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French to English: Le Monde Diplomatique article (June 2016)
Source text - French 2580 La sale guerre du président Erdogan
Par notre envoyée spéciale Laura-Maï Gaveriaux *
* Journaliste.
Le soleil inonde la grande place de Silopi, ville de 80 000 habitants du sud-est de la Turquie, à moins de quinze kilomètres des frontières avec l’Irak et la Syrie. Entre décembre 2015 et janvier 2016, les forces de sécurité turques ont durement attaqué la population et les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une formation qui se réclame du confédéralisme démocratique (lire l’article page 3) et revendique l’autonomie des territoires à majorité kurde. Les combats se sont déroulés à huis clos : plusieurs fois soumise à de longs couvre-feux, comme plusieurs autres villes, Silopi a été isolée pendant trente-sept jours.
Dans tout le pays, des attentats visent régulièrement les forces de l’ordre, y compris à Istanbul ou à Ankara, et renforcent la répression, qui provoque de nouvelles représailles. Ainsi, le 10 juin, une organisation radicale dissidente du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), revendiquait l’explosion d’une voiture piégée contre des policiers à Istanbul. Quelques jours plus tôt, le gouvernement avait fait voter une loi facilitant la levée de l’immunité de certains parlementaires afin de museler les 59 députés du parti démocratique des peuples (HDP) (lire le témoignage de Selahattin Demirtas en première page et ci-dessous).
En cette matinée printanière, l’atmosphère reste tendue à Silopi. Les passages fréquents des véhicules blindés de la police turque et l’hélicoptère qui tournoie dans le ciel rappellent que la guerre n’est jamais loin. Des files d’attente se sont formées devant deux écrivains publics, venus avec leur table pliante et leur machine à écrire. Ces temps-ci, ils ont plus de travail qu’à l’accoutumée. On vient les voir pour un formulaire lié à la destruction de sa maison, pour une lettre au directeur de la prison, pour la déclaration d’un décès.
Mme Riskyie Seflek, la soixantaine, habite au cœur de la zone où se sont déroulés les combats. « Le char qui se trouvait derrière la maison visait la mosquée. Mais l’obus a traversé le salon ! » Sous son voile blanc orné de dentelle, que les femmes kurdes portent à mi-chevelure, elle a le regard fatigué. Elle nous reçoit dans le jardin, avec son mari, leurs filles et leurs petits-enfants. L’un des garçons a apporté des vêtements neufs, que la famille inspecte : « C’est pour Temer, mon petit-fils, explique gravement Mme Seflek. Il a 16 ans, il est en prison. Avant, il est resté à l’hôpital pendant trois semaines, parce qu’une balle a traversé sa hanche. » L’adolescent n’était pas un milicien. Il se serait trouvé pris au piège des combats, comme tous les habitants de Silopi, reclus dans leur ville transformée en souricière.
Des témoignages comme celui-ci, nous en avons recueilli plusieurs dans toutes les villes du Kurdistan turc que nous avons visitées. Partout, c’est le même constat. Le processus de paix entre les autorités et le PKK, entamé en 2009 pour mettre fin à un conflit qui a débuté en 1984 et fait plus de 40 000 morts, n’est plus. Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan et son nouveau premier ministre, M. Binali Yildirim, nommé le 24 mai 2016, « il n’y a plus aucun dialogue possible avec le PKK ». Leur vocabulaire est sans ambiguïté : « nettoyage », « purge », « victoire totale ».
Au printemps 2013, les pourparlers avaient conduit au repli des combattants kurdes vers l’Irak ; mais ils n’ont pas résisté à l’évolution de la guerre civile en Syrie. La tension est remontée durant la bataille de Kobané, qui a opposé les forces kurdes syriennes proches du PKK et l’Organisation de l’État islamique (OEI) . Dans les villes kurdes, de nombreuses manifestations ont dénoncé la passivité du gouvernement turc, accusé de collusion avec l’OEI. Le 20 juillet 2015, un attentat attribué à cette dernière a fait trente-trois morts et une centaine de blessés parmi des jeunes socialistes turcs et kurdes rassemblés au centre culturel de Suruç, près de la frontière syrienne, et en route pour aider à la reconstruction de Kobané. Les manifestations ont redoublé ; deux jours après l’attentat, le PKK, accusant Ankara de complicité avec les djihadistes, tuait deux policiers à Ceylanpinar, dans le sud, près de la frontière syrienne. Il n’en fallait pas plus pour que les autorités turques annoncent une « guerre contre le terrorisme » censée cibler à la fois l’OEI et le PKK, mais dirigée surtout contre les forces kurdes.
Dès septembre, les principaux bastions kurdes ont connu des échauffourées qui sont allées en s’aggravant. À Silopi, début décembre, les groupes du Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H) ont d’abord creusé des tranchées dans les rues et dressé des barricades « pour se protéger de la police turque », tout en déclarant l’autonomie de la cité. Les jeunes miliciens ont vite été relevés par des combattants aguerris venus d’Irak, notamment du mont Kandil, où se trouve le commandement du PKK. Ces insurrections urbaines ont provoqué l’intervention de dix mille soldats de l’infanterie turque appuyés par des blindés et des hélicoptères. Partout, des blocus ont été instaurés de manière permanente pour laisser le champ libre à la répression. « Les couvre-feux se sont transformés en machine à détruire les villes », déclare le député Ferhat Encu, membre du Parti démocratique des peuples (HDP). Lorsqu’une phase de combats urbains se termine et que les miliciens du PKK se retirent, les municipalités kurdes se retrouvent en première ligne face aux représailles du pouvoir. De nombreux maires affiliés au HDP ont été arrêtés, comme, à Silopi, Mme Emine Esmer, emprisonnée et poursuivie pour « incitation à la rébellion armée contre le gouvernement ».
Beaucoup d’habitants du Sud-Est ont acquis la conviction que M. Erdogan est lié à l’OEI et qu’il existe même un accord avec cette organisation pour faire barrage à la revendication kurde. L’attentat perpétré en octobre 2015 lors d’un meeting du HDP à Ankara, qui a fait 97 morts sans que ses auteurs soient arrêtés ou identifiés, a renforcé ce soupçon. Il en va de même des poursuites engagées contre deux journalistes du quotidien Cumhuriyet, incarcérés puis condamnés pour « divulgation de secrets d’État » après avoir diffusé une vidéo suggérant que les services secrets turcs livraient des armes aux islamistes syriens . Certains témoignages font aussi état de la présence de djihadistes aux côtés des forces gouvernementales pendant les combats. « Ils ne parlaient pas turc, peut-être azéri. Ils avaient de longues barbes et ressemblaient aux hommes de Daech », rapporte M. Abdülkerim F. , habitant de Sür, qui dit avoir surpris des hommes faisant la prière dans son salon. Après avoir fui sa maison parce qu’il ne supportait plus les gaz lacrymogènes qui saturaient l’air depuis des semaines, il y était revenu pour chercher ses papiers d’identité.
Rien ne permet d’étayer ces allégations. En revanche, de nombreux observateurs et diplomates ont critiqué la facilité avec laquelle les candidats au djihad, tout comme les camions chargés de pétrole de contrebande, pouvaient franchir la frontière avec la Syrie. En outre, les forces spéciales du PÖH et du JÖH (police et gendarmerie) ont participé aux opérations, comme en témoignent les inscriptions racistes et sexistes qu’ils ont laissées, avec leur signature, sur les murs des villes. Ainsi peut-on lire, à Silopi : « Ma chère Turquie, au nom de Dieu, nous te nettoyons : nous sommes le JÖH, on est venus vous envoyer en enfer ! » Ou, dans les ruines de Cizre, ces appels au viol de femmes kurdes : « À notre tour de vous éduquer ! – PÖH » ; « Les filles, nous sommes là, où êtes-vous ? – JÖH ».
Selon les informations recueillies sur place auprès de journalistes locaux et d’élus HDP, il est aussi très probable que le Jitem, le service de renseignement et d’antiterrorisme de la gendarmerie, ait refait son apparition, alors qu’on le pensait dissous. Ce groupe clandestin, organisé en cellules composées de gendarmes, de militaires et de membres du groupe ultranationaliste des Loups gris , a commis de nombreux massacres de Kurdes pendant les années 1990. Il a signalé son passage par ces inscriptions sur les murs de Sür : « Les loups sont appâtés par le sang, tremblez ! »
Les méthodes employées contre les civils kurdes sont les mêmes qu’il y a vingt ans, et des groupes se revendiquant du Jitem ont une activité soutenue sur les réseaux sociaux. Ils publient des photos de combattants kurdes déchiquetés par les obus ou brûlés à l’essence. Le corps des femmes fait l’objet d’un acharnement particulier.
La Fondation turque pour les droits de l’homme (TIHV) avance d’ores et déjà le chiffre de 300 à 400 tués et de 600 000 déplacés. Dès la fin janvier, Amnesty International accusait l’offensive du gouvernement turc de mettre en danger « la vie de près de 200 000 personnes » ; l’organisation y voyait une « sanction collective ». À Sür, la vieille ville fortifiée de Diyarbakir, elle-même considérée comme la capitale du Kurdistan turc, la moitié ouest a été vidée de ses habitants. Détruite à 70 % , elle reste difficilement accessible. Le 1er avril, au lendemain d’un attentat qui avait coûté la vie à sept policiers et peu de temps avant sa démission, le premier ministre Ahmet Davutoglu s’y est rendu pour une visite encadrée par un impressionnant service d’ordre. Il a vanté le plan de réhabilitation urbaine voulu par le président Erdogan pour les zones détruites : « Nous ferons de Sür la nouvelle Tolède ! », s’est-il écrié. Applaudissements de l’assemblée triée sur le volet. Plus loin, les jeunes serveurs restaient debout devant l’écran de télévision d’un restaurant, médusés, impassibles. C’était leur ville, leur vie, qu’on promettait de raser, dans une clameur triomphante.
Le discours terminé et les officiels repartis, les habitants de Diyarbakir sont retournés à leur routine contraignante, faite de contrôles à chaque carrefour – et encore : quand ils peuvent regagner leur maison. « Ici, c’est devenu un territoire occupé ! », lance, agacé, M. Gafur S. Ce professeur de littérature est pourtant d’un naturel calme. Tous les matins, il franchit les barrages policiers à l’entrée de Sür pour aller faire la classe dans l’une des deux seules écoles qui n’ont pas été brûlées. Chaque jour, il est fouillé, contraint de se mettre torse nu et de répondre aux questions des mêmes policiers, qui le connaissent. Il a assez de moyens pour vivre dans la ville moderne ; avec plus de dix ans de métier, il pourrait même demander à être muté. Mais il s’y refuse : « Je n’abandonnerai pas ces enfants. Sür est déjà le district le plus pauvre de Diyarbakir. Ils passent les mêmes examens que les autres écoliers de Turquie ; mais les autres n’ont pas de bombes qui tombent sur leurs maisons. Où est l’égalité entre les Turcs de l’Ouest et les Kurdes dans le système éducatif ? Tous ces enfants peuvent devenir ingénieurs. Il faut seulement leur en donner la chance. » Le professeur S. appartient à cette génération qui a connu les brimades de la police quand elle parlait le kurde dans la rue, ou qui voyait ses grands-parents renvoyés de l’hôpital parce qu’ils ne pouvaient s’exprimer en turc. Aujourd’hui, comme tous les habitants du Kurdistan turc, il subit à nouveau une restriction de ses mouvements.
Depuis la reprise de la guerre, toutes les routes du Botan (nom que les Kurdes de Turquie donnent à leur région) sont jalonnées de barrages. Le passage des voyageurs dépend du bon vouloir des policiers. Ces derniers mois, il faut compter sept heures pour aller en car de Diyarbakir à Cizre, contre quatre heures en temps normal. Depuis décembre 2015, des couvre-feux, qui peuvent durer plusieurs semaines, entrent en vigueur en fonction du niveau du niveau de violence ou de l’humeur des autorités. Nous avons pu entrer à Cizre après les combats. Nous y avons découvert un paysage dévasté, des habitants traumatisés et une sécurité aléatoire. Du quartier de Cudi, situé sur la rive gauche du Tigre, il ne restait que des carcasses d’immeubles effondrés, témoins du pilonnage systématique des colonnes porteuses par les obus de char. Quatre-vingt pour cent de la surface résidentielle serait détruite.
Plusieurs mois après la levée du blocus, il n’est pas rare que ceux qui viennent chercher des objets personnels sous les gravats de leur maison y découvrent des restes de cadavres. Parmi les exactions que l’on rapporte, commises pendant ces soixante-dix-neuf jours d’isolement complet, les « sous-sols de la sauvagerie » ont particulièrement marqué les esprits. Deux cas au moins sont recensés ; dans l’un comme dans l’autre, une trentaine de personnes ont été prises au piège d’immeubles bombardés des jours durant, parfois des semaines. Les forces turques barraient le passage aux secours, laissant les blessés succomber les uns après les autres. À la fin des « opérations antiterroristes », on n’a retrouvé que des corps calcinés, dont ceux d’enfants. Les proches des victimes ont dû fournir des échantillons d’ADN pour les identifier. Ils sont repartis avec un sac en plastique, « cinq kilos d’os et de chair brûlés », raconte un jeune de 17 ans, hébété, à propos de son père.
Lorsqu’on pénètre dans la cave de la rue Bostanci, encore accessible le 24 mars, l’odeur de mort persiste dans l’atmosphère confinée ; l’air est irrespirable. Des traces au sol dessinent la forme d’un corps tel qu’il s’est consumé. Là, ce qui ressemble à un bout d’os d’enfant, oublié dans la cendre. Le confinement qui frappe les Kurdes de Turquie depuis plus de huit mois a atteint un paroxysme dans cet ossuaire qui ne sera même pas un lieu de mémoire : depuis notre passage, il a été rasé. Si le plan de transformation urbaine annoncé par le pouvoir en avril est mis en œuvre, toutes ces caves, comme les autres traces susceptibles de prouver que des crimes de guerre ont été commis, seront emportées par les bulldozers et les grues.
L’association Rojava Solidarity, qui regroupe des volontaires de tout le Kurdistan turc désireux de venir en aide aux populations du Rojava (le Kurdistan syrien), avait été très active à Kobané. Intervenant cette fois dans son propre pays, elle a pu accéder à Cizre le 9 mars, une semaine après la levée du blocus. Sa priorité a été d’organiser la distribution de vivres depuis un entrepôt désaffecté, à quelques rues de Cudi. Elle a été ralliée par des militants progressistes de l’ouest de la Turquie, engagés contre la dérive autoritaire de leur gouvernement, et par d’autres venus du Rojava même.
M. Ferid B., qui a eu la moitié du visage emportée par un éclat d’obus, a raconté aux membres de l’association la première « guerre sale », celle des années 1990, entre l’armée et les forces kurdes. Il a passé de nombreuses années en prison pour son engagement dans les rangs du PKK. Il y a lu des dizaines de livres d’histoire sur la Révolution française. « Je ne sais pas si la France a fait une révolution du peuple ou une révolution bourgeoise. Mais nous, au Kurdistan, nous avons compris qu’il fallait réformer la révolution ! La démocratie kurde est féministe, écologiste, basée sur l’autonomie locale. C’est pour cela qu’ils traînent les cadavres suppliciés de nos femmes dans les rues, qu’ils détruisent notre environnement et arrêtent nos maires. »
Dans l’obscurité des couvre-feux, cette nouvelle « sale guerre » et ses punitions collectives laissent la population désemparée et creusent encore le fossé qui sépare le Kurdistan du reste de la Turquie.
Translation - English GOVERNMENT RE-OPENS ASSAULTS ON KURDS
Turkey’s new dirty war
Erdogan has classified the Kurdish PKK as terrorists, along with ISIS, and has ended the peace process. Kurdish areas are now under attack
Laura-Maï Gaveriaux | Translated by Barnaby Norman
Sunlight flooded the main square of Silopi, a town in the southeast of Turkey, less than 15 km from the borders with Iraq and Syria. Between December 2015 and January 2016, Turkish security forces heavily assaulted its 80,000 inhabitants, and fighters of the Kurdistan Workers’ Party (PKK), which calls for democratic confederalism and demands autonomy for areas with a Kurdish majority. The fighting was out of public view: Silopi, like other towns, was isolated for 37 days by curfews.
Throughout Turkey, including Istanbul and Ankara, the police are regularly targeted in attacks; that leads to greater suppression, which provokes reprisals. On 10 June the Kurdistan Freedom Falcons, a radical splinter group of the PKK, claimed responsibility for a car bomb attack on police in Istanbul. A few days earlier, the government had voted in a law lifting the immunity of some parliamentary members, to silence 59 deputies of the Peoples’ Democratic Party (HDP).
The atmosphere in Silopi back on that spring morning was tense. The regular appearance of police armoured vehicles, and the helicopter circling overhead, was a reminder that war was never far away. Queues formed in front of two public scribes who had set up their tables and typewriters. They had more work than usual, with people wanting a form filled because their house had been destroyed, a letter to the prison director, or a death certificate.
Riskyie Seflek, 60, lives in the middle of the combat zone. She said: ‘The tank behind the house was aiming for the mosque. But the shell went through the living room.’ Under her headscarf, which Kurdish women wear drawn back on their heads, she looked tired. We were in her garden with her husband, daughters and grandchildren. One boy had brought new clothes, which the family were inspecting. ‘They’re for Temer, my grandson’ Seflek said. ‘He’s 16 and in prison. Before that, he was in hospital for three weeks after being shot in the hip.’ Temer was not a militant; he found himself stuck in the middle of the fighting, like everyone in Silopi, confined in a town that has become a prison.
Many people told us similar things in the towns of Turkish Kurdistan that we visited. Their assessment is the same everywhere. The peace process between the authorities and the PKK, initiated in 2009 to end a conflict that started in 1984 and has killed more than 40,000, is over. For President Erdogan and his new prime minister Binali Yildirim, ‘there can no longer be any dialogue with the PKK.’ The vocabulary is unambiguous: ‘cleansing’, ‘purge’, ‘total victory’.
In spring 2013, talks led to the withdrawal of Kurdish fighters towards Iraq, but they were unable to withstand involvement in the Syrian civil war. Tensions rose during the battle for Kobane, in which Syrian Kurdish forces close to the PKK fought ISIS (Islamic State). In Kurdish towns, there were demonstrations condemning the Turkish government’s passivity, and it was accused of colluding with ISIS. On 20 July 2015 a suicide attack attributed to ISIS, killed 33 and injured 100 young Turkish and Kurdish socialists in Suruç, close to the Syrian border, on their way to help reconstruct Kobane. Demonstrations intensified and two days later the PKK, accusing Ankara of complicity with the jihadists, killed two police officers in Ceylanpinar, close to the Syrian border. That was all the Turkish authorities needed to declare a ‘war on terror’, supposed to target both ISIS and the PKK but mostly directed against the Kurdish forces.
Urban insurgencies
Since last September, there have been serious clashes in the main Kurdish strongholds. In Silopi in December, the Patriotic Revolutionary Youth Movement dug trenches in the streets and put up barricades ‘to protect themselves from the Turkish police’, as they declared the city’s autonomy. They were quickly relieved by hardened fighters from Iraq, notably from the Kandil mountains where the PKK leadership is based. These urban insurgencies led to the deployment of 10,000 Turkish soldiers, supported by tanks and helicopters. Permanent blockades were established everywhere. ‘Curfews became mechanisms for destroying towns’, said HDP deputy Ferhat Encu. When urban fighting ends and the PKK militants withdraw, the Kurdish local authorities are first in line for political retaliation. Many mayors affiliated with the HDP, like Emine Esmer in Silopi, have been arrested, imprisoned and prosecuted for ‘inciting armed rebellion against the government’.
Many people in the southeast are convinced that Erdogan has connections with ISIS, and that there is an arrangement with it to hamper Kurdish aspirations. The October 2015 attack on an HDP meeting in Ankara in which 97 people were killed (the perpetrators have not been arrested or identified) has heightened these suspicions. In another incident, two journalists from Cumhuriyet were imprisoned and then convicted of ‘disclosure of state secrets’ after broadcasting a video suggesting that the secret services were delivering arms to Syrian Islamists. Some witnesses have reported jihadists fighting alongside government forces. Abdülkerim F from Sur told us about men he surprised praying in his house. ‘They didn’t speak Turkish, maybe Azeri. They had long beards and looked like Daesh men.’ He had come back to fetch his identity papers after fleeing his house because of weeks of teargas.
There is nothing to support these allegations. However, many observers and diplomats have criticised the ease with which aspiring jihadists and lorryloads of black-market oil have been able to cross the border with Syria. The PÖH and JÖH special forces (police and military police) took part in operations in Kurdish areas, their presence implied by the racist and sexist graffiti they left on town walls. In Silopi, they read ‘Dear Turkey, we are cleansing you in God’s name: we are the JÖH, we have come to send you to hell!’ In the ruins of Cizre there were calls to rape Kurdish women. ‘Our turn to teach you a lesson! – PÖH’; ‘We’re here, girls, where are you? – JÖH’.
According to information gathered with local journalists and HDP deputies, it seems likely that Jitem, the intelligence and anti-terrorist service of the military police, thought to have been disbanded, has reappeared. This underground group, organised into cells of military police, soldiers and members of the ultra-nationalist Grey Wolves, massacred Kurds in the 1990s. Inscriptions have been left on the walls of Sur: ‘Wolves are drawn to blood, be afraid!’
The methods used against Kurdish civilians are the same as 20 years ago, and groups claiming to belong to JITEM are active on social media. They publish photographs of Kurdish fighters’ bodies torn to pieces by mortars or burned with petrol. They react very strongly to women’s bodies.
‘Sur, the new Toledo’
The Human Rights Foundation of Turkey already suggests that 300-400 people have been killed and 600,000 displaced. In January, Amnesty International said that the Turkish government offensive, which it sees as a collective punishment, had endangered ‘the lives of nearly 200,000 people’. The western part of Sur, which is the fortified old-town of Diyarbakir, considered the capital of Turkey’s Kurdish region, has been emptied of residents. With 70% of it destroyed, according to the Diyarbakir local authority, it remains difficult to reach. On 1 April, the day after an attack killing seven police officers and shortly before his resignation as prime minister, Ahmet Davutoglu visited, surrounded by an impressive security detail. He praised the urban regeneration plan that Erdogan wants for destroyed areas. ‘We’ll make Sur into the new Toledo,’ he shouted to applause from a hand-picked crowd. The young waiting staff standing around a restaurant television were stone-faced. It was their town, their life, that the government was promising to obliterate with triumphant bluster.
When the speech was over and the officials had left, the residents returned to their restrictive routine, with checkpoints at every crossroads and further restrictions when they are able to get home. Gafur S, a quiet literature teacher, complained: ‘This is now an occupied territory.’ Every morning, he crosses police roadblocks at the entrance to Sur, on his way to take classes in one of the only two schools that have not been burned down. Every day, he is searched, forced to strip to the waist and reply to questions from the same police, who now know him. He can afford to live in the modern town, and with more than 10 years’ experience, could ask for a transfer. But he refuses to do this. ‘I will not abandon these children. Sur is already the poorest district of Diyarbakir. They take the same exams as the other schoolchildren in Turkey, but the others don’t have bombs falling on their houses. Where is the equality in the education system between the western Turks and the Kurds? All these children could become engineers. They just need to be given a chance.’ Gafur is of a generation harassed by police for speaking Kurdish in the street, and saw its grandparents turned away from hospitals because they couldn’t speak Turkish. Like all in Turkish Kurdistan, he now subjected to new restrictions.
Since the war began again, all roads in Botan (the name Turkish Kurds use for their region) are punctuated with checkpoints. Whether travellers can get through depends on the goodwill of the police. The car journey from Diyarbakir to Cizre now takes seven hours, compared to four in normal circumstances. Since last December curfews lasting up to several weeks have come into force, depending on the level of violence or the mood of the authorities. Cizre was completely isolated for 79 days. We were able to enter it after the fighting and found a ruined landscape, traumatised residents and uncertain security. There were only the frames of collapsed buildings in the Cudi [ok for spelling, it seems to have become Judi in the west due to noah’s arc] district on the left bank of the Tigris because tank shells had pounded load-bearing columns. As much as 80% of the residential area has been destroyed.
Several months after the blockade was lifted, people who come to look for personal items in the rubble of their homes still find the remains of bodies. In two documented instances of atrocities, around 30 people were trapped in buildings bombarded for days, sometimes weeks. The Turkish forces stopped aid from getting through, leaving the injured to die. After these operations, charred bodies were found, including those of children. Relatives of the victims had to provide DNA samples for identification and were then given a plastic bag: ‘five kilos of bone and burned flesh’, said a dazed young man of 17, speaking of his father.
Entering a cellar on Bostanci Road, still accessible on 24 March, the smell of death lingered and the air was unbreathable. Marks on the floor outlined the shape of a body’; there was what that looked like a piece of bone from a child, forgotten in the ash. This will not become a memorial site – since our visit, it has been demolished. If the plans for urban transformation announced by the authorities are enacted, all of these cellars, and other evidence which could prove war crimes were committed, will be bulldozed and built over.
The charity Rojava Solidarity, which brings together volunteers from all over Turkey’s Kurdish region to help the people of Rojava (the Kurdish parts of Syria), had been active in Kobane. It intervened in Turkey and was able to get in to Cizre on 9 March, a week after the blockade was lifted; its priority was to distribute supplies from an abandoned warehouse a few streets away from Cudi. They were supported by progressive militants from western Turkey working against the authoritarian drift of the government, and by others from Rojava.
Ferid B, whose face has been severely damaged by shrapnel, told members of the charity about the first ‘dirty war’ between the army and the Kurdish forces in the 1990s. He spent years in prison for his involvement with the PKK and read many books on the history of the French Revolution. ‘I don’t know if France had a revolution of the people or a revolution of the bourgeoisie. But here in Kurdistan we came to understand that revolution needed reform. Kurdish democracy is feminist, ecologist and based on local autonomy. This is why they drag the tortured bodies of our women through the streets, destroy our environment and arrest our mayors.’
The legacies of this new ‘dirty war’ with its collective punishments and dark curfews, are a distraught population, and a greater gulf between the Kurdish southeast and the rest of Turkey.
Laura-Maï Gaveriaux is a journalist
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PhD - King's College London
Experience
Years of experience: 13. Registered at ProZ.com: Jul 2016.
I have been translating for about 4 years. I have translated 4 books of French philosphy/cultural theory into English, and a number of academic articles.
Recently I ventured into more journalistic work and have started translating regular articles for the English version of Le Monde Diplomatique.
I'm looking for work in either of those fields, or in marketing.
I have a PhD in French from King's College London, and my book on Mallarmé was published in 2014.
I look forward to working with you!
Keywords: French, English, Journalism, Marketing, General, Academic