vous, nuisant ainsi à toute la profession? Pourquoi restez-vous à deux doigts de lui dire ce que vous avez envie de lui dire?



Mais je voulais tout de même indiquer que les fameux gains de productivité réalisés avec le logiciel de TAO que j'utilise et que vous avez peut-être déjà vu quelque part sont très réels. Il y a quelques années, jamais je n'aurais osé prendre une commande de 50.000 mots sur un mois. Aujourd'hui, non seulement c'est chose courante mais je peux même prendre quelques commandes supplémentaires s'il s'en présente.


Je n'ai jamais contesté que cela soit possible, à condition de relever d'un contexte qui le permette, comme des catalogues de société +/- répétitifs, par exemple, et autres documents à variation marginale.

Mais certains types de traduction n'entrent pratiquement jamais de ce contexte, ou bien les agences se les réservent en interne pour faire faire par leurs salariés les plus gros bénéfices, laissant aux sous-traitants les difficultés.

[Modifié le 2013-04-06 11:03 GMT]


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